Le salissage #MeToo du New York Times contre Bernie Sanders

Par Barry Grey
7 janvier 2019

Mercredi, le New York Times a publié un long article en première page alléguant que la campagne de Bernie Sanders, pour l'investiture du Parti démocrate à la présidence en 2016, était truffée de sexisme et de discrimination à l'égard des femmes qui travaillaient pour la campagne. L'article, intitulé «Pour Bernie Sanders, la candidature de 2020 assombrie par des allégations de sexisme dans la campagne de 2016», a toutes les caractéristiques d'une fabrication à motivation politique.

Il s'agit d'un amalgame d'accusations vagues et non fondées, aucune d'entre elles ne faisant état d'une agression sexuelle ou de toute autre forme de comportement criminel. Dans la plupart des cas, les actions décrites sont, au pire, grossières. Les accusés qui sont nommés nient tous les accusations, ce qui rend impossible pour le lecteur de déterminer la véracité des allégations.

L'article, planifié pour coïncider avec l'ouverture de la campagne pour l'investiture démocrate de 2020, représente un effort du Times, qui parle au nom des factions dominantes du Parti démocrate et des forces de Wall Street et dans l'establishment militaire et du renseignement avec lequel les démocrates sont alliés, pour torpiller une course présidentielle potentielle du sénateur du Vermont. Avec cet article de journalisme jaune, le Times emploie les méthodes qu'il a affinées pour mener la chasse aux sorcières sexuelle de droite #MeToo dans le but de manipuler la campagne électorale de 2020 conformément à son programme politique réactionnaire.

Le World Socialist Web Site ne donne aucun soutien politique à Sanders, un faux «socialiste» démagogue dont les activités sont consacrées à canaliser l'opposition de la classe ouvrière aux inégalités sociales et à la guerre derrière le Parti démocrate. Cependant, l'article du Times est une attaque contre Sanders de la droite. Elle est motivée par la peur de la croissance des luttes ouvrières et du développement d'une opposition consciente de classe à tout l'establishment politique et au capitalisme.

Lors de l'élection de 2016, Sanders a obtenu un soutien de masse en se présentant comme un socialiste et en fondant sa campagne primaire sur un appel aux questions de classe – salaires, emplois et haine de l'oligarchie financière et patronale. Alors que l'objectif de Sanders dès le début était de servir de paratonnerre pour le sentiment anticapitaliste grandissant et l'empêcher de s'affranchir du système bipartite, résumé par son soutien au candidat favori de Wall Street et de la CIA, Hillary Clinton, la classe dirigeante a été choquée et horrifiée par l'ampleur du soutien populaire pour Sanders, comme l'a été Sanders lui-même.

Dans les conditions actuelles de convergence des crises économiques et géopolitiques et de la plus grande crise du pouvoir de classe aux États-Unis depuis la guerre de Sécession – et dans un contexte de résurgence de la lutte de classe aux États-Unis et au niveau international – le Times est déterminé à bannir de la campagne 2020 tout ce qui pourrait provoquer la colère bouillonnante des travailleurs et des jeunes. Il veut que la prochaine campagne démocrate, comme la dernière, soit dominée par la politique du genre, de la race et du sexe, et non de la classe sociale. En cela, elle reflète les préoccupations qui dominent les couches supérieures de la classe moyenne, riches et de droite, qui constituent son électorat plus large au-delà de l'oligarchie patronale et de l'appareil militaire et du renseignement.

D'où l'attaque contre Sanders, utilisant les méthodes de chasse aux sorcières de #MeToo qui ont été employées contre des dizaines de célébrités du cinéma et de la télévision, acteurs, artistes, musiciens et politiciens.

L'article suit un modèle désormais familier. Il commence par citer un incident précis – le seul exemple concret d'inconduite sexuelle dans l'ensemble de l'article – autour duquel il tente de construire un tableau de harcèlement sexuel et de discrimination systématiques.

Il cite une interview avec le Times dans laquelle Giulianna Di Lauro, «une stratège latino-américaine en relations externes» pour la campagne Sanders, raconte qu'un «substitut de campagne» pour Sanders l'a harcelée alors qu'ils se rendaient tous les deux aux événements précédant les primaires démocrates du Nevada en février 2016. Le «substitut a demandé de toucher ses cheveux», rapporte le journal. «Elle a consenti, mais elle a dit qu'il a passé sa main dans ses cheveux d'une “manière sexuelle” et a continué à m’agripper, me toucher et à “repousser mes limites” pour le reste de la journée.»

Di Lauro se plaint qu'un responsable de l'équipe de relations externes latino-américaine se soit moqué de l'incident lorsqu'elle le lui a signalé et n'a rien fait à ce sujet, une accusation que le responsable nie. Ses propres politiques sont indiquées par une publication sur sa page Facebook dans lequel elle fait référence à la réunion très médiatisée des dirigeants démocrates du Congrès, Nancy Pelosi et Chuck Schumer avec Trump le mois dernier et qualifie d'«enrageant» le fait que Trump a parlé par-dessus Pelosi mais a laissé parler «Shumer»[sic].

Le Times écrit ensuite que «des récits comme celui de Mme Di Lauro – décrivant de tels incidents ainsi que la disparité salariale dans la campagne de Sanders en 2016 – ont circulé ces dernières semaines dans des courriels, des commentaires en ligne et des discussions privées entre anciens partisans ». Cela indique que le journal a compilé de tels articles et s'apprête depuis un certain temps à publier son article à succès anti-Sanders.

L'«incapacité apparente de Sanders à traiter cette question a nui à sa bonne foi progressiste, ont dit des délégués et une douzaine d'anciens membres du personnel d'État et du personnel national dans des interviews au cours du mois dernier», affirme l'article, qui ajoute: «Et cela a soulevé des questions parmi eux sur sa capacité à défendre adéquatement les intérêts des femmes, qui définissent de plus en plus le Parti démocrate à l'ère Trump, si celui-ci se présente pour l'élection présidentielle en 2020».

Seuls trois autres anciens membres du personnel de la campagne de Sanders qui prétendent avoir été maltraités sont cités dans l'article, mais pratiquement aucune précision n'est donnée sur le harcèlement ou le sexisme qu'ils prétendent avoir enduré. L'une d'entre elles cite comme harcèlement sexuel le fait d'avoir dû rester dans une «maison délabrée» à Chicago en mars 2016 et d'avoir dû dormir dans une chambre avec trois hommes qu'elle ne connaissait pas.

L'article indique clairement que le Times étend la campagne #MeToo à la campagne électorale de 2020. C'est écrit: «Des allégations de sexisme ont fait surface pendant la campagne de M. Sanders en 2016, lorsque beaucoup de ses admirateurs masculins ont été péjorativement surnommés [par qui ?] “Bernie Bros” pour leurs attaques agressives en ligne contre les femmes journalistes et les partisans d'Hillary Clinton. Mais ils n'ont pas éclipsé la nature électrisante de sa campagne insurgée.

«Les circonstances ont changé depuis. M. Sanders n'est plus un étranger, mais un leader établi qui sera tenu à une norme plus élevée. Et en ce qui concerne le traitement des femmes, il doit maintenant tenir compte des effets du mouvement #MeToo.»

En effet, le Parti démocrate et le Times ont jeté les bases de la campagne #MeToo et de son extension aux élections de 2020 pendant la campagne présidentielle de 2016, lorsqu'ils ont cherché à plusieurs reprises à injecter des questions de politique identitaire dans les primaires démocrates afin de changer le sujet des inégalités sociales soulevées par Sanders avec tant de force.

Ainsi, à la mi-mai, alors que Sanders attirait des dizaines de milliers de jeunes, pour la plupart, à ses rassemblements et battait Clinton dans les primaires démocrates du Michigan et de l'Indiana, le gouvernement Obama a publié un décret exécutif exigeant que tous les districts scolaires publics du pays permettent aux élèves transgenres d'utiliser les toilettes de leur choix. Le Times s'est immédiatement emparé de cette question – une question démocratique sérieuse, mais très éclipsée par le danger croissant de la guerre mondiale et les conditions sociales brutales qui touchent des centaines de millions de travailleurs – et a cherché à la présenter comme la question la plus cruciale de l'heure.

Le mois suivant, après que Clinton eut remporté les primaires californiennes et se soit déclarée candidate démocrate, le Times s’est consacré numéro après numéro et page après page à promouvoir la campagne de droite contre le juge qui avait condamné l'étudiant de Stanford reconnu coupable d’agression sexuelle, Brock Turner, à «seulement» six mois de prison. Dans le cadre d'une intervention extraordinaire et tout à fait inappropriée de la Maison-Blanche dans le processus judiciaire, le vice-président Joe Biden s'est publiquement solidarisé avec la victime et la campagne pour punir le juge et imposer une peine plus sévère à Turner.

Tout au long de la campagne, Clinton et le Times ont fait la promotion du groupe prodémocrate et racial Black Lives Matter comme contrepoids à la rhétorique de Sanders contre la «classe des milliardaires».

Pour leur part, l'organisation Sanders et le sénateur lui-même ont présenté d’ignobles excuses en réponse à l'article à succès du Times, dénonçant une fois de plus la fraude de leurs prétentions «socialistes» et anti-establishment.

Jeff Weaver, directeur de campagne de Sanders pour 2016 et conseiller principal actuel, a déclaré au Times: «Est-ce que c'était [la campagne de 2016 de Sander] trop masculin ? Oui. Est-ce que c'était trop blanc ? Oui. S'agirait-il d'une priorité à laquelle il faudrait remédier dans le cadre d'une campagne future ? Définitivement, et nous partageons profondément l'urgence pour nous tous d'apporter des changements.»

Sanders, interviewé mercredi soir sur CNN, a déclaré à l'animateur Anderson Cooper: « Je ne vais pas m'asseoir ici et vous dire que nous avons fait tout ce qu'il fallait en matière de ressources humaines, pour répondre aux besoins qui sont maintenant exprimés, que des femmes se sont senties insultées, qu’il y a eu du harcèlement sexuel qui n’a pas été traité de la meilleure manière possible... Je présente donc certainement des excuses à toute femme qui estime ne pas avoir été traitée correctement. Et, bien sûr, si je me présente, on fera mieux la prochaine fois.»

(Article paru en anglais le 5 janvier 2019)