Le conflit Israélo-palestinien et la « solution à deux États"

Par Nick Beams
4 janvier 2017

Le discours prononcé mercredi par le secrétaire d’État américain John Kerry, qui réaffirme le soutien des États-Unis pour une « solution à deux États » au conflit israélo-palestinien, était plus qu’une défense d’une fiction politique utile. Ce fut un avertissement que l’abandon de cette politique aura des conséquences explosives pour les États-Unis dans toute la région du Moyen-Orient et, surtout, pour Israël lui-même. 

Le gouvernement américain entrant de Donald Trump, avec le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu, a dénoncé le gouvernement d’Obama pour ne pas avoir utilisé son veto et avoir préféré s’abstenir dans le vote sur la résolution de la semaine passée au Conseil de sécurité de l’ONU critiquant l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Ils ont été rejoints par une grande partie des démocrates du Congrès.

La décision des États-Unis n’était pas motivée par l’avenir du peuple palestinien. Comme l’a dit clairement Kerry dans son discours, les États-Unis ont toujours été le principal partisan d’Israël. Ils étaient motivés par la nécessité de maintenir la « solution à deux États » dans le cadre de « l’avancement des intérêts des États-Unis dans la région ». 

Kerry exprimait la préoccupation que dans des conditions où la position des États-Unis ait été considérablement affaiblie, notamment par la débâcle de sa tentative de changement de régime en Syrie, ils subiront d’autres revers majeurs si la « solution à deux États » est officiellement abandonnée.

Le désir de Kerry et de l’administration Obama est que la chimère de la paix avec les Palestiniens par l’établissement de leur propre État soit maintenue parce qu’elle permet aux alliés américains dans les régimes bourgeois arabes de supprimer l’opposition sociale et politique, permettant ainsi à Washington d’utiliser ces régimes pour assurer sa domination sur le Moyen-Orient riche en pétrole. 

Soulignant que sa tâche était avant tout de « défendre les États-Unis », M. Kerry a déclaré que « l’autre solution qu’une “solution à deux États” », c’est-à-dire la domination coloniale complète d’Israël sur la Cisjordanie, devient rapidement une réalité sur le terrain. Il a averti que si « nous devions nous tenir à l’écart en sachant qu’en faisant cela, nous permettons à une dynamique dangereuse de s’établir, ce qui promet une instabilité et un conflit plus grands dans une région où nous avons des intérêts vitaux, nous manquerions à nos responsabilités. »

Pour sa part, le gouvernement israélien aurait pu simplement ignorer la résolution des Nations Unies, qui n’a pas de mécanismes d’application et est en gros en phase avec des résolutions similaires datant de plusieurs décennies, sur lesquelles les États-Unis s’étaient également abstenus, comme l’a fait remarquer Kerry dans son discours.

Mais il a décidé de ne pas le faire en raison du changement de politique attendu de l’administration entrante Trump, qui pourrait abandonner la politique des deux États. Trump a indiqué la direction de son gouvernement avec la nomination comme ambassadeur en Israël de son avocat spécialisé dans les faillites personnelles, David Friedman.

Friedman est un collecteur de fonds de longue date pour les colonies juives de la Cisjordanie, qui a soutenu le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, une action qui serait un abandon de fait de la politique des deux États. 

Kerry a averti qu’une action de ce genre mettrait non seulement en danger les intérêts des États-Unis, mais l’état d’Israël lui-même. Il a soutenu la perspective selon laquelle les dirigeants arabes étaient disposés à avoir une nouvelle relation avec Israël et qu’avec Tel-Aviv ils avaient « des intérêts communs pour contrer les activités déstabilisatrices de l’Iran », mais que les perspectives de cette coopération dépendaient de « progrès significatifs vers la solution à deux États ».

Cependant, le gouvernement de coalition israélien, a déclaré M. Kerry, est « le plus à droite de l’histoire israélienne avec un programme axé sur les éléments les plus extrêmes » et était « plus engagé dans les colonies que tout autre gouvernement de l’histoire d’Israël ».

L’établissement d’un tel État unique sur l’ensemble du « Grand Israël » poserait d’énormes problèmes pour Israël lui-même, a averti Kerry. « Si l’occupation était officiellement établie comme permanente, l’Autorité palestinienne se dissoudrait simplement, posant la question de savoir comment Israël réagirait aux protestations généralisées et aux troubles civils. Il y aurait une violence croissante et un désespoir grandissant chez les Palestiniens, ce qui « créerait un terrain très fertile pour les extrémistes ».

La rupture entre le gouvernement israélien et le gouvernement Obama sortant est une autre expression de la rupture de l’ordre d’après-guerre, dont l’établissement de l’État d’Israël, soutenu par les États-Unis, était une composante essentielle.

Le discours de Kerry constituait un avertissement que la rupture de cet ordre et des relations politiques qui ont été si vitales pour son maintien, dont la « solution à deux États » au conflit israélo-palestinien, pourraient avoir des conséquences potentiellement catastrophiques.

Mais comme tous les conflits et toutes les crises, il joue un rôle éducatif précieux en détruisant les fictions politiques et en mettant à nu la réalité sous-jacente et essentielle.

Deux mythes sont maintenant démentis.

Premièrement, il y a la prétention que la création de l’état d’Israël pouvait assurer la paix et la sécurité pour le peuple juif après les horreurs de l’Holocauste. La politique expansionniste et colonialiste du sionisme a opposé la population d’Israël aux autres peuples de la région, vivant constamment sous le danger de la guerre, tandis que le prix de l’expansionnisme a été payé par la création de l’une des sociétés les plus inégales du monde. La création de l’État sioniste s’est avérée, comme Leon Trotsky l’avait anticipé, être un « piège sanglant » pour le peuple juif.

Deuxièmement, la désintégration de la prétendue « solution à deux États » a révélé la faillite totale de l’affirmation selon laquelle la paix et la sécurité pour les masses palestiniennes et la fin de leur oppression par l’État sioniste pourraient être obtenues par une série d’accords et de manœuvres entre l’impérialisme et les régimes bourgeois arabes.

La révélation de la fausseté de ces deux fictions ouvre la voie à la solution pour les Juifs, les Palestiniens et les travailleurs et les masses à travers tout le Moyen-Orient : le développement d’une lutte unifiée des travailleurs arabes et juifs, non pas pour la création d’une politique nationale bourgeoise non viable, fondée sur des divisions religieuses ou ethniques, mais pour l’établissement d’une fédération socialiste du Moyen-Orient dans le cadre de la lutte pour un ordre socialiste mondial.

(Article paru en anglais le 30 décembre 2016)