Qui sont les Grecs indépendants ?

Par Robert Stevens
9 février 2015

La formation d'un gouvernement de coalition entre Syriza et les Grecs indépendants (ANEL) réfute les protestations de nombreux apologistes de Syriza selon lesquelles Syriza est un parti de gauche.

Le dirigeant de l'ANEL, Panos Kammenos, a énoncé un certain nombre de «lignes rouges» qui ont été acceptés par Alexis Tsipras, le dirigeant de Syriza. Une parmi ces conditions était que ANEL contrôle le ministère de la Défense. Ce ministère à bien été confié à Kammenos. L'ANEL occupe également des postes subalternes dans la région macédonienne, ainsi que dans le tourisme, le développement rural et la coordination gouvernementale.

Kammenos a des liens étroits avec l'armée grecque. Durant la dernière législature, il a siégé au Comité permanent de la défense nationale et des affaires étrangères, ainsi qu'au Comité sur les programmes et les contrats d'armement. En octobre, il a visité le ministère de la Défense et, selon son site web, a été « informé par le ministre de la Défense nationale, Dimitris Avramopoulos, et par les chefs militaires sur la structure et le fonctionnement opérationnel des forces armées. »

Kammenos s'oppose au contrôle civil des forces armées. Dans une interview avec le site web « En Alerte », en décembre 2014, il a déclaré, « Nous disons que le ministre de la Défense devrait agir en tant que superviseur politique, mais qu'il ne devrait jamais s’immiscer dans le fonctionnement de l'armée. Le poste de ministre de la Défense ne devrait pas être responsable de la nomination des officiers [à divers postes] ».

Il s’est engagé à «[P]rotéger les forces armées de certains mentalités étranges au sein de Syriza. »

Kammenos a formé l'ANEL en février 2012. Le parti résulte d'une scission de droite de la Nouvelle Démocratie (ND), le parti de droite qui dirigeait alors le gouvernement. Il n'a reçu que 4,68 pour cent du vote, remportant 13 sièges à l'élection du 25 janvier.

Kammenos siège au Parlement depuis 1993 en tant que député ND. Il a été expulsé du groupe parlementaire ND et du parti parce qu'il n'a pas voté pour le deuxième mémorandum d'accord avec l'Union européenne. Il a quitté ND avec un petit groupe de députés qui avaient également voté contre le mémorandum.

Il a les rapports les plus étroits à des oligarques grecs. De 2007 à 2009, en tant que vice-ministre du Commerce et de la marine marchande, il a contribué au développement des liens économiques entre la Grèce et la Chine, centrées sur le principal port du pays, Le Pirée.

ANEL préconise un programme libéral et nationaliste. Lors de son congrès fondateur en décembre 2012, Kammenos a déclaré: « [L]a seule idéologie de notre mouvement est le patriotisme. »

Tsipras a utilisé une formulation similaire juste avant l'élection, lors qu'il a insisté sur la nécessité d'une « nouvelle alliance patriotique. »

Selon un rapport du discours de Kammenos, il « a appelé les partisans de l'espace de centre-droit, centre patriotique du PASOK et la gauche patriotique à rejoindre le centre patriotique projeté. »

Il a dit : « Pour tous ceux qui veulent nous relier à un espace politique, nous tenons à dire que nous appartenons à la Grèce. »

Kammenos a proposé un comité non-partisan disposant des pleins pouvoirs pour contrôler le destin du pays. Il faut un « réveil national et un soulèvement, » a-t-il dit. Un adversaire autoproclamé du multi-culturalisme, ANEL insiste sur la primauté de « l'histoire et la culture grecque. »

Sa déclaration fondatrice stipule que ses membres soutiennent l'Eglise orthodoxe grecque et croient en les « valeurs et l'intemporalité de l'Orthodoxie. »

Au centre de son programme est sa plate-forme anti-immigration. Cela exige la persécution et la déportation des sans-papiers, qu'ANEL traite de question de « sécurité nationale. » Proposant une politique qui équivaut à un appel aux rapatriements forcés, le manifeste de l'ANEL appelle à ce qu'un maximum de 2,5 pour cent de la population grecque consiste d'immigrés, et seulement si ce nombre d'immigrés est « économiquement et socialement durable. »

L'ANEL propose d'interdire le nombre croissant de sans-abri en Grèce à s'abriter dans des logements abandonnés.

L'ANEL, un parti nationaliste de droite lié politiquement et personnellement à des forces d'extrême-droite, représente certaines des couches les plus réactionnaires de la société grecque. Vasilis Kapernaros a été élu député de l'ANEL en 2012, parti qu'il a quitté en mai 2014 pour servir en tant qu'indépendant. Il a des liens étroits avec Panayiotis Baltakos, ancien secrétaire du Cabinet du Premier ministre grec Antonis Samaras, qui cherche à établir un parti d'extrême droite appelé Rizes (Racines) basé sur « l'Eglise orthodoxe, les services de sécurité et les forces armées. »

En décembre de l'année dernière, Kapernaros a confirmé que si Rizes était formé, il en ferait partie.

Chrysoula Giatagana a été élu pour l'ANEL en 2012. Elle s’est déclarée indépendante en mars 2014. En mai 2014, lors d'un débat parlementaire, elle a appelé au rétablissement de la peine de mort. La peine capitale a été abolie pour les crimes en temps de paix, ensuite pour tout autre crimes que la trahison en temps de guerre, par la Constitution de 1975, après la chute de la junte militaire de 1967-1974, puis pour toutes crimes en 2004. L'année dernière, Tsipras a contacté Giatagana pour lui proposer de se présenter comme candidat pour Syriza aux élections générales en janvier. En janvier, elle a décliné l'invitation au motif que Syriza a proposé qu'elle se présente sur sa liste nationale par opposition à sa circonscription locale de Thessalonique.

Kammenos fait souvent étalage de ses panacées de droite. Il y a deux mois, il a déclaré que le gouvernement sortant ND « a pris la plupart de ses décisions contre l'Eglise grecque—la crémation, les partenariats civils pour les homosexuels, et la fiscalité uniquement pour la religion orthodoxe. Les Bouddhistes, les juifs, les musulmans ne sont pas imposables ... »

Le Conseil des communautés juives de la Grèce a traité ce commentaire d'« acte antisémite grave. »

Le Programme réactionnaire de l'ANEL est parsemé de quelques phrases populistes contre l'austérité. Derrière ce verbiage, il vise à établir les meilleures conditions pour le développement du capitalisme grec, sur la base d'alliances économiques avec la Chine et la Russie.

Dans un discours prononcé à l'Institut Schiller en Allemagne en octobre 2014, intitulé « la Grèce et la Route de la Soie », Kammenos a déclaré : « Notre adhésion à l'OTAN et à l'[Union européenne] ne nous empêche pas de maintenir des liens étroits, à la fois politiques, économiques et culturels avec d'autres pays, notamment ceux avec lesquels nous avons des liens historiques, tels que la Russie et la Chine. »

Comme le Front national en France, l'ANEL critique l'austérité dictée par l'UE pour avoir sapé le capitalisme au niveau national. Kammenos a dénoncé l'Allemagne pour « ne pas avoir abordé la Grèce en tant que partenaire mais en tant que maître" ... L'avenir de la Grèce serait meilleur si on adoptait une orientation stratégique pour établir des liens avec les économies les plus dynamiques du monde, et trouver ainsi de nouveaux soutiens économiques. Un de ces pays, outre la Russie, est la Chine. »

Il a ajouté: «Aujourd'hui, nous assistons à la résurrection de la Route de la Soie, à la fois sur terre et sur mer ... la Grèce est le chemin la plus économique pour les exportations chinoises expédiées vers le reste de l'Europe, la péninsule arabique et l'Afrique du Nord. »

Soulignant que « Je tiens à vous informer que la Chine est déjà en Grèce », il a poursuivi : « J’ai signé en novembre 2008 un accord entre l'Autorité du port du Pirée et le groupe chinois COSCO pour une concession de 30 ans d'une partie de la station de conteneurs dans le port du Pirée. »

Kammenos a noté que le programme de l'ANEL propose « l'ouverture de nouveaux marchés et d'attirer ... ... l'intérêt des investisseurs grâce à des incitations économiques réalistes et réalisables. »

En échange d'une promesse creuse d'employer les chômeurs, « les investisseurs hors de l'UE » se verraient accorder l'accès aux « zones industrielles inactives ... basée sur des taux d'imposition très bas. »