Les larmes de crocodile de Hollande au Liban sur les réfugiés

Par Kumaran Ira
20 avril 2016

Samedi dernier, le président français François Hollande est arrivé au Liban dans le cadre de son voyage de quatre jours au Moyen-Orient, visitant le Liban, l’Égypte et la Jordanie. 

La visite de Hollande au Liban aurait porté sur des entretiens officiels au sujet de la crise des réfugiés syriens, la guerre contre l’État islamique d’Irak et du Levant (EI), et le processus de paix israélo-palestinien. Ce qu’il en est ressorti, c’est l’incapacité croissante des puissances impérialistes à effectuer un changement de politique pour faire face aux conséquences catastrophiques de leurs guerres sanglantes dans la région, en particulier en Syrie et en Irak. 

Au Liban, Hollande a rencontré le président du Parlement Nabih Berri et le Premier ministre Salam Tammam. Depuis que le mandat de six ans du président Michel Suleiman a pris fin en mai 2014, le Liban a été en crise politique, incapable d’élire un président et un parlement dans l’impasse alors que la crise syrienne a débordé au Liban. 

Dans une conférence de presse conjointe avec Berri, Hollande a exhorté à l’élection d’un président. « Je veux visiter Beyrouth à nouveau quand il y a un président au Liban, mais le problème réside dans les mains des législateurs libanais qui devraient résoudre l’impasse et élire un chef d’État », a-t-il dit. 

À Beyrouth, Hollande a exprimé sa sympathie hypocrite de réfugiés syriens fuyant la guerre civile en Syrie alimentée par les États-Unis, la France, et d’autres grandes puissances de l’OTAN, tout en insistant sur le fait que les réfugiés ne doivent pas venir en Europe. 

« Ce que ces familles veulent, ce n’est pas d’aller en Europe, mais de rentrer chez eux aussi vite que possible », a-t-il déclaré au camp Dalhamiyé. 

Il a annoncé des plans symboliques pour soutenir les réfugiés au Liban, qui est maintenant le domicile d’environs 1,5 million de Syriens, soit un quart de la population du Liban. Il a annoncé 100 millions d’euros d’aide au cours des trois prochaines années supposément afin d’aider les réfugiés syriens au Liban, et a visité un camp officieux de réfugiés syriens dans l’est de la vallée de la Bekaa au Liban. 

La pose de solidarité de Hollande avec les réfugiés syriens, et l’aide minimal de la France empestent l’hypocrisie. Elle visait à couvrir la responsabilité de la France dans la guerre impopulaire pour un changement de régime qui a produit la crise des réfugiés syriens, et où les puissances de l’OTAN ont formés les réseaux terroristes islamistes qui, maintenant, mènent des attaques en Europe, y compris en France et en Belgique. 

Mais ce sont la France et les autres puissances de l’OTAN qui portent la responsabilité principale des crimes monumentaux commis contre le peuple syrien dans le cadre de leur guerre par procuration. Le conflit syrien a coûté plus d’un quart de million de vies syriennes. Plus de 3 millions de personnes ont fui la Syrie, et 6,5 millions sont des réfugiés internes au pays. 

La réponse des puissances européennes aux réfugiés syriens fuyant vers l’Europe est maintenant la déportation massive. Lors de la conférence de sécurité de Munich en février, le Premier ministre français Manuel Valls a publiquement attaqué comme inacceptable pour la France la politique initiale allemande dans la crise des réfugiés syriens qui permettait aux réfugiés syriens en Europe de se rendre en Allemagne. 

Hollande a également annoncé des plans visant à renforcer la coopération militaire avec Beyrouth : « La France se tient avec le Liban et est désireux de consolider la sécurité au Liban grâce à la coopération militaire. » 

La proposition de Hollande pour une coopération militaire avec le Liban vient après que l’Arabie saoudite a annoncé en février qu’elle supprimerait une subvention de 3 milliards de dollars à l’armée libanaise pour acheter des armes françaises. Le programme d’aide militaire « Donas » financé par l’Arabie a été annoncé en décembre 2013 par le roi Abdallah et signé entre la France et l’Arabie saoudite à la fin de 2014. 

À l’époque, Paris et Riyad ont vu l’aide militaire à Beyrouth comme essentielle afin de renforcer leur influence et de contrer de manière agressive la Syrie et l’Iran. La France prenait une position belliqueuse contre le gouvernement syrien, faisant pression agressivement pour des frappes aériennes contre la Syrie avant que les États-Unis aient soudainement décidé de ne pas effectuer une attaque à grande échelle. En conséquence, la France a cherché à réorienter sa politique et à développer des liens plus étroits avec l’Iran après que Téhéran a signé un accord avec Washington sur son programme nucléaire, ainsi les relations françaises avec l’Arabie saoudite se sont envenimées rapidement. 

(Article paru d’abord en anglais le 19 avril 2016)