Lutte ouvrière défend les appareils syndicaux contre les «gilets jaunes»

Par Anthony Torres
16 janvier 2019

L’éruption du mouvement des «gilets jaunes» en dehors du cadre syndical a démasqué le rôle réactionnaire des partis petite-bourgeois qui se sont longtemps données pour la «gauche.» Lors de son congrès les 8 et 9 décembre, a déclaration présentée par LO sur la situation intérieure a exposé sa crainte et son hostilité face à la révolte des travailleurs contre les appareils syndicaux, c’est-à-dire contre les couches sociales desquelles LO elle-même est tirée.

Dans sa déclaration «Les révolutionnaires et le mouvement des Gilets jaunes», parue dans la revue Lutte des classes, LO avoue que la radicalisation des «gilets jaunes» a fait voler en éclats l’autorité des syndicats où LO est fortement implantée depuis des décennies.

LO écrit, «L’aspect frappant de cette mobilisation, c’est la détermination. Les traditions revendicatives que les organisations syndicales ont inculquées aux travailleurs – par exemple, les parcours de manifestation prévus en accord avec la préfecture, les AG où débarquent les chefs syndicaux que l’on ne voit jamais sur le terrain et qui apportent la bonne parole – toutes ces habitudes servent à canaliser la colère derrière les appareils syndicaux.»

Et LO s’éternise sur le fait que les habitudes et les organisations que LO a tenté d’imposer aux travailleurs ne sont qu’un frein à la lutte: «Et même lorsque les travailleurs du rang sont en désaccord avec ce que les organisations syndicales proposent ou ne proposent pas, il leur est difficile de faire sans elles. De fait, en ce moment, ce sont les catégories les plus éloignées des tutelles syndicales qui font preuve de la plus grande combativité.»

En écrivant que les syndicats agissent pour «canaliser la colère» derrière des «chefs syndicaux que l’on ne voit jamais sur le terrain», LO confirme involontairement la ligne du Comité international de la IVe Internationale (CIQI). Il faut rompre avec les appareils syndicaux défendus par LO, et la formation par les travailleurs de comités d’action visant à unifier les luttes des travailleurs à travers la France et à l’international. Ceci nécessite aussi la construction du Parti de l’égalité socialiste (PES) pour s’opposer à la charlatanerie antimarxiste de partis omme LO.

L’orientation de classe de LO est diamétralement opposée. Alors que l’État et le patronat gavent les appareils syndicaux de crédits à coups de dizaines de millions d’euros pour étouffer les ouvriers, les bureaucrates syndicaux de LO continuent à ânonner qu’ils sont aux avant-postes de la lutte. Tout en avouant que les syndicats étranglent les luttes, les Tartuffes bureaucratiques de LO prétendent hypocritement qu’ils y interviennent afin d’avancer une ligne marxiste.

Le rôle démobilisateur des appareils syndicaux, selon LO, «n’est pas contradictoire avec le fait que nos camarades d’entreprise, militants ou responsables syndicaux, se bagarrent contre l’attitude timorée des confédérations, en discutent et prennent des initiatives en tant que militants de la lutte de classe. Les travailleurs ont des ressources extraordinaires, quand ils se mettent en branle, ils apprennent vite. Si le mouvement ouvrier organisé pouvait s’inspirer de tout cela, ce serait déjà bien!»

C’est une duperie lamentable: les «gilets jaunes» représentent les revendications ouvrières; LO, des appareils conservateurs inféodés à Macron. Les syndicats sont des coquilles vides, financées et pilotées par l’aristocratie financière dans le cadre du «dialogue social» pour imposer l’austérité. Le patronat finance ces appareils pour museler les travailleurs, comme le soulignent les dernières informations. (Voir: Les syndicats financés à la hauteur de dizaines de millions par l’État)

Ainsi, la lutte au site PSA d'Aulnay-sous-bois a été menée dans le mur par personne d'autre que le dirigeant de LO Jean-Pierre Mercier, délégué syndical porte-parole de la CGT à Aulnay et chef de campagne de Nathalie Arthaud, candidate présidentielle de LO. Mercier a aidé la CGT à isoler la lutte contre la fermeture, bloquant la mobilisation de couches plus larges de travailleurs pour sauver Aulnay, permettant au PS et a PSA de fermer le site. Pour service rendu, Mercier travaille à présent sur le site PSA de Poissy, «accueilli comme il se doit» avait fait savoir Peugeot Poissy.

Quand LO prétend que le «mouvement ouvrier», c’est-à-dire les appareils syndicaux qui attaquent les ouvriers, pourraient «s’inspirer» des «gilets jaunes» pour devenir combatifs, ce n’est qu’une fraude. LO s’accommode du financement des syndicats par l’État et le patronat, car ceux-ci financent ainsi les privilèges des militants de LO eux-mêmes. Ils participent ensuite aux fermetures d’usines, aux licenciements et aux attaques contre les acquis sociaux des travailleurs.

Les tentatives de cette organisation nationaliste et anti-ouvrière de se faire passer pour «marxiste» sont absurdes et réactionnaires. En prétendant lutter contre les influences petite-bourgeoises sur la classe ouvrière, les petit-bourgeois de LO proposent de casser le mouvement des «gilets jaunes», vers lequel ils sont profondément hostiles.

LO prétend que la défense des travailleurs nécessite de les extraire du mouvement des «gilets jaunes», où des petits patrons sont aussi présents: «Autrement dit, nous n’appelons pas … à ‘fédérer les colères’, nous visons à les séparer. Nous visons à séparer les dynamiques de classe représentées d’un côté par les travailleurs exploités, et de l’autre par les petits patrons.»

Cette politique de division, visant à casser le mouvement n’a rien à voir avec le marxisme. Le mouvement des «gilets jaunes», poussé par la sympathie de larges masses de travailleurs, a entraîné des indépendants et des petits patrons, dont les conditions de vie sont plus proches des travailleurs que des classes moyennes aisées comme LO et le NPA. Ces couches plus opprimées des classes moyennes acceptent à ce stade de prendre position avec la classe ouvrière contre le capitalisme.

Toute tentative de LO d’agir sur les perspectives qu’elle énonce serait une attaque réactionnaire contre les «gilets jaunes.» Les bureaucrates de LO interviendraient dans le mouvement, qu’ils ont délaissé jusqu’à présent, pour tenter de le casser – en forçant les travailleurs à accepter l’autorité des syndicats, et en laissant les petits patrons isolés et politiquement à la merci des néofascistes.

Une lutte marxiste pour l’indépendance politique de la classe ouvrière commence non pas en essayant de casser l’opposition à Macron, comme prétend LO, mais en établissant l’indépendance de la classe ouvrière vis-à-vis des syndicats et de partis petit-bourgeois comme LO. C’est en démontrant sa capacité de diriger une lutte véritable que la classe ouvrière pourra attirer derrière elle les larges masses de la petite bourgeoisie.

Comme écrivait Trotsky dans Où va la France, «Pour gagner la petite bourgeoisie, le prolétariat doit conquérir sa confiance. Il faut pour cela qu'il ait lui-même confiance en sa propre force. Il lui faut un programme d'action clair et une détermination à lutter pour le pouvoir par tous les moyens.»

L’alternative à la défense nationale des appareils syndicaux procapitalistes par LO est la formation de réseaux internationaux de comités d’action. Le rôle des sections du CIQI dans ce processus sera d’expliquer que la seule façon de satisfaire durablement les revendications des travailleurs sera de transférer le pouvoir à ces organes de la classe ouvrière internationale. Ainsi la classe ouvrière pourra renouer avec ses traditions historiques de lutte pour le socialisme et contre le capitalisme.

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