Allemagne: les travailleurs de Rüsselsheim s’opposent à une guerre contre la Syrie

Par notre correspondant
6 septembre 2013

L’écrasante majorité de la population laborieuse allemande réagit avec indignation et dégoût aux menaces de guerre contre la Syrie. Le week-end dernier, une équipe du Parti de l’Egalité sociale a distribué le tract « Non à la guerre contre la Syrie ! » et discuté avec des passants dans la ville de Rüsselsheim. A la porte 60 de l’usine Opel et dans le quartier ouvrier de Dicker Busch II nombreux sont ceux qui ont pris le tract et fait part de leurs préoccupations et de leur rejet des plans de guerre.

« Bien sûr je suis absolument contre tout préparatif de guerre, » a dit Sven, un jeune enseignant stagiaire qui était accompagné de sa mère. « Il est évident que cette guerre civile a été initiée depuis l’extérieur, » a poursuivi Sven. « Je pense que les Etats-Unis ont voulu une guerre dès le début. » Sa mère est intervenue en expliquant avec indignation, « Maintenant, on dirait qu’ils veulent vraiment faire la guerre. Est-ce vraiment nécessaire ? »

En ce qui concerne la situation en Allemagne, Sven a dit qu’il ne « voterait pour aucun des partis traditionnels » ni pour ceux qui sont au gouvernement ni pour l’opposition « parce que tous ces partis ne s’occupent que des intérêts capitalistes. » C’est ce qui est devenu évident durant la crise de l’euro : « Lorsqu’il s’est agi de sauver l’euro, leur seul souci a été de sauver les banques mais pas les travailleurs grecs. »

Sadiyah, une jeune femme, s’est arrêtée et a tout de suite commencé à parler des intérêts économiques responsables de la guerre en Syrie : « Les impérialistes sont actuellement en train de dépenser des millions en espérant gagner des milliards plus tard. Et tout le monde joue le jeu, y compris le titulaire du « Prix de la Paix » Obama. Au début, il avait fait bonne impression et il avait été couvert d’éloges parce qu’il avait promis de fermer Guantanamo. Mais, comme ça s’est avéré, il n’est pas mieux que son prédécesseur [George W. Bush]. »

Sadiyah

Nano, une jeune mère qui a grandi en Allemagne et dont les parents sont originaires de Syrie, a été profondément choquée par la misère qui règne dans son pays natal. Elle vient d’Alep et avait récemment visité la ville. Elle avait été bouleversée par les conditions de vie intolérables qui règnent dans le pays : « Cela dure maintenant depuis près de trois ans. Le pire c’est que les gens qui en souffrent horriblement n’y sont pour rien. »

Au sujet de l’affirmation des Etats-Unis de n’avoir joué jusqu’à ce jour aucun rôle en Syrie, Nano a dit : « Ce n’est pas vrai du tout. » « Ils ont financé et organisé les rebelles dès le début. Il y a des gens qui y sont envoyés depuis l’étranger, en venant d’autres pays, des islamistes qui cherchent à diviser la population. »

Elle est elle-même musulmane mais a déclaré « Je rejette totalement les islamistes. Ils projettent une image complètement fausse de l’Islam. L’Islam n’est pas pour le terrorisme mais pour la paix. Il y a eu tellement de morts, c’est terriblement triste. J’ai déjà perdu un grand nombre de mes proches. Et maintenant, l’utilisation du gaz neurotoxique. »

Elle a souligné que partout on disait qu’Assad avait employé du gaz neurotoxique. « Mais, où en est la preuve ? Cela n’a aucun sens pour Assad d’utiliser du gaz neurotoxique. Bien sûr, les deux côtés ont fait des erreurs, mais finalement derrière la guerre il y a des intérêts économiques. Les Etats-Unis sont tout à fait hypocrites lorsqu’ils prétendent n’avoir rien à faire avec. Mais apparemment, ils auraient eu quelque chose à voir avec ce qui s’est passé le 11 septembre. »

Klaus M., un constructeur de machine âgé de 50 ans, a qualifié le gouvernement américain et ses alliés européens de fauteurs de guerre. Il n’est même pas évident que du gaz neurotoxique a été utilisé, a-t-il dit. Le gouvernement américain a aussi dit que les enquêtes devaient durer quelques jours de plus mais en fait cela ne les intéresse plus. « Ils veulent frapper coûte que coûte. »

Klaus M. a fait part de la situation tendue qui règne dans les usines locales. Il travaille pour une entreprise de machines de chantier et a raconté que les effets de la mondialisation se faisaient sentir partout. « Une grande partie du travail se fait en sous-traitance. L’entreprise où je travaille produit de grandes machines pour le bâtiment, mais actuellement la plus grande partie de la production est transférée dans la République tchèque. »

Il est d’accord pour que les travailleurs s’unissent par-delà les frontières afin d’organiser une résistance, mais il a précisé : « Nos syndicats sont totalement incapables de mener un tel combat. Ils n’ont mené aucune lutte depuis très longtemps. On a l’impression que c’est parce que l’argent atterrit dans les poches de certaines personnes. »

« Je pense que la fracture sociale est en train de se creuser, » a finalement remarqué Klaus. « Pourquoi les gens acceptent-ils tout cela ? » Lorsqu’il a appris que le PSG appelait à la formation de comités d’action indépendants des syndicats, il s’est montré très intéressé en emportant une copie du manifeste électoral. »

L’équipe du PSG a aussi distribué la déclaration « Non à la guerre contre la Syrie ! » devant l’usine GM-Opel à Rüsselsheim. Une fois de plus, le tract a été accueilli avec beaucoup d’intérêt et de soutien. Presque tous les travailleurs ont pris un dépliant et ceux qui se sont arrêtés pour discuter ont fait part de leur préoccupation et ont exprimé leur indignation à l’égard des préparatifs de guerre.

« Cette guerre imminente est vraiment grave », a dit Franz, un jeune ouvrier de fonderie. « J’éprouve la plus grande compassion pour les civils sans défense qui n’y sont pour rien, qui souffrent et qui sont punis et même tués par du gaz neurotoxique. Mais qui est responsable ? Nous, les Européens sommes induits à croire que le président Assad est responsable. Mais l’OTAN et les Américains auraient pu l’avoir provoqué volontairement ».

Mehmet, 50 ans, a dit: « Tout est en train d’aller dans le même sens que l’Irak. D’abord, des allégations sont faites sur des armes de destruction massive, puis plus tard ont dit, Oh! on dirait qu’on s’est trompé. Ils recherchent tout simplement une raison pour attaquer et Assad ne fait que se défendre. »

Mehmet a travaillé pendant 23 ans chez GM-Opel en contrôle qualité. Il a souligné que « tout a été planifié depuis longtemps. D’abord c’était l’Irak, maintenant c’est le tour de la Syrie, puis ce sera l’Iran et la Turquie aussi. Nous avons lu des articles sur ce genre de choses depuis dix ans et maintenant cela c’est confirmé. Seule l’Egypte manquait encore à l’époque. »

(Article original paru le 4 septembre 2013)