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«Il y a de vrais problèmes à régler dans la santé et l'éducation»

Des travailleurs et des jeunes dénoncent la Charte des valeurs du Parti québécois

Par Louis Girard et Éric Marquis
30 octobre 2013

La Charte des valeurs québécoises du gouvernement péquiste de Pauline Marois représente une attaque en règle contre les droits démocratiques et sociaux, en particulier l'accès à l'emploi et aux services publics peu importe la religion ou l'origine ethnique. Son véritable but est de détourner la colère grandissante des travailleurs face au PQ et à tous les partis politiques de la grande entreprise qui attaquent sans cesse leurs conditions de vie.

Le World Socialist Web Site s'est récemment entretenu avec plusieurs personnes à propos de cette Charte. La majorité des gens interviewés sentaient que le gouvernement leur mentait en prétendant défendre la laïcité ou l'égalité homme-femme. Plusieurs ont fait mention des problèmes économiques et sociaux auxquels font face de larges couches de la population. Ces entrevues, publiées en deuxième partie de cet article, reflètent un large sentiment d'opposition à la Charte du PQ.

Il y a quelques jours, par exemple, la Commission des droits de la personne du Québec a condamné l'interdiction du port de signes religieux ostentatoires pour tous les employés de l'Etat, affirmant que cette mesure prévue dans la Charte «traduit également de manière erronée l’obligation de neutralité de l’État», qui «s’applique aux institutions de l’État, mais non à ses agents, sinon par un devoir de réserve et d’impartialité».

La Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ), qui regroupe 3600 médecins en cours de formation, s'est également prononcée «résolument contre l’interdiction du port de signes religieux dans nos milieux de formation».

La FMRQ affirme que l'interdiction placerait les médecins en formation «devant des choix difficiles quant à la poursuite de leur carrière, et inconfortables par rapport à leurs convictions religieuses».

Les craintes de la FMRQ face aux problèmes potentiels de recrutement font écho à celles de l'Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), qui regroupe plus de 200.000 employés et qui s'est aussi prononcée contre la Charte.

Ce mécontentement populaire a sans doute influencé la première ministre, Pauline Marois, dans sa décision samedi de faire taire les rumeurs en annonçant que le PQ n'allait pas forcer la tenue d'élections le 9 décembre. Marois a fait savoir du même souffle qu'elle irait de l'avant avec sa Charte des valeurs. C'est un signal clair que le PQ va continuer de courtiser le vote nationaliste de droite avec sa campagne chauvine, tout en gardant l'oeil sur les sondages afin de déceler la prochaine occasion de déclencher des élections.

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Une partie des personnes interviewées par le WSWS étaient présentes lors d'une manifestation récente contre la Charte à Montréal. L'autre partie a été interviewée dans un centre d'achats de Montréal.

Trevor, à droite

Trevor est un étudiant en géographie à l'Université Concordia à Montréal. Il était présent lors de la manifestation. Il a dit: «Je crois que la Charte n'est qu'une diversion des véritables questions, comme ce qui a été révélé par la Commission Charbonneau [sur la corruption dans l'industrie de la construction]. Elle ne sert qu'à diviser la population. La Charte est probablement une diversion, pour que le projecteur ne soit pas fixé sur le PQ. Ils ne veulent pas s'attaquer aux vraies questions.»

Malika, d'orgine algérienne, est mère de famille. Sur la Charte, elle a déclaré ceci: «Je pense qu'il y a quelque chose derrière tout ça. Qu'ils s'occupent de d'autres problèmes... il y a des femmes autochtones qui sont violentées.» Malika s'inquiète pour sa fille qui désire poursuivre des études: «Elle va être endettée.»

Une famille originaire du Tchad s'est entretenue avec nous. Préférant garder l'anonymat, une interlocutrice a déclaré ceci: «Nous avons cohabité avec les autres sans qu'il n'y ait jamais de problème. Pourquoi aujourd'hui? Je dis non à la Charte des valeurs québécoises, et vive le Québec libre, équitable et juste pour toutes!» Sur le Parti québécois, elle a ajouté ceci: «Le gouvernement Marois est très à droite. De toutes les promesses qui ont été faites pendant la campagne, Marois n'en a réalisé aucune. Si aujourd'hui il y a des problèmes, ce sont des problèmes économiques. Les problèmes réels sont là!»

Trois jeunes femmes, Mariam, Basma, et Zeina ont accepté de répondre à nos questions. L'une d'entre elles, qui travaille pour la Ville de Montréal, a dit: «Si la Charte passe, je vais perdre mon emploi.» Son amie Mariam a déclaré: «Je ne comprends pas vraiment quel est le but de la Charte qui est une attaque sur nos droits fondamentaux. On dirait qu'ils veulent faire comme en France. Mais il y a de vrais problèmes à régler dans la santé et l'éducation!»

Mariam, à droite, avec ses amies Basma et Zeina

Stéphanie est une travailleuse autonome dans le domaine de l'édition. «Ce sont des politiques identitaires que le PQ utilise pour rassembler sa base», a-t-elle répondu lorsqu'on lui a demandé ce qu'elle pensait du véritable objectif de la Charte. Elle a ajouté: «C'est sûr que l'on ne parle pas de l'économie quand on parle de la Charte. Je sens qu'il y a une stratégie du PQ derrière la Charte et qu'il nous ment ouvertement.»

Joanne, une retraitée qui vit à Montréal, a accepté de nous parler alors qu'elle sortait d'un centre d'achats de Montréal. Elle a défendu la Charte. Elle pense que personne ne devrait avoir de signe qui montre la religion qu'elle pratique. «Ça devrait être laïque pour tout le monde.» Lorsqu'on lui a dit que le gouvernement va continuer de financer les écoles religieuses, dont la grande majorité sont catholiques, elle a dit: «Il y a de moins en moins d'écoles religieuses.» Et lorsqu'on lui a dit que la Charte permettait aux employés de l'Etat de confession catholique de porter une croix au travail, elle a répondu: «Personne ne devrait avoir de signes distinctifs. Il faudrait que la croix, si elle est permise, soit très discrète.»

Nous avons ensuite rencontré une jeune, qui était d'abord hésitante à nous parler. Elle a déclaré: «Tu ne peux pas appeler ça laïque quand tu favorises une religion plutôt qu'une autre. C'est une stratégie électoraliste.»

Nous avons finalement discuté avec une autre personne, qui préférait rester anonyme. Il était catégorique: «Qu'ils s'occupent d'autres problèmes!» Il a fait référence aux problèmes de drogues, de chômage et d'itinérance. «Je ne comprends pas pourquoi elle passe, cette Charte». Il souhaitait vivement que Pauline Marois quitte son poste. «Il y a 35.000 emplois de moins depuis qu'elle est là!»