Quatrième anniversaire du soulèvement de 2011 en Egypte

Répression violente des manifestation par le régime militaire

Dimanche 25 janvier, les forces de sécurité égyptiennes ont tué au moins dix-huit manifestants et en ont blessé au moins quatre-vingt lors de manifestations qui ont secoué Le Caire, Gizeh, Kafr al-Cheikh et Menya.

Elles ont aussi procédé à des arrestations de masse; selon une déclaration du ministre de l'Intérieur au moins 134 manifestants ont été emprisonnés. Elles ont utilisé contre ceux-ci de grandes quantités de gaz lacrymogènes et de chevrotines. Les manifestants ont scandé des slogans appelant à une nouvelle révolution et à la fin du régime militaire qui a saisi le pouvoir au cours de l'été 2013.

Des policiers lourdement armés, des escadrons des forces spéciales militaires et des agents en civil chargés d’infiltrer les manifestations ont tiré toute la journée sporadiquement sur les manifestants. Selon des témoins oculaires cités par Reuters on a pu entendre des tirs jusque tard dans la nuit. Les véhicules militaires ont continué à sillonner la ville après la tombée de la nuit. Selon les médias d'Etat, un certain nombre de bâtiments gouvernementaux ont été incendiés par des groupes de manifestants.

L'assassinat, samedi dernier, de Shaimaa el-Sabagh, une femme de 32 ans qui manifestait pour commémorer les Egyptiens tués pendant les luttes de masse de 2011 (près de 900), a attisé plus encore la haine populaire qui couve à l’égard de la dictature militaire d’al-Sisi. Des images vidéo montre les forces de sécurité avançant à la façon d’un commando et pointant leurs fusils sur el-Sabagh quelques moments avant qu'elle ne s’effondre, touchée par des balles au visage et au dos.

Le régime al-Sisi soutenu par les Etats-Unis a répondu aux manifestations par des mesures d'Etat policier; il a fait établir des points de contrôle fortifiés et déployer des patrouilles lourdement armées dans toute la capitale. De hauts responsables de la sécurité ont justifié ces mesures en prétendant que des dizaines de bombes artisanales avaient été trouvés le long des rues de la capitale pendant le week-end.

Le gouvernement a annoncé dimanche que la loi martiale déclarée par l’armée dans le Sinaï et en vertu de laquelle un strict couvre-feu est appliqué, restera en vigueur pendant trois mois au moins.

Depuis le renversement du gouvernement des Frères musulmans en 2013, le régime militaire a cherché à réprimer les luttes des travailleurs égyptiens par la terreur militaire et policière. L’an dernier il avait interdit les manifestations de rue commémorant le troisième anniversaire de l'insurrection de 2011; il avait ensuite violemment réprimé toute tentative de défier l’interdiction et massacré des dizaines de personnes qui avaient manifesté malgré tout.

En 2014, le gouvernement a condamné à mort plus de 1400 prisonniers politiques. Il a détenu des dizaines de milliers de personnes dans des prisons secrètes et des centres de torture.

La répression en Egypte a été applaudie par les investisseurs internationaux et les principales puissances impérialistes. Parmi les mesures mises en œuvre par le régime en faveur des grandes sociétés et des capitaux étrangers, il y a eu une réduction radicale des subventions de l’essence. Al-Sisi et ses officiers supérieurs s’inquiètent à présent de ce que l’existence de troubles continus ne nuise à un colloque d’investisseurs internationaux qui doit se tenir en mars.

Des partis islamistes, dont les Frères musulmans (FM), ont également participé aux manifestations du 25 janvier. Selon la presse, ils ont scandé un mot d’ordre selon lequel ils seraient en train de « faire renaître la révolution. » Les FM ont cependant déjà démontré leur hostilité à la classe ouvrière en Egypte et dans tout le Moyen-Orient. Sous le gouvernement de Mohamed Mursi, les FM ont soutenu les opérations militaires des Etats-Unis et d'Israël dans la région et conspiré avec le Fonds monétaire international (FMI) pour imposer des mesures d'austérité.

La libération de deux fils de Hosni Moubarak, prévue pour la semaine prochaine, a été remise à plus tard, selon des informations des médias égyptiens parues le week-end. Les deux frères sont accusés d'avoir détourné des millions de dollars de fonds de l'Etat.

Les frères Moubarak, qui ont fait appel d’une peine de prison de quatre ans prononcée en mai, devaient être libérés en vertu de lois limitant la durée de la détention provisoire. Il semble probable que la décision de retarder leur libération a été prise pour éviter une nouvelle provocation politique. Néanmoins, on peut sans crainte supposer que le régime d’al-Sisi s’efforcera de faire acquitter les fils Moubarak, comme il l'avait fait pour l'ancien dictateur lui-même. Hosni Moubarak n’a reçu qu’une peine de trois ans dans la même affaire, annulée ce mois-ci par la Cour suprême égyptienne.

Moubarak avait déjà été lavé en novembre dernier des accusations de meurtre en relation avec les 900 civils tués par ses forces de sécurité pendant la lutte révolutionnaire de 2011. Il pourrait être libéré à tout moment de l'hôpital militaire où il se trouve actuellement.

(Article original publié le 26 janvier 2015)

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