La nouvelle mairesse de Montréal prépare un assaut renouvelé contre les travailleurs

Par Louis Girard
28 novembre 2017

Lors des dernières élections municipales à Montréal, Valérie Plante du parti Projet Montréal a causé une surprise en l’emportant sur le maire sortant Denis Coderre, un ex-député et ministre libéral du Canada qui avait l'appui de tout l'establishment politique – le parti libéral du Québec au pouvoir, une majorité des leaders souverainistes québécois et les médias de la grande entreprise.

La défaite de Coderre est un autre signe de l’opposition grandissante des travailleurs aux partis traditionnels de l’élite dirigeante et à leurs politiques d’austérité capitaliste.

Québec solidaire (QS), un parti indépendantiste censé représenter «la gauche» à l’Assemblée nationale, a accueilli le résultat avec enthousiasme. «En tournant le dos à l’establishment, les citoyens et citoyennes de Montréal ont clairement démontré leur appétit pour un virage progressiste assumé», a fait savoir QS dans un communiqué. Des membres de QS ont participé activement à la campagne de Projet Montréal. Par ailleurs, Jagmeet Singh, le nouveau chef du NPD, le parti social-démocrate canadien, a qualifié d’ «inspirante» la victoire de Valérie Plante.

Coderre était le favori de la classe dirigeante parce qu’il n'avait pas hésité à sabrer dans les dépenses sociales et les régimes de retraites des travailleurs municipaux en s’appuyant sur la Loi 3, adoptée par le gouvernement libéral de Philippe Couillard dans son attaque frontale sur les services publics et les droits des travailleurs. Appelant à voter pour Coderre, le quotidien La presse écrivait avant l'élection: «Il a aussi fait un ménage dans les finances publiques, en respectant sa promesse de ne pas hausser les taxes au-delà de l'inflation. Il a freiné la croissance des dépenses... Et il a su s'entendre avec les syndicats.»

C’est essentiellement le même programme anti-ouvrier que poursuivra Projet Montréal. Ce parti municipal fondé en 2004 représente des couches aisées de la classe moyenne urbaine. Ses principales revendications tournent autour d’un meilleur transport en commun et d’une ville plus verte, tout en s’affichant comme un parti «anti-corruption».

Si Plante est critiquée pour son manque d'expérience dans les «dossiers économiques», c’est parce que la classe dirigeante veut s’assurer qu’elle défendra entièrement les profits de la grande entreprise en s’attaquant aux travailleurs et aux services publics.

Lors de son discours de victoire, Plante a cherché à rassurer la grande entreprise: «À mes amis du monde des affaires: Montréal est ouverte aux entreprises. Oui! Créons le meilleur environnement pour que les compagnies investissent à Montréal». La Presse, qui parle pour les sections les plus puissantes du grand capital québécois, a accueilli ce discours, tout en regrettant que Plante n’ait pas de lien, à ce stade-ci, «au sein du Montréal inc». Anxieuse de gagner la confiance de l’élite dirigeante, Plante a reçu chaleureusement et promis de collaborer avec le maire de Québec, Régis Labeaume, un populiste de droite connu pour sa ligne dure envers les travailleurs municipaux.

Lorsqu’un «trou» de 358$ millions dans les finances de la Ville a été découvert par l’équipe Plante nouvellement installée à la mairie (une vieille méthode pour justifier la mise au rancart de promesses électorales bidon et de nouvelles coupes), la nouvelle mairesse a courbé l’échine. Elle s’est dite «triste», tout en ajoutant que ce déficit «énorme» sera «difficile» à combler et qu’«on doit trouver où on va chercher l'argent».

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a présenté la victoire de Plante comme étant «historique». Ce syndicat avait joué un rôle clé en 2014 pour briser la résistance des travailleurs au projet de Loi 3 des libéraux. Marc Ranger, alors directeur adjoint du SCFP et dirigeant de la Coalition syndicale pour la libre négociation, censée défendre les travailleurs municipaux du Québec, avait admis qu’il était prêt à tout mettre sur la table «du moment que tout se fait par la négociation».

Sans doute, Projet Montréal est-il déjà en train de préparer de nouvelles attaques contre les conditions des 7500 travailleurs municipaux de Montréal, qui font partie du SCFP et dont la convention collective sera échue à la fin de l’année. Valérie Plante pourra compter sur l’appui de la bureaucratie syndicale pro-capitaliste qui s’efforce partout d’étouffer l’opposition des travailleurs aux mesures de droite de la classe dirigeante.

Plante a pris une position ambivalente sur la loi 62 du gouvernement Couillard qui cible les femmes musulmanes en interdisant à celles qui portent le voile intégral de recevoir des services publics tels que les soins de santé, l’éducation ou le transport en commun. Plante a initialement refusé de critiquer cette loi anti-démocratique. C’est seulement après l’éclatement d’une mini-controverse autour de certaines mesures envisagées – comme l’interdiction de porter un voile intégral en tout temps dans le transport en commun – que Plante a pris ses distances envers cette loi discriminatoire.

Québec solidaire a accueilli la victoire de Plante parce que ses propres appels identitaires – basés sur la nationalité, la langue, le genre, l’orientation sexuelle ou un style de vie écologique – trouvent écho dans Projet Montréal. Ces deux formations représentent des couches aisées des classes moyennes, profondément hostiles à la classe ouvrière, qui se servent des questions identitaires pour reléguer en arrière-plan les divisions de classe et promouvoir leur propre ascension sociale.

Ce n’est pas la première fois que QS présente un nouveau gouvernement ou une nouvelle formation politique comme étant «progressiste». À chaque fois, de telles forces se sont avérées être de féroces défenseurs de la classe capitaliste.

Début 2015, Québec Solidaire, comme le reste de la pseudo-gauche internationale, était euphorique devant la victoire de SYRIZA en Grèce, qui a été porté au pouvoir en dénonçant de manière démagogique les mesures d’austérité de l’Union européenne. Après que SYRIZA a vite renié ses promesses et imposé l’austérité sous une forme encore pire que ses prédécesseurs, QS s’est mû dans un silence radio.

À l’automne 2015, QS a salué le retour au pouvoir des Libéraux, le parti de gouvernement traditionnel de la classe dirigeante canadienne. Sous le couvert d’un retour aux supposées traditions «pacifistes» du Canada, le gouvernement Trudeau a intensifié le tournant militariste de son prédécesseur de Stephen Harper en augmentant les dépenses militaires de 70 pour cent sur 10 ans et en déployant les Forces armées canadiennes au Moyen-Orient, en Europe de l’Est et dans le Pacifique, les trois principaux théâtres des interventions militaires de son allié américain.

QS a récemment fusionné avec Option nationale, un parti indépendantiste de droite, afin de mieux se rapprocher du Parti québécois auquel il fournit une couverture de gauche. L’un des deux partis de gouvernement de la classe dirigeante au Québec, le PQ a imposé de profondes coupes sociales chaque fois qu’il est passé au pouvoir et il s’est tourné dans la récente période vers un virulent chauvinisme anti-musulman.

L’enthousiasme de Québec solidaire pour cette longue liste de formations politiques anti-ouvrières démontre ses véritables intérêts de classe en tant que parti pro-capitaliste et pro-impérialiste.