Trump menace la Corée du Nord de “feu et fureur”

Par Peter Symonds
10 août 2017

Le président américain Donald Trump a lancé hier une menace terrifiante contre la Corée du Nord, qui augmente considérablement le danger d'une guerre sur la péninsule coréenne qui engloutirait rapidement la région et le monde. « La Corée du Nord ferait mieux de ne plus proférer de menaces envers les Etats-Unis », a-t-il averti. « Elles se heurteront à un feu et à une fureur que le monde n’a jamais vus jusqu’à présent. » 

Ces commentaires ne font qu'envenimer les tensions internationales aiguës suite au lancement de deux missiles nord-coréens à longue portée en juillet et à l'imposition de sanctions par le Conseil de sécurité de l'ONU qui menacent de paralyser l'économie nord-coréenne. Menacer de réduire ce petit pays appauvri en cendres, c'est témoigner d’une imprudence sans bornes.

Trump mine sciemment les efforts du secrétaire d'État américain Rex Tillerson, la semaine passée, de jeter les bases d'une négociation en rassurant la Corée du Nord que les États-Unis ne cherchent pas à renverser le régime ni un prétexte pour lancer une agression militaire. Le régime instable à Pyongyang doit supposer qu'il est confronté à une attaque imminente et massive des États-Unis. Il répond avec sa propre rhétorique belliqueuse.

Mardi, la Corée du Nord a déclaré qu'elle « examinait le plan opérationnel » pour frapper les bases américaines sur Guam avec des missiles balistiques. Ces menaces jouent le jeu de Trump en fournissant une excuse aux États-Unis pour effectuer des frappes préventives contre la Corée du Nord.

Le monde n’a jamais été aussi proche d’une guerre nucléaire depuis la Crise des missiles de Cuba en 1962. Un incident ou un accident, mineur ou majeur, pourrait déclencher un conflit qui entraînerait rapidement d'autres puissances nucléaires, dont la Chine et la Russie, avec des conséquences incalculables.

En 1962, le président américain John Kennedy a tenté de désamorcer la crise et a rejeté les propositions du chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Curtis LeMay, qui voulait bombarder les missiles russes à Cuba.

Aujourd'hui, par contre, Trump intensifie intentionnellement la crise nord-coréenne. Ses menaces sont sans précédent pour un président américain.

Supposer que les déclarations de Trump ne sont que de la rhétorique serait une erreur fatale. En menaçant la Corée du Nord avec l'anéantissement, Trump crée une situation où il lui est impossible de reculer. En outre, la crise intense et les luttes intestines dans les milieux dirigeants américains sont telles, que Trump peut être amené à lancer une attaque imprudente contre la Corée du Nord pour détourner l'attention de la tourmente politique intérieure.

Le gouvernement Trump, aidé par des médias serviles, nourrit déjà une propagande visant à forcer l'opinion américaine à croire que les villes américaines sont en danger imminent d'une attaque nucléaire par la Corée du Nord.

Mardi, le Washington Post a publié un article intitulé « La Corée du Nord s’approche rapidement de la ligne rouge de Trump.» Le Post a cité sans critique les allégations formulées dans « une analyse secrète précédente de l‘Agence du renseignement de la Défense » , selon laquelle Pyongyang a produit « une ogive miniaturisée capable d’être incorporée dans l' un des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) qu'il a testés ».

Ces affirmations proviennent des mêmes services américains qui ont concocté les mensonges sur les armes de destruction massive utilisés pour justifier l'invasion illégale de l'Irak. On ne peut les prendre pour argent comptant. Rien n'est établi sur les ICBM de la Corée du Nord: leur portée, leur précision, la puissance de leurs ogives et leur capacité à survivre à la rentrée dans l'atmosphère.

Washington est indifférent à l'immense perte de vie qui résulterait d'une guerre avec la Corée du Nord. Même si le conflit était limité à la péninsule coréenne, il y aurait des millions de morts. Selon une estimation, il y aurait un million de victimes dans la capitale sud-coréenne, Séoul, dans les premières heures des combats.

Au programme « Today » de la NBC la semaine dernière, le sénateur républicain de droite, Lindsey Graham, a donné un aperçu effrayant de la pensée de Trump. « S'il y a une guerre pour arrêter [Kim Jong-un], elle aura lieu là-bas », a déclaré Graham. « Si des milliers meurent, ils vont mourir là-bas. Ils ne vont pas mourir ici, et il m'a dit cela en personne. »

Graham a déclaré que la guerre était «inévitable», si la Corée du Nord n'arrêtait pas ses essais de missiles, c'est-à-dire ni capitulait pas complètement aux exigences américaines. « Il y aura une guerre avec la Corée du Nord au sujet de leur programme de missiles s’ils continuent d'essayer de frapper l'Amérique avec un ICBM. [Trump] m'a dit cela et je le crois. »

Le danger aigu de guerre en Asie n'est pas simplement le produit de l'individu fascisant qu'est Trump; c'est l'expression d'une crise profonde et insoluble du capitalisme américain et mondial. Les gouvernements américains, tant républicains que démocrates, ont recours à l'agression militaire pour tenter désespérément d'inverser le déclin prolongé du capitalisme américain et d'établir sa domination mondiale.

Une suite de guerres au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie centrale se transforme à présent en confrontation directe entre les grandes puissances. Le «pivot vers l’Asie » d’Obama impliquait un énorme renforcement militaire dans l'Indo-Pacifique pour préparer une guerre contre la Chine, la cible centrale des menaces américaines contre la Corée du Nord.

En Europe, les États-Unis organisent un exercice militaire après l'autre pour préparer une confrontation avec la Russie, qui organise ses propres exercices militaires. Au Moyen-Orient, les États-Unis et la Russie défendent des camps opposés du conflit syrien. Une seule de ces poudrières pourrait déclencher une guerre entre les puissances nucléaires qui feraient des millions, voire des milliards, de victimes et pourraient anéantir la civilisation.

La conjoncture est extrêmement grave. Il ne faut pas que les travailleurs du monde entier se réveillent un matin pour découvrir que Washington a lancé des attaques massives contre les installations et l'industrie militaires nord-coréennes, que Pyongyang a riposté en frappant Séoul et Tokyo, et que la Chine, la Russie et les autres grandes puissances lancent leurs propres menaces et mettent leurs arsenaux nucléaires en alerte maximale.

La tâche urgente de la classe ouvrière est la construction d'un mouvement international anti-guerre basé sur un programme socialiste pour mettre un terme au capitalisme, la cause de la guerre. Telle est la perspective politique pour laquelle luttent le Comité international de la Quatrième Internationale et le World Socialist Web Site.

(Article paru en anglais le 9 août 2017)