Les États-Unis intensifient la guerre pour l'annexion de la Syrie

Par Bill Van Auken
26 janvier 2018

Dans son premier document de Stratégie de défense nationale publié depuis plus d'une décennie, le Pentagone a déclaré ce mois-ci que sa concentration depuis près de deux décennies sur la prétendue guerre mondiale contre le terrorisme était terminée et qu'il avait adopté une nouvelle orientation stratégique pour se préparer à la confrontation entre «grandes puissances», c'est-à-dire la guerre avec la Russie et la Chine dotées d'armes nucléaires.

En Syrie, le changement stratégique déclaré du Pentagone s'est déjà réalisé dans des faits sanglants sur le terrain. Les États-Unis prévoient occuper de façon permanente des parties de la Syrie, d'imposer un régime client de leur choix et de détruire l'influence de leurs rivaux. Ces actions ont déclenché l'invasion turque en cours dans Afrin, l'enclave kurde syrienne du nord-ouest, ce qui menace de déclencher un conflit beaucoup plus large et plus sanglant.

Le secrétaire d'État américain Rex Tillerson a rendu publique la nouvelle guerre d'annexion syrienne, le 18 janvier, devant un public de la Hoover Institution de l'Université de Stanford. Il a déclaré que les forces américaines – au moins 2000 soldats – resteront indéfiniment en Syrie. Il a également renoncé au prétexte fallacieux que Washington a envahi la Syrie pour mener la guerre contre la terreur, dans ce cas sous la forme de l'État islamique d'Irak et de Syrie (ISIS).

Tillerson a précisé que le but de l'impérialisme américain est de poursuivre ses propres intérêts géostratégiques contre ceux de ses principaux rivaux dans la région. Les États-Unis sont, avant tout, déterminés à empêcher tout règlement de la guerre négocié par la Russie, l'Iran et la Turquie qui n'atteindra pas l'objectif initial du changement de régime initié par les États-Unis.

Cette politique est conforme aux exigences du Parti démocrate et des sections de la classe dirigeante qui ont critiqué l'administration Trump pour ne pas avoir adopté une politique assez agressive en Syrie et contre la Russie. Le Washington Post, aligné avec les démocrates et détenu par Jeff Bezos d'Amazon, a salué le mouvement dans un éditorial lundi, «Tillerson dit la vérité sur la Syrie».

Le journal a salué Tillerson pour avoir «rompu implicitement avec la politique américaine des dernières années, qui consistait à rechercher la pacification de la Syrie principalement par des accords diplomatiques avec la Russie». Plutôt que de négocier avec la Russie, les États-Unis doivent maintenir un engagement «sérieux et durable» des forces militaires en Syrie, qui seront inévitablement dirigées non seulement contre Assad, mais aussi contre Moscou et Téhéran.

La déclaration de Tillerson survient moins d'une semaine après que le commandement américain en Irak et en Syrie a annoncé qu'il organisait une force de sécurité frontalière de 30.000 hommes, principalement composée des milices syriennes kurdes les YPG, qui ont servi de principale force par procuration terrestre américaine dans l'intervention syrienne de trois ans et demi de Washington.

C'est cette politique provocatrice dévoilée par Tillerson et le Pentagone qui a provoqué la Turquie, qui refuse d'accepter le déploiement de milices kurdes sur sa frontière ou toute tentative de créer une région autonome kurde en Syrie. La Turquie craint que de tels mouvements ne fassent revivre la lutte des Kurdes opprimés contre le régime autocratique d'Ankara.

La Turquie a lancé son invasion d'Afrin après des tentatives peu convaincantes de la part des autorités américaines de revenir sur l'annonce de la force frontalière prévue. Mercredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé de déplacer l'armée turque d'Afrin à Manjib, juste à l'est de l'Euphrate, qui a été conquis par les milices des YPG soutenues par les troupes américaines en août 2016. Les forces spéciales américaines restent déployées dans la ville, l'utilisant comme une plaque tournante pour leurs opérations et un site d'entraînement pour leurs mandataires syriens.

Une telle avancée ouvrirait la voie à un affrontement armé entre les États-Unis et leur prétendu allié de l'OTAN, la Turquie, déstabilisant davantage la région et créant une poudrière qui pourrait déclencher une troisième guerre mondiale.

Le président américain Donald Trump a tenu mercredi un appel téléphonique avec M. Erdogan dans lequel M. Trump a mis en garde «contre le risque croissant de conflit entre les deux pays», selon le New York Times. Le journal a ajouté que l'appel «a marqué un brusque revirement par rapport à la position énoncée lors d'un briefing de la Maison-Blanche juste un jour plus tôt, où de hauts fonctionnaires avaient suggéré que les États-Unis se rallieraient à la Turquie, alliée de l'OTAN, dans les conflits avec les forces kurdes».

Ces derniers jours, les responsables du Pentagone ont indiqué que l'armée américaine était prête à se passer des services des milices des YPG kurdes, qui fournissaient la chair à canon des opérations américaines en Syrie sous l'égide des «Forces démocratiques syriennes» (FDS).

«Nous ne voyons pas les YPG comme étant actuellement l'élément majoritaire (des FDS)», a déclaré un représentant du Pentagone à la Voice of America, l'organe de propagande des responsables de Washington. «Nous avons une force arabe beaucoup plus nombreuse et beaucoup plus capable que nous pouvons utiliser.»

Cette force «plus nombreuse et ... plus capable» sera sans doute tirée des mêmes «terroristes» que les États-Unis ont utilisés comme prétexte pour envahir la Syrie en premier lieu. Dans les derniers jours du siège meurtrier de Raqqa par les États-Unis et les YPG, l'armée américaine a supervisé l'évacuation de quelque 4000 combattants de l'EI afin qu'ils puissent être déployés contre les troupes gouvernementales syriennes avançant dans les principaux champs pétroliers du pays. Ces mêmes combattants de l'EI doivent maintenant être rebaptisés Forces démocratiques syriennes pour combattre le gouvernement Assad et les forces iraniennes et russes dans le pays.

Ainsi, le passage de la «guerre contre la terreur» au conflit «de grande puissance» prend une forme particulièrement grossière et criminelle.

Quant aux Kurdes syriens, ils vont être soumis à une trahison entièrement prévisible, dans une longue série historique de telles tragédies engendrées par les découpages impérialistes éhontés au Moyen-Orient et aux tentatives vouées à l'échec des dirigeants nationalistes bourgeois kurdes de miser sur l'une ou l'autre des puissances impérialistes.

Peu importe comment les tensions actuelles entre la Turquie et les États-Unis seront résolues, soit par une autre tragédie pour les Kurdes et la population syrienne dans son ensemble, soit dans un affrontement frontal entre les deux alliés de l'OTAN, la crise actuelle révèle les dangers immenses auxquels fait face la classe ouvrière internationale.

L'opération américaine prédatrice et illégale en Syrie fait partie d'un tournant plus large non seulement de l'impérialisme américain, mais aussi de toutes les grandes puissances impérialistes, poussées par la crise insoluble du système capitaliste, vers la préparation de conflits entre «les grandes puissances», c'est-à-dire une répétition sur une échelle beaucoup plus catastrophique des deux guerres mondiales du 20e siècle.

La classe ouvrière doit développer sa propre stratégie indépendante pour empêcher l'exécution de ces plans. La tâche la plus urgente est la création d'un mouvement international antiguerre de la classe ouvrière basé sur les principes socialistes, et pour diriger ce mouvement la construction du Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections pour en faire des partis révolutionnaires de masse.

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Le Pentagone dévoile sa stratégie militaire contre la Russie et la Chine, 23 janvier 2018

(Article paru en anglais le 25 janvier 2018)