L'Organisation de coopération de Shanghai met en garde contre une guerre entre les États-Unis et la Syrie

Par John Chan
20 septembre 2013

Le dernier sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dirigée par la Russie et la Chine, qui s'est tenue à Bichkek, la capitale du Kirghizstan, le 13 septembre, a été dominée par les tensions mondiales de plus en plus fortes produites par les préparatifs américains pour une guerre contre la Syrie.

Le président russe Vladimir Poutine a insisté sur l'idée que « les interférences militaires depuis l'extérieur du pays sans une sanction du Conseil de sécurité de l'ONU sont inadmissibles. » La déclaration conjointe de ce sommet s'est opposée à « l'intervention occidentale en Syrie, ainsi qu'à l'atteinte portée à la stabilité interne et régionale au Moyen-Orient. » L'OCS a appelé à une conférence internationale de « réconciliation » pour permettre des négociations entre le gouvernement Syrien et les forces de l'opposition.

Comme il l'avait fait au récent sommet du G20 à St-Petersbourg, le président chinois Xi Jinping s'est aligné avec la Russie pour s'opposer à toute attaque militaire contre Damas, craignant que ce puisse être le prélude à une attaque contre l'Iran, l'un des principaux fournisseurs de pétrole de la Chine.

Il est significatif de voir que le nouveau président de l'Iran Hassan Rouhani s'est rendu à la réunion. Certains avaient suggéré que son gouvernement marquerait un changement par rapport au précédent président Mahmoud Ahmadinedjad et sa rhétorique anti-américaine lors des précédents sommets de l'OCS. Rouhani a bien accueilli la proposition russe de mettre les armes chimiques syriennes sous contrôle international, affirmant qu'elle « nous [a] donné l'espoir que nous serons en mesure d'éviter une nouvelle guerre dans la région. »

L'OCS a explicitement soutenu le droit de l'Iran à développer son programme nucléaire. Poutine a insisté dans un discours sur l'idée que « l'Iran, comme n'importe quel autre Etat, a le droit à un usage pacifique de l'énergie atomique, y compris les opérations d'enrichissement [de l'uranium]. » La déclaration de l'OCS a prévenu, sans nommer directement les États-Unis et leurs alliés, que « la menace de la force militaire et de sanctions unilatérales contre l'Etat indépendant d'[Iran] est inacceptable. » Une confrontation avec l'Iran entraînerait des « dégâts incommensurables » dans la région et sur toute la planète.

La déclaration de l'OCS a également critiqué la construction par Washington de systèmes de défense contre les missiles balistiques en Europe de l'Est et en Asie, qui visent à saper la capacité de frappe nucléaire de la Chine et de la Russie. « Vous ne pouvez pas garantir votre propre sécurité au détriment de celle des autres, » affirme la déclaration.

Malgré cette rhétorique critique, ni Poutine ni Xi ne veulent ouvertement s'opposer à Washington et à leurs alliés européens. Avant le sommet de l'OCS, il y a eu des spéculations sur la possibilité pour Poutine de livrer des missiles sol-air de dernière génération S-300 à l'Iran et de construire un deuxième réacteur nucléaire pour le pays. Les responsables russes ont finalement démenti ces rapports.

La Russie et la Chine sont confrontées à une pression croissante de l'impérialisme américain, y compris la menace d'utiliser la puissance militaire pour dominer les réserves d'énergie essentielles du Moyen-Orient et d'Asie centrale. L'OCS a été établie en 2001, peu avant que les États-Unis n'utilisent la « guerre contre le terrorisme » pour envahir l'Afghanistan. Même si l'objectif officiel de l'OCS est de contrer les « trois maux », le séparatisme, l'extrémisme et le terrorisme dans la région, cette organisation est surtout une tentative de s'assurer que l'Eurasie ne tombe pas complètement dans l'orbite de Washington.

Outre les quatre ex-Républiques soviétiques d'Asie centrale – Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan et Tadjikistan – ce groupe comprend également, avec statut d'observateurs, la Mongolie, l'Iran, l'Inde, le Pakistan, et l'Afghanistan. Ses « partenaires de discussion » sont la Biélorussie, le Sri Lanka et, ce qui est à noter, la Turquie qui est également membre de l'OTAN et qui a été ajoutée l'an dernier.

Cependant, l'influence américaine se fait clairement sentir sur ce groupe. Avant le sommet, il y a eu des articles dans la presse pakistanaise selon lesquels ce pays pourrait être admis comme membre à part entière de l'OCS. La Russie a invité le nouveau Premier ministre Nawaz Sharif à y participer. Cependant, Sharif n'a envoyé que son conseiller à la sécurité nationale, Sartaj Aziz, et aucune adhésion pakistanaise n'a été accordée.

Alors que l'OCS cherche à développer son rôle en Afghanistan, pays voisin du Pakistan, après le retrait prévu des forces de l'OTAN, Aziz a déclaré que la politique du Pakistan est « Aucune interférence et aucun favori. » Il a insisté sur l'idée que le régime de Kaboul soutenu par les Américains pourrait réussir une « réconciliation à l'initiative des Afghans » si tous les pays de la région résistaient à la tentation de « combler le vide au pouvoir. »

La Chine et la Russie sont aussi profondément préoccupées par le « pivot vers l'Asie » des États-Unis qui menace militairement la Chine et, dans une moindre mesure, l'Extrême-Orient russe, en renforçant les capacités militaires de Washington et ses alliances avec des pays comme le Japon et la Corée du Sud. En juin, la Chine et la Russie avaient organisé un exercice naval commun très important en Mer du Japon et en août, ils ont mené des entraînements terrestres et aériens communs en Russie qui incluaient des chars, de l'artillerie lourde et des avions de combat.

Face aux menaces américaines sur ses intérêts au Moyen-Orient et dans la région Asie-Pacifique, la Chine augmente ses efforts pour acquérir des sources d'énergie en Asie centrale. Pour le président Xi, le sommet de l'OCS a été la dernière étape d'une tournée de 10 jours passant par le Turkménistan, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan et le Kirghizstan, où il a signé ou inauguré des accords à plusieurs milliards de dollars pour des projets sur le pétrole et le gaz.

Lors de sa première escale, au Turkménistan, Xi a inauguré une installation de traitement du gaz sur un important champ nouvellement exploité à la frontière avec l'Afghanistan. Pékin a prêté 8 milliards de dollars au Turkménistan pour ce projet, qui va tripler la fourniture de gaz à la Chine à la fin de la décennie. Le pays est déjà le principal fournisseur de gaz à la Chine, grâce au gazoduc de 1800 kilomètres qui traverse l'Ouzbékistan et le Kazakhstan vers la Chine.

Au Kazakhstan, où Xi a signé un accord de 5 milliards de dollars pour l'achat d'une participation minoritaire dans un champ pétrolifère en mer, il a appelé au développement d'une nouvelle « ceinture économique le long de la route de la soie. » Le commerce entre la Chine et les cinq Républiques d'Asie centrale a été multiplié par près de 100 depuis 1992, et le Kazakhstan est maintenant la troisième principale destination des investissements de la Chine à l'étranger.

Xi a prononcé un discours déclarant que Pékin n'interférerait jamais dans les affaires intérieures des pays d'Asie centrale, ne chercherait jamais à avoir un rôle dominant dans la région et n'essayerait jamais d'« entretenir une sphère d'influence. » Ce message cherchait clairement à calmer les inquiétudes en Russie sur l'implication grandissante de la Chine dans les ex-Républiques soviétiques.

Durant le sommet du G20, la China National Petroleum Corporation a signé un accord sur des « conditions de base » avec le russe Gazprom pour préparer un marché, qui devrait être conclu l'an prochain, pour que Gazprom fournisse par gazoduc au moins 38 milliards de mètres cubes de gaz par an à la Chine à partir de 2018.

Avec des enjeux aussi élevés, Wang Haiyun de l'Université de Shanghai a déclaré dans le Global Times que « maintenir la sécurité du régime est devenue la principale préoccupation des membres de l'OCS d'Asie centrale, et même de la Russie. » Il a accusé les États-Unis et d'autres puissances occidentales de pousser à des « troubles démocratiques » et des « révolutions de couleurs » et a prévenu que si un membre de l'OCS « devenait un Etat pro-occidental, cela aurait un effet sur l'existence même de l'OCS. » Toujours selon lui, si nécessaire, la Chine aura à faire preuve d'« esprit de décision et de responsabilité » avec la Russie et d'autres membres pour contenir ces troubles, c'est-à-dire pour écraser militairement toute « révolution de couleur » dans la région.

Les discussions lors de la réunion de l'OCS sont une indication claire que la Russie et la Chine considèrent les plans de guerre des États-Unis contre la Syrie et l'Iran comme faisant partie d'un plan bien plus large visant à saper leur sécurité. Cela souligne le danger que cette course agressive des États-Unis à l'intervention contre la Syrie risque de provoquer une conflagration bien plus vaste.

(Article original paru le 19 septembre 2013)