Washington bombarde la Syrie avec des missiles de croisière

Par James Cogan
7 avril 2017

Le gouvernement syrien a réagi en dénonçant une « agression » américaine. Au moins quatre soldats syriens auraient trouvé la mort, et la base aérienne serait presque totalement détruite.

Selon la presse, l'armée russe aurait été avertie peu avant le bombardement de la base aérienne. Des troupes et des avions russes sont déployés en Syrie en nombre pour aider Assad à combattre l'insurrection djihadiste promue par les Etats-Unis. Même si les Russes ont été avertis, on ne sait toujours pas s'ils ont eu le temps d'évacuer leurs forces avant l'explosion des missiles.

Le prétexte de l'assaut américain est l'accusation douteuse et sinistre que l'aviation d'Assad avait bombardé une ville détenue par les rebelles avec des armes chimiques mardi. C'est douteux avant tout parce que Damas n'avait aucune raison d'utiliser de telles armes et ainsi de fournir un prétexte pour faire pression sur Trump pour lancer une intervention directe. Par contre, l'attaque chimique servait les intérêts des rebelles islamistes et leurs conseillers à la CIA, qui craignent une défaite militaire totale. La milice Al Nosra, liée à Al Qaïda, a des armes chimiques et les a déjà utilisées.

Jeudi, le régime Assad a fermement démenti avoir lancé l'attaque chimique. Le ministre des Affaires Etrangères Wallid Muallem a dit : « J'insiste, à nouveau, que l'armée arabe syrienne n'a pas utilisé et n'utilisera pas de telles armes, même contre des terrroristes qui ciblent notre peuple ».

L'attaque contre la Syrie est l'aboutissement de plusieurs mois de guerre civile politique à Washington, pendant lesquels le Parti démocrate a traité Trump de marionnette de Moscou, parce qu'il prônait une amélioration des relations avec la Russie. A présent, ces forces ont contraint Trump à opérer un revirement politique et à se concentrer sur une escalade militaire au Moyen-Orient.

A présent, une confrontation avec l'Iran et avec la Russie, une puissance nucléaire majeure, se profile. L'armée syrienne, qui dispose de systèmes anti-aériens russes sophistiqués, pourrait réagir en attaquant des avions américains au-dessus de la Syrie ou en attaquant des troupes américaines qui combattent au sol, aux côtés de diverses milices rebelles dans différentes régions de Syrie.

Trump semble avoir autorisé le bombardement en s'asseyant pour dîner avec le président chinois, Xi Jinping, qui était arrivé aux USA quelques heures auparavant, et dont le gouvernement s'est aligné à maintes reprises avec la Russie pour défendre le régime d'Assad.

Une question qui est posée est de savoir si le sommet entre les deux présidents peut même continuer. La situation est sans précédent pour un dirigeant chinois. Xi confrontera une opposition énorme en Chine s'il continue ses échanges polis avec Trump dans un centre de golf luxueux en Floride, alors que son propre gouvernement, la Russie, l'Iran et d'autres pays dénoncent l'agression unilatérale et illégale des Etats-Unis contre la Syrie.

En plus, l'Administration Trump menace de lancer une attaque préventive contre la Corée du Nord, entraînant une guerre catastrophique directement aux frontières de la Chine. L'attaque américaine en Syrie est un signal sans aucune ambiguïté envoyé à l'armée chinoise que Trump est capable de lancer une action pareille.

Lors d'une conférence de presse jeudi soir à sa résidence en Floride, Trump s'est exprimé avec une hypocrisie impérialiste répugnante : « Ce soir, j'en appelle à tous les pays civilisés de nous rejoindre pour tenter de mettre fin au massacre et au carnage en Syrie, ainsi qu'au terrorisme de tout genre ».

Le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, a publié un communiqué qui accusait la Russie d'être « complice » de l'attaque chimique présumée et la dénonçait pour n'avoir pas été fidèle à son engagement en 2013 d'assurer le désarmement chimique de la population. A l'époque, Obama, face aux doutes du Pentagone et à l'opposition populaire, a utilisé les garanties russes pour justifier un revirement politique, avec l'abandon des projets pour une offensive aérienne massive contre Assad.

A leur réveil, les dirigeants européens se sont solidarisés avec l'attaque américaine contre la Syrie. « Assad porte seul la responsabilité de cette évolution », ont déclaré la chancelière allemande Angela Merkel et le président François Hollande dans un communiqué conjoint. Ils ont ajouté qu'ils avaient été « préalablement informés » des frappes américaines.

La Russie, avec le soutien de la Bolivie, convoque une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU aujourd'hui pour dénoncer l'attaque américaine. Viktor Ozerov, qui dirige le Comité de sécurité et de défense du Sénat russe, a dit à la presse que l'attaque était une « agression contre un membre de l'ONU ». Avant l'attaque américaine, la Russie avait exigé une investigation indépendante de l'attaque chimique présumée et indiqué qu'il y aurait des « conséquences négatives » si Washington avait recours à la force.

Un autre soutien essentiel du régime Assad, l'Iran, a publié une déclaration de son ministère des Affaires Etrangères qui « condamne fermement » l'action américaine. Bon nombre de militaires iraniens sont présents non seulement en Syrie, mais en Irak, aux côtés de milices chiites qui se disent fidèles au régime proaméricain à Bagdad.

La Chine a appelé à « éviter toute nouvelle déterioration de la situation » tout en dénonçant « l'usage d'armes chimiques par n'importe quel pays ».

En Syrie, la milice Ahrar al-Sham, financé par l'Arabie saoudite et la Turquie, a déclaré qu'elle « se réjouit de toute intervention américaine via des frappes ciblées ». Le gouvernement israélien a déjà publié un communiqué qui apporte un soutien sans faille à l'opération américaine, et la Turquie l'avait fait en avance de l'attaque.

Les gouvernements capitalistes du monde réagiront selon leurs intérêts, mais la question critique est une réaction politiquement indépendante de la classe ouvrière internationale. C'est le sujet de la perspective que le WSWS publiera en français dans les heures à venir.