Un récent rapport documente la montée en flèche des inégalités sociales au Canada

Selon un récent rapport du Centre canadien des politiques alternatives (CCPA), les 87 familles canadiennes les plus riches ont vu leur fortune plus que doubler depuis 1999 et possèdent maintenant autant que les 12 millions de Canadiens les plus pauvres, ou le tiers de la population du pays.

La richesse combinée de ces super-riches s’élève à 259 milliards de dollars, soit l’équivalent de ce que possèdent toutes les familles des quatre provinces maritimes, qui sont parmi les plus pauvres du Canada.

Selon le magazine Forbes, le nombre de milliardaires au Canada est passé de 4 à 46 entre 1998 et 2018, tandis que leur fortune totale est passée de 23 à 150 milliards de dollars.

Statistiques Canada note de son côté que les familles figurant parmi les 10 pour cent les plus riches accaparaient 52 pour cent de la richesse totale en 1984. En 2005, leur part avait augmenté à 58 pour cent. En 2012, elles détenaient 60 pour cent de toutes les ressources financières.

La même tendance est observée dans le Rapport sur les inégalités mondiales, une étude dévoilée plus tôt cette année qui révèle que la part du revenu total canadien allant au 1 pour cent le plus riche est passée de 9 pour cent en 1980 à près de 14 pour cent au milieu des années 2010.

Ces rapports viennent confirmer de nombreuses autres études qui montrent que la richesse, au Canada comme ailleurs dans le monde, est de plus en plus concentrée dans les mains d’une infime minorité.

Pendant que s'accumulent ces fortunes faramineuses, les conditions de vie se détériorent pour la grande majorité de la population canadienne. C’est ce lien de cause à effet que les porte-paroles du capital cherchent à dissimuler en répétant sans cesse qu’il n’y a «pas d’argent» pour la santé, l’éducation, les arts ou les infrastructures – mais suffisamment pour les dépenses militaires, qui vont augmenter de 70 pour cent en 10 ans sous le gouvernement libéral de Justin Trudeau.

Dans la société capitaliste basée sur la propriété privée et la maximisation du profit individuel, les avancées technologiques ayant permis une plus grande productivité du travail ne servent qu’à intensifier l’exploitation des travailleurs par l’élimination des emplois et la hausse des cadences de production.

La précarisation de l’emploi en est une conséquence. Selon une étude publiée en 2015, 44 pour cent des habitants de la grande région urbaine de Toronto-Hamilton – qui regroupe près du cinquième de la population canadienne – ont des emplois précaires, en hausse de 3 points de pourcentage depuis 2011. On parle ici de personnes engagées par des agences de placement, de travailleurs à contrat et de travailleurs autonomes.

Selon Statistiques Canada, la proportion des emplois à temps partiel atteignait 19 pour cent en juillet de cette année, alors qu’elle était de 12 pour cent dans les années 1970. La proportion d’employés au salaire minimum a augmenté de façon substantielle, passant de 6,2 à 10,1 pour cent entre début 2017 et début 2018, une hausse touchant principalement les adultes âgés de 25 à 54 ans.

Au même moment, un sondage effectué par la Banque TD en 2017 révèle que 4 Canadiens sur 10 font face à des baisses modérées ou élevées de leurs revenus, les jeunes étant particulièrement touchés. Et pour 3,3 millions de Canadiens, les revenus fluctuent de 25 pour cent tous les mois.

Cette pression sur les budgets déjà restreints des travailleurs et des jeunes est renforcée par la hausse vertigineuse du prix des logements, de la nourriture et de l'essence.

Entre 2010 et 2016, à Toronto et à Vancouver, le prix d'une maison a respectivement grimpé en moyenne de 67 et 60 pour cent. À Vancouver, 35 pour cent des maisons vendues coûtaient plus d'un million de dollars en 2016. Selon une étude du promoteur immobilier Royal Lepage, le prix médian d'une maison de plain-pied au Canada est de 500.000$ en 2018 et de 715.000$ pour une maison à deux étages. Les prix médians des condos, qui ont aussi considérablement augmenté, s'élèvent à 418.000$.

Cette hausse des prix force un nombre croissant de Canadiens, particulièrement les jeunes, à se tourner vers des logements locatifs et à retarder l'achat d'une maison. Pour la première fois depuis 1971, le pourcentage des propriétaires de maisons a diminué. Entre 2011 et 2016, selon l'Indice du logement locatif publié par Statistiques Canada, le pourcentage des propriétaires est passé de 68,9 pour cent à 67,8 pour cent.

Le coût des loyers est en hausse également. En Ontario, le coût d'un appartement a augmenté de 20 pour cent en cinq ans. Près de la moitié des ménages canadiens qui louent leur logement dépensent plus de 30 pour cent de leurs revenus pour le loyer. Un ménage sur cinq, soit 795.000 personnes, y dépense plus de 50 pour cent. Cette hausse touche de plus en plus les régions périurbaines et rurales.

Comme l'écrit le rapport du CCPA, «la richesse s'accumule au sommet, là où elle est le moins nécessaire». Tous les problèmes sociaux s’en trouvent amplifiés. De plus en plus de Canadiens, y compris des travailleurs, se tournent vers les banques alimentaires pour se nourrir. Le pays, particulièrement dans l'Ouest, a été frappé par une hausse marquée de surdoses par opioïdes. Et à tout moment de l'année, 235.000 personnes sont sans abri au Canada.

L'accumulation de richesse au sommet et de misère sociale pour la grande majorité n'est pas le résultat de processus économiques neutres. C’est le résultat des efforts délibérés de tout l’establishment – y compris les partis supposément «progressistes» et appuyés par les syndicats comme le NPD ou le Parti québécois – pour faire payer les travailleurs pour la crise capitaliste par le démantèlement des services publics, la baisse des salaires et l’expansion du travail précaire.

Ces mesures drastiques d’austérité sont inévitablement accompagnées d’une baisse massive de l’impôt pour les riches. Le rapport du CCPA note d’ailleurs que le Canada est le seul pays du G7 où l’héritage, les cadeaux, ou la fortune ne sont pas imposables.

C’est cette guerre de classe impitoyable qui a mené à un vaste transfert des richesses des gens ordinaires vers les super-riches.

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