Les autorités indiennes intensifient leur vendetta contre les travailleurs de Maruti-Suzuki

Par Keith Jones
23 février 2018

Les travailleurs de Maruti Suzuki en Inde, victimes d’un coup monté, ont informé le World Socialist Web Site que plus tard cette semaine, des avocats du gouvernement, agissant sur ordre du procureur général d'Haryana, exhorteront la Haute Cour à condamner 13 de leurs collègues à la mort par pendaison.

Les 13 personnes ont été reconnues coupables d'homicide volontaire en mars dernier et condamnées à la prison à vie. Mais cela n'a pas satisfait l'élite dirigeante de l'Inde ni les propriétaires de la multinationale japonaise Suzuki. Ils réclament les têtes des travailleurs, dans le but d'intimider les travailleurs à travers l'Inde.

Douze des treize ouvriers sont des membres exécutifs du Syndicat des travailleurs de Maruti Suzuki (MSWU), que les travailleurs de l'usine d'assemblage automobile Maruti Suzuki de Manesar dans l’Haryana ont créé en 2011-12 dans une lutte acharnée contre la direction et un syndicat jaune reconnu par le gouvernement et de connivence avec l’entreprise.

Les 13 travailleurs de Maruti Suzuki

 

Les avocats du gouvernement chercheraient également à casser les acquittements de 117 autres travailleurs de Maruti Suzuki portant sur diverses accusations graves, y compris de participation à une émeute et voies de fait.

Les travailleurs de Maruti Suzuki sont la cible d'une vendetta juridique impliquant la police, le procureur, le ministère de la Justice et les deux principaux partis de la classe dirigeante indienne. Le coup monté a été initié, et une purge de 2300 travailleurs de l'usine de Manesar a été mise en œuvre, à l'été 2012, lorsque le Parti du Congrès formait le gouvernement à Haryana et dirigeait le gouvernement national de l'Inde. Il a été poursuivi sans interruption sous les gouvernements du Bharatiya Janata Party (BJP) qui ont pris le relais en 2014.

Le seul «crime» des 13 travailleurs menacés d'exécution, des 18 autres travailleurs condamnés en mars dernier pour des accusations moindres, et des 117 travailleurs dont l'acquittement est contesté par les autorités vindicatives, est de s’être rebellés contre les salaires de misère, l'emploi précaire et un régime de travail brutal.

Le World Socialist Web Site a déjà démasqué le coup monté dans une analyse détaillée en cinq parties, dans le cadre de nos efforts pour mobiliser les travailleurs en Inde et dans le monde entier pour obtenir la libération immédiate et la relaxe des travailleurs de Maruti Suzuki. (Voir en anglais: “The frame-up of the Maruti Suzuki workers—Part 1: A travesty of justice”)

Le 18 juillet 2012, la direction provoqua une altercation avec les travailleurs. Dans la mêlée qui s'ensuivit, un feu s’est mystérieusement déclaré et a entraîné la mort par asphyxie du seul cadre sympathisant des ouvriers, Avineesh Dev. Pendant plus d'un an précédant cet incident, la police sur ordre du gouvernement du Parti du Congrès d’Haryana avait été déployée à plusieurs reprises pour réprimer les protestations des ouvriers à l'usine, qui est devenue un centre de résistance ouvrière dans la zone industrielle géante de Gurgaon-Manesar à la périphérie de la capitale indienne, New Delhi.

Sans même prétendre ouvrir une enquête, la police, travaillant main dans la main avec la direction, a tenu les travailleurs responsables de l'altercation et de l’incendie et a fait des rafles contre les travailleurs en utilisant des listes de «suspects» fournies par l’entreprise.

Certains des travailleurs arrêtés ont subi de mauvais traitements et ont été soumis à la torture pour qu’ils fassent des «aveux».

Le procès ultérieur de 148 des travailleurs fut une parodie de justice.

Aucun des travailleurs de Maruti Suzuki qui se trouvaient à l'usine le 18 juillet 2012, mais qui n'ont pas été inculpés, n'a témoigné – une omission que le juge présidant au procès a justifiée par l'affirmation selon laquelle ils auraient fait un faux témoignage, soit parce qu'ils étaient sympathisant du MSWU, soit intimidés par l’organisation.

Des travailleurs arrêtés dans un bus de police en route pour les tribunaux (source: “The Factory”, film de Rahul Roy)

 

L'incendie était au cœur de l’accusation du ministère public. Pourtant, il n'a pas pu établir où, quand et comment le feu a commencé. Les autorités ont prétendu avoir trouvé une boîte d'allumettes, qui aurait prétendument échappé à la détection lors de l'enquête initiale de l'incendie et qui serait inexplicablement demeurée intacte dans une zone détruite par l'incendie. Mais rien ne reliait cette boîte d'allumettes au moindre travailleur.

Comme pour d'autres pièces à conviction cruciales, la police n'a pas procédé aux tests scientifiques les plus rudimentaires sur cette boîte d'allumettes.

Le ministère public a changé les principaux éléments de son récit de l'affaire, y compris ce que les travailleurs auraient utilisé comme armes dans leur attaque alléguée contre les dirigeants de l'entreprise.

Les avocats de la défense ont montré que la police avait arrêté 89 travailleurs sur la base de listes fournies par un responsable de Maruti Suzuki qui n'était même pas employé à l'usine de Manesar et avait fabriqué des preuves, présentant quatre «témoins» pour mettre en cause les travailleurs, craignant la révélation de leur collusion illégale. Plusieurs policiers ont également soumis de faux certificats médico-légaux (MLC) comme «preuve» de leur affirmation que les travailleurs les avaient attaqués lorsqu'ils sont intervenus lors de la bagarre du 18 juillet 2012.

Les actions de la police étaient si manifestement illégales que le juge a été obligé de disculper les 89 ainsi que les 29 autres travailleurs qu'aucun témoin du ministère public n'avait identifiés ou identifiés correctement.

Mais le juge l'a fait, dans le but de «sauver» la partie la plus essentielle du coup monté: les accusations de meurtre contre les dirigeants du MSWU.

En les déclarant coupables, il a transféré à plusieurs reprises le fardeau de la preuve de l'accusation aux travailleurs et a délibérément ignoré que tout le dossier contre les travailleurs avait été dressé par la même police qui avait fabriqué des preuves et dirigé par le même inspecteur qui était de connivence avec la direction de Maruti Suzuki et qui avait admis la nature frauduleuse de son MLC lors de son contre-interrogatoire.

Tandis que le procès était en cours, les politiciens et les procureurs ont souvent fait le lien qu’il était nécessaire de rassurer les investisseurs sur le fait que l'on pouvait compter sur les autorités indiennes pour réprimer les agitations sociales. En demandant instamment que les 13 travailleurs soient condamnés à mort, plutôt que condamnés à la prison à vie, le procureur spécial Anurag Hooda a déclaré: «Notre croissance industrielle a chuté, les investissements étrangers directs se sont taris. Le premier ministre Narendra Modi appelle à un mouvement “Fait en Inde”, mais de tels incidents salissent notre image.»

Les employeurs du bassin industriel de Manesar-Gurgaon et à travers l'Inde citent maintenant le sort des travailleurs de Maruti Suzuki lorsqu'ils sont confrontés à des revendications de meilleurs salaires et conditions de travail et de menaces de grèves.

Entretemps, le premier ministre Modi et le ministre indien des Finances Arun Jaitley ont rencontré à plusieurs reprises les responsables de Maruti Suzuki, y compris le président de Suzuki, Osamu Suzuki, depuis que les 13 travailleurs de Maruti Suzuki ont été condamnés à perpétuité il y a onze mois.

Grève d'occupation de juin 2011 par les travailleurs de Maruti Suzuki Manesar (Source: GurgaonWorkersNews)

 

Ils considèrent Suzuki comme une entreprise phare dans leurs efforts pour faire de l'Inde une plaque tournante mondiale de la main-d'œuvre bon marché. Modi a maintes fois vanté que les coûts de main-d'œuvre indiens sont bien inférieurs à ceux de la Chine. En effet, les salaires industriels en Inde sont maintenant au moins quatre fois inférieurs à ceux de la Chine.

Ce sont les conditions d'exploitation brutale que l'élite dirigeante vénale de l'Inde cherche à maintenir par sa vendetta contre les travailleurs de Maruti Suzuki.

Si les autorités indiennes se sentent maintenant tellement encouragées à demander la peine de mort à l’encontre des dirigeants du MSWU et casser l'acquittement des 117, c'est parce que les syndicats et les deux partis parlementaires staliniens jumeaux, le Parti communiste de l'Inde et le Parti communiste de l'Inde (marxiste) ont complètement abandonné les travailleurs de Maruti Suzuki.

Pendant des semaines, les staliniens ont même été incapables de rapporter les condamnations truquées des 13 travailleurs sur leurs sites Web ou dans leurs journaux et lorsqu’ils l’ont fait, ils sont rapidement rentrés dans leur mutisme.

Ils ne lèveront pas le petit doigt pour mobiliser la classe ouvrière en défense des travailleurs de Maruti Suzuki, parce que cela nuirait à leurs relations confortables avec l'establishment politique.

Interrogés sur le rôle des principales fédérations syndicales indiennes, comme le CITU et l'AITUC dirigés par les staliniens, Abhiram et Jitender – les membres du Comité provisoire du MSWU qui ont informé le WSWS des efforts renouvelés de l'État pour imposer la peine de mort aux 13 – ont dit: «Ils ne font rien pour nous. Pas avant ou après les condamnations. Ils sont complètement finis ici. Les syndicats cherchent seulement les cotisations. Les travailleurs veulent une autre option.»

Les travailleurs en Inde et dans le monde doivent venir en aide aux travailleurs de Maruti Suzuki. En défiant l'exploitation des ateliers de misère, ils portaient un coup au nom des travailleurs non seulement en Inde, mais dans le monde entier. Leur défense est un premier pas essentiel dans la construction de l'unité internationale de la classe ouvrière nécessaire pour combattre le capital mondial.

Voir aussi:

Libérez les ouvriers de Maruti Suzuki accusés à tort

[21 mars 2017]

(Article paru en anglais le 22 février 2018)