Plus d'immigrants périssent dans la Méditerranée en raison des guerres au Moyen-Orient

Par Robert Stevens
16 octobre 2013

Les sauveteurs ont mis fin aux recherche des corps des migrants qui sont morts dans le naufrage du 3 octobre au large de Lampedusa. Seulement 155 des 545 personnes qui étaient à bord du navire qui a coulé, dont des Érythréens, des Somaliens et des Syriens, ont survécu à la tragédie. Seulement 359 corps ont été retrouvés.

Ces morts ont été suivies d'un autre naufrage dans les eaux de Malte, au Sud de l'île de Lampedusa, le 11 octobre. Sur les plus de 200 hommes, femmes et enfants à bord venant de Syrie et de Palestine, au moins 34 sont morts. Le navire aurait été touché par le tir d'un navire militaire portant pavillon libyen.

Interrogé dans l'émission «Channel 4 news», un survivant a déclaré, «ils nous ont suivi pendant une heure. Puis ils ont demandé au capitaine de s'arrêter et ont commencé à tirer en l'air. Ils voulaient nous faire faire demi-tour, puis ils ont commencé à tirer sur le bateau. Ils ont touché le moteur. Quatre personnes ont aussi été touchées.»

Maurizio Molina de l'agence de l'ONU pour les réfugiés a déclaré, «À cause du trou causé par le tir […] l'eau a commencé à entrer dans le bateau, entraînant beaucoup de tension parmi les Syriens qui étaient à bord. À un moment, ceux qui étaient sur les étages inférieurs, environ 100 personnes, ont été obligés de monter aux étages supérieurs, ce qui a créé ce déséquilibre et fait chavirer le navire.»

Au moins 500 autres migrants ont dû être secourus samedi au cours de plusieurs incidents distincts au large de la Sicile. Dans un autre incident vendredi, 12 migrants se sont noyés dans un naufrage au large d'Alexandrie. Les médias d'État égyptiens ont indiqué qu'il y avait 116 survivants à ce naufrage.

Le bilan en Méditerranée depuis le 3 octobre s'ajoute aux 25.000 personnes qui sont déjà décédés en tentant d'entrer dans la «Forteresse Europe» au cours des vingt dernières années.

Début octobre, 30 000 personnes avaient déjà tenté de traverser la Méditerranée pour rejoindre l'Italie cette année. Beaucoup tentent de fuir la guerre et les persécutions dans des pays comme la Tunisie, la Lybie, l'Égypte et la Syrie.

La grande majorité des réfugiés, soit jusqu'à 95 pour cent, n'a jamais mis le pied en Europe. Officiellement, 1,6 million de Syriens sont maintenant réfugiés, bien au-delà du 1 million à la mi-2013 prédit par les Nations unies.

Le Plan de réponse régional pour la Syrie annoncé par l'ONU en décembre 2012 avait calculé que 515.061 réfugiés syriens étaient arrivés dans les pays voisins, soit la Jordanie, le Liban, l'Irak, la Turquie et l'Égypte. Cette crise des réfugiés s'est aggravée cette année: l'ONU a confirmé en juin qu'un million de réfugiés supplémentaires étaient arrivés dans ces pays.

En janvier, 5000 personnes par jour fuyaient la Syrie, et en mars, la moyenne atteignait 10.000. Le Haut commissaire de l'ONU aux réfugiés a déclaré, «d'après les tendances d'arrivées depuis le début de l'année, il est estimé que le nombre de réfugiés syriens qui ont besoin d'aide dans la région pourrait atteindre 3,45 millions à la fin de 2013.»

D'après les dernières statistiques, cinq millions de gens de plus ont été déplacés en Syrie. Au total, plus de sept millions de Syriens ont dû quitter leur domicile – près d'un tiers des 22 millions d'habitants du pays. Ce nombre devrait représenter 50 pour cent de la population dans peu de temps.

Antonio Guterres, le Haut commissaire de l'ONU aux réfugiés, a déclaré, «la Syrie est devenue la grande tragédie de ce siècle – une calamité humanitaire honteuse dont les souffrances et les déplacements de populations sont sans équivalents dans l'histoire récente.»

Ce que Guterres n'admettra pas, et ne peut admettre, c'est que la tragédie qui s'abat sur des millions de Syriens est le résultat d'une guerre civile organisée par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France avec l'aide et le financement de la Turquie et des monarchies du Golfe.

Avant même l'éclatement de la guerre impérialiste par procuration en Syrie, les sanctions visant ce pays avaient eu un effet dévastateur. En 1979, les États-Unis ont déclaré que la Syrie était un «commenditaire du terrorisme» et ont commencé à imposer diverses sanctions économiques. En août 2011, le gouvernement Obama a imposé des sanctions supplémentaires contre le secteur syrien de l'énergie et a gelé tous les actifs du gouvernement syrien aux États-Unis.

Le mois dernier, le quotidien britannique Independent a noté que ces sanctions avaient eu des répercussions sur l'«excellent programme [syrien] de vaccination des enfants de moins de cinq ans et ont bloqué la réalisation des objectifs du MDG [objectifs de développement pour le millénaire, un programme de l'ONU] sur la mortalité en couche et la mortalité infantile, que la Syrie était bien prête d'atteindre en 2015. Elles ont entraîné l'effondrement de la production de médicaments essentiels pour lesquels le pays était presque autosuffisant. Les médicaments pour le traitement du cancer, du diabète et des maladies du cœur qui n'étaient pas produits localement ne sont plus disponibles sauf à des prix très élevés dans les pays voisins. Le coût des produits alimentaires essentiels, et de l'huile pour la cuisson ou le chauffage, a plus que doublé, les mettant hors de portée de la majorité pendant que la contrebande tenue par des gangsters est florissante. Tout cela s'ajoute aux horreurs de la guerre.»

Des masses de Syriens sont maintenues dans des camps de réfugiés, où elles se voient refuser les libertés les plus élémentaires et les droits civiques. 520.000 Syriens sont maintenant en Jordanie, ce qui a fait augmenter sa population de 8 pour cent en deux ans. Dans un camp à Zaatari, 130.000 personnes vivent dans des conditions de surpopulation alarmantes. Quand il a été créé en juillet 2012, il contenait seulement 100 familles. Maintenant, ce nombre augmente de 2000 personnes chaque jour. Un autre camp, Azraq, est en construction et devrait avoir une capacité d'accueil de 130.000 personnes.

La Turquie n'autorise les réfugiés syriens que quand il y a de la place dans les camps.

Le gouvernement libanais permet aux Syriens d'entrer, mais seulement en leur accordant un statut de «visiteurs» et non de réfugiés. Près de 1,3 million de Syriens sont maintenant au Liban et 780.000 d'entre eux sont enregistrés comme réfugiés auprès de l'ONU.

De plus, des dizaines de milliers de gens demeurent dans des situations périlleuses dans des camps à la frontière entre la Syrie et la Jordanie, en attendant de la traverser.

Beaucoup de navires qui transportent des réfugiés et tentent d'entrer en Europe par Lampedusa sont contraints de se lancer dans un voyage hasardeux à travers les ports libyens. Après la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, au cours d'une autre guerre civile «humanitaire» incitée par les impérialistes, la Libye a été louée comme un modèle de changement de régime et de «démocratie» à laquelle les Syriens pouvaient s'attendre. Ce qui en est sorti est un régime criminel, fracturé par des milices armées rivales, sous lequel des milliers de gens restent emprisonnés sans être formellement accusé de quoi que ce soit, et sont soumis à des tortures systématiques.

Afin de fermer cette voie d'accès, l'Union européenne travaille avec le régime Libyen sur une opération coûtant 30 millions d'euros par an nommée Eubam Libya. Au cœur de celle-ci, il y a la création d'une «stratégie de gestion des frontières» pour «améliorer le cadre juridique et institutionnel de la gestion des frontières».

L'an dernier, Amnistie internationale a fait savoir que l'Italie avait signé un accord secret en avril 2012 avec le Conseil national de transition libyen pour «réduire l'afflux de migrants». Commentant cet accord, Nicolas Berger d'AI a déclaré, «Pour l'UE, renforcer les frontières de l'Europe passe clairement avant le sauvetage des vies.»

Les 34 réfugiés tués le 11 octobre après le tir d'un navire libyen ne seront pas les derniers à mourir en conséquence de cette conspiration de l'UE.

(Article original paru le 15 octobre 2013)