Mise en garde d’un officier d’état-major chinois contre le danger croissant de guerre

Par Peter Symonds
2 février 2017

Le site officiel de l’Armée Populaire de Libération (APL) chinoise a publié un commentaire le jour de l'investiture de Donald Trump à la présidence annonçant que le danger de guerre entre les deux puissances nucléaires s’intensifiait. L’article reflète les inquiétudes croissantes du régime chinois à propos des propos belliqueux de Trump et de ses conseillers à l’endroit de Beijing en matière de commerce et sur toute une série d’autres questions.

Liu Guoshun, un responsable de l’unité de mobilisation de la défense nationale relevant de la Commission militaire centrale, a averti que «les possibilités de guerre augmentent» alors que les tensions autour de la Corée du Nord et de la mer de Chine méridionale s’amplifient. «"Une guerre pendant le mandat du président", "la guerre qui éclate ce soir" ne sont pas que des slogans, mais relèvent bien de la réalité», écrit-il.

La Commission militaire centrale, qui est présidée par le président Xi Jinjing, est au sommet de la structure de commandement militaire de la Chine.

Trump a condamné à maintes reprises la Chine pour avoir omis de prendre des mesures énergiques pour freiner les programmes nucléaires et de missiles de la Corée du Nord. Après que Pyongyang ait déclaré, au début de l’année, s’apprêter à tester un missile balistique intercontinental, Trump a tweeté brutalement: «Cela n’arrivera pas». L’implication évidente est que les États-Unis vont recourir à tout moyen, y compris une intervention militaire, pour empêcher un tel lancement.

Les déclarations du nouveau secrétaire d’État américain Rex Tillerson à propos de la mer de Chine méridionale sont encore plus incendiaires. Lors de son audition de confirmation à la mi-janvier, Tillerson a reproché à la Chine ses activités de construction en mer de Chine méridionale et a menacé de bloquer l’accès des îlots sous contrôle chinois. Toute tentative américaine d’imposer un blocus militaire aux navires et aux avions chinois constituerait un acte de guerre.

Le secrétaire de presse à la Maison-Blanche, Sean Spicer, a réaffirmé la semaine dernière la menace de Tillerson, provoquant une réaction du ministère chinois des Affaires étrangères qui a réitéré les revendications de la Chine en mer de Chine méridionale et exhorté les États-Unis à faire preuve de prudence. Le commentaire de l’APL suggère que des sections de l’Armée chinoise sont favorables à une réponse et des préparatifs militaires plus agressifs afin de contrer les provocations américaines en mer de Chine méridionale ou ailleurs.

Jin Canrong, un universitaire de l’Université Renmin de Chine, a condamné les propos de Tillerson. «Si la nouvelle administration américaine suit cette voie et adopte cette attitude, cela mènera à une guerre entre la Chine et les États-Unis, et cela signifierait la fin de l’histoire des États-Unis, sinon même de toute l’humanité.»

Jin se vante que si la Marine américaine envoie des porte-avions en mer de Chine méridionale, l’Armée chinoise a «la capacité de les détruire tous, quand bien même ils en envoient dix». Le Global Times et ses contributeurs mettent en évidence le caractère réactionnaire du Parti communiste chinois (PCC) face à la menace de l’agression américaine.

Le régime du PCC, qui représente les intérêts d’une oligarchie ultra riche, cherche à manœuvrer pour conclure un accord avec l’impérialisme américain d’une part, tout en s’engageant dans une course aux armements et en se préparant à la guerre d’autre part. Sous la direction du président Xi, la Chine a réagi aux préparatifs militaires massifs de l’administration Obama dans le cadre du «pivot vers l’Asie» de Washington en réorganisant l’APL pour combattre les États-Unis.

L’année dernière, l’APL a abandonné son organisation en sept régions militaires pour la remplacer par cinq commandements de théâtre et permettre une intégration plus étroite de ses forces navales, aériennes et de missiles et un contrôle accru par le Commandement militaire central et le PCC.

En dépit des démentis de Beijing, sa politique de mise en valeur et de construction des terres en mer de Chine méridionale menée depuis 2015 a clairement une composante militaire visant à contrer les préparatifs militaires des États-Unis dans la région. Le général de division Luo Yuan a déclaré au Global Times: «Les îles avec les aéroports que nous avons construits dans la région sont des porte-avions insubmersibles... et nous avons des missiles DF-21D et DF-26 capables de détruire de grands navires de surface.»

Trump a appelé à une augmentation massive de l’Armée américaine, notamment de son arsenal militaire. En réponse, le Global Times a profité de l’occasion de la diffusion d’informations non confirmées la semaine dernière selon lesquelles l’Armée chinoise aurait déployé son missile balistique intercontinental le plus avancé, le Dongfeng-41, dans la province du Heilongjiang, au nord-est, pour exiger un renforcement de l’arsenal nucléaire chinois.

Préconisant ce qui est dans les faits une course aux armements nucléaires, le Global Times déclare: «Il faut que la capacité nucléaire de la Chine soit telle qu’aucun pays n’ose, en aucune circonstance, même tenter de l’affronter militairement: une puissance telle que la Chine pourrait frapper quiconque la provoquerait militairement.»

Trump, qui a fait de l’imprévisibilité un principe de politique étrangère, a déjà enflammé les tensions avec la Chine en menaçant de lui imposer des mesures de guerre commerciale et d’abandonner la politique d’«une seule Chine» si Beijing refusait d’accepter ses revendications. La politique d'une seule Chine, selon laquelle les États-Unis reconnaissent Beijing comme le seul gouvernement légitime de toute la Chine, est le fondement des relations sino-américaines depuis près de 40 ans.

Pang Zhongying, professeur à l’Université Renmin, a déclaré au South China Morning Post que le danger de conflit est à la hausse. «Il ne fait aucun doute qu’une tempête majeure se prépare. Les deux parties semblent n’avoir fait aucun effort discernable pour cacher le fait qu’ils s’attendent à des relations bilatérales tumultueuses.»

Les commentateurs dans d’autres pays sonnent aussi l’alarme.

S’exprimant devant l’Association des journalistes européens à Londres vendredi dernier, l’ancien chef militaire britannique, le général Richard Barrons, a averti que l’approche de confrontation de Trump à la négociation pourrait provoquer une guerre. Il a dit que la philosophie de Trump de «gagnant-perdant» était peut-être normale pour un chef de grande entreprise, mais cela peut être «extrêmement dangereux» sur la scène internationale.

Barrons a décrit un scénario impliquant des navires chinois et américains en mer de Chine méridionale qui pourrait rapidement se transformer en une guerre entre les deux pays. «Les guerres commencent généralement pour de très mauvaises raisons et dès qu’on se met à voir rouge, on perd le contrôle, explique-t-il. Je pense que le risque est évident.»

(Article paru d'abord en anglais le 31 janvier 2017)