Macron lance la casse par ordonnance du statut des cheminots

Par Alexandre Lantier
27 février 2018

Hier, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé l'intention du gouvernement de casser le statut des cheminots et d'organiser le privatisation partielle de la SNCF. Sachant que sa politique est profondément impopulaire, alors que les luttes de classes montent à travers l'Europe et le monde, il a dit vouloir imposer unilatéralement sa réforme par ordonnances, afin ensuite d'obtenir l'aval de législateurs et d'appareils syndicaux à la botte du patronat.

Philippe a confirmé qu'il compte éliminer le statut des cheminots, fruit politique de la défaite de l'Allemagne nazie et de Vichy pendant la Deuxième Guerre mondiale par l'Union soviétique. Il a dit: «Aux nouvelles générations, aux apprentis, à tous ceux qui veulent s'engager dans la SNCF, nous disons qu'ils bénéficieront des conditions de travail de tous les Français, celles du Code du travail. ... A l'avenir, à une date qui sera soumise à la concertation (avec le patronat et les syndicats), il n'y aura plus de recrutement au statut,» a-t-il déclaré.

Prétextant la situation «alarmante» de la SNCF, Philippe a proposé aux parlementaires d'habiliter le gouvernement à imposer sa réforme par ordonnances. «Face à l'urgence, le gouvernement est déterminé à en faire voter les principes-clé avant l'été. ... A la mi-mars, nous déposerons un projet de loi d'habilitation au parlement. Le recours aux ordonnances permettra une large concertation» avec la direction de la SNCF et les syndicats, a-t-il dit. Philippe veut aussi lancer une privatisation effective de la SNCF, qui serait transformée en société anonyme dont l'Etat détiendrait des actions.

La politique de Philippe et de Macron est illégitime et antidémocratique, tant sur la forme que sur le fond, et les travailleurs doivent la rejeter avec mépris.

Dire qu'il n'y a pas assez d'argent pour maintenir les statuts et les niveaux de vie des travailleurs européens, c'est raconter un mensonge absurde. Tout en attaquant les cheminots, Macron fait un vaste cadeau fiscal de 5 milliards d'euros par an aux riches, en éliminant l'Impôt sur la fortune. Pour eux, l'argent coule à flots: l'Etat a accordé aux banques des garanties de 360 milliards € lors du krach de 2008, et des milliers de millards d'euros depuis, via la Banque centrale européenne.

Derrière sa politique réactionnaire se cache la course à la guerre des grandes puissances impérialistes: Macron veut financer le militarisme français au frais des travailleurs.

Le 17 février, à la Conférence de sécurité de Munich, la ministre de la Défense Florence Parly a annoncé un programme de dépenses militaires de 300 milliards d'euros entre 2018 et 2024. Afin de participer à la militarisation de l'Union européenne, menée de pair avec Berlin, Macron compte imposer une vaste régression sociale aux travailleurs pour financer la guerre au Mali et en Syrie, ou même un affrontement direct entre les grandes puissances nucléaires.

Le gouvernement veut réduire les cheminots, comme les travailleurs PSA eux aussi visés par les ordonnances de Macron, à un statut de travailleur intérimaire sans protection sociale réelle. La promesse que fait Philippe de protéger les travailleurs du rail grâce au Code du Travail n'est qu'un enfumage cynique. La loi travail du PS permet aux patrons et au syndicats de s'accorder sur des dérogations aux dispositions du Code du Travail, et donc même les protections promises par Philippe sont en fait caduques.

C'est ce que démontre les conditions imposées par la convention collective votée par les syndicats dans la chimie à la fin de l'année dernière, qui impose un salaire inférieur au SMIC.

Il est impossible d'organiser une lutte réelle contre la politique menée par Macron sans mener à l'intérieur de la classe ouvrière, à l'échelle internationale, une lutte politique contre la guerre et l'inégalité sociale, et cela indépendamment des syndicats.

Alors que Macron présente son projet de liquidation de la SNCF, une mobilisation de la classe ouvrière internationale débute, après une décennie de profonde régression sociale. Depuis le début de l'année, il y a eu de grosses manifestations ouvrières en Iran et en Tunisie, ainsi qu'une série de grèves des métallos turcs et allemands, du rail britannique, et des travailleurs grecs contre la politique austéritaire du gouvernement Syriza de pseudo-gauche.

Et aux Etats-Unis, le prolétariat américain entre en lutte, excédée par la politique réactionnaire des gouvernements successifs. Alors que la colère monte parmi les travailleurs de l'automobile contre des syndicats s'étant fait acheter illégalement par le patronat pour approuver un contrat réactionnaire, les enseignants de tout l'état de la Virginie de l'Ouest défient un gouverneur réactionnaire et se mobilisent pour exiger des augmentations.

Et en France, la lutte des cheminots se déroule sur fond de mobilisation des travailleurs d'Air France et de la santé contre des conditions salariales et de travail inacceptables.

Pour lutter contre les attaques de Macron, les travailleurs ne peuvent se limiter à une lutte organisée à l'échelle nationale sur une perspective syndicale. Il s'agit de s'organiser indépendamment des appareils syndicaux, qui mènent la «concertation» avec Macron, pour unifier les luttes et engager une lutte politique contre les mesures antidémocratiques et militaristes de Macron et de l'Union européenne.

Le gouvernement compte sur une mobilisation purement nationale des cheminots en France, isolée d'autres secteurs déjà visés par Macron – dont l'automobile, la chimie, les retraités. Il espère diviser pour mieux régner, et briser les unes après les autres les mobilisations de divers secteurs en France, isolés de leurs frères et sœurs de classe à l'international. Les appareils syndicaux français s'acharnent à refuser d'unifier les luttes même à l'intérieur de la seule France, et la presse se délecte à l'idée d'imposer une défaite humiliante et démoralisante aux cheminots.

Dans une entrevue avec Le Monde, le politologue Jérôme Sainte-Marie conseillait ainsi Macron: «Mieux vaudrait pour lui que la réforme de la SNCF se présente comme une bataille. Un excès de facilité limiterait son gain politique. Il vaudrait mieux quelque chose comme la grève des mineurs pour Thatcher, un combat héroïque contre l'hydre syndicale fantasmée qu'il finirait par gagner.»

L'évocation de la grève des mineurs britanniques de 1985, pendant laquelle les appareils syndicaux ont isolé une lutte des mineurs menée par le Syndicat national des mineurs (NUM) et permis à Margaret Thatcher de détruire les mines en Grande Bretagne, a valeur d'avertissement.

La stratégie de la bourgeoisie dépend de la traîtrise d'appareils syndicaux qui partagent la politique nationaliste et militariste de Macron. L'appel des députés de La France insoumise à financer l'armée exprime très clairement l'optique réactionnaire de ces milieux. Voulant «moderniser» le pays et favoriser sa «compétitivité» ainsi que sa puissance sur l'arène mondiale, ils imposeront tous les reculs sociaux qu'ils auront discutés avec Macron, tout en se faisant passer pour des contestataires.

Et ainsi la CFDT, qui a négocié ouvertement les ordonnances de Macron l'année dernière et imposé les salaires en-dessous du SMIC dans la chimie, a déclaré hier qu'afin d'intensifier la lutte à la SNCF, elle veut organiser «grève reconductible à partir du 14 mars» contre la casse des statuts. Quant à la CGT, qui veulent faire attendre les cheminots jusqu'au 22 mars pour ensuite ne mener qu'une action symbolique d'un jour.

La seule façon d'aller de l'avant pour les travailleurs, en France comme à l'international, est de prendre leurs propres luttes en main, et d'en ôter le contrôle aux appareils syndicaux en créant des organisations de lutte indépendantes des appareils syndicaux. La question décisive est leur unification internationale dans une lutte révolutionnaire pour le socialisme, contre le militarisme et l'austérité imposée par tous les gouvernements de l'Union européenne.