L'Ontario coupe l’aide financière aux étudiants à faible revenu

Par Roger Jordan
31 janvier 2019

Le gouvernement progressiste-conservateur de l'Ontario a annoncé plus tôt ce mois-ci qu'il sabrait le financement du Régime d'aide financière aux étudiantes et étudiants de l'Ontario (Ontario Student Assistance Program ou OSAP). Les changements comprennent: l'élimination d'un programme de «frais de scolarité gratuits» pour les étudiants à faible revenu; la réduction considérable de l'accès aux bourses, ce qui signifie que les étudiants, et surtout les étudiants à faible revenu, devront s'endetter davantage; et l'élimination du délai de grâce de six mois avant que les diplômés universitaires et collégiaux commencent à rembourser les prêts obtenus par l’OSAP.

Des étudiants révoltés ont convoqué un rassemblement à Toronto pour protester contre l'élimination de l'aide financière aux étudiants.

De plus, le gouvernement Ford a récemment imposé une réduction des budgets des collèges et des universités de façon détournée. Dans une manœuvre cynique visant à détourner l'attention des compressions dans lOSAP, le gouvernement a annoncé que les frais de scolarité des étudiants seront réduits de 10 % pour l'année scolaire 2019-2020. Toutefois, le gouvernement n'augmente pas le financement des établissements postsecondaires de la province pour compenser ce recul. Par conséquent, les universités de l'Ontario perdront 360 millions de dollars en revenus au cours de la prochaine année universitaire un manque à gagner qui sera comblé par une augmentation du nombre d’étudiants par classe et d'autres compressions. Les 24 collèges d'arts appliqués et de technologie de la province subiront une perte de 80 millions de dollars.

De plus, Fullerton a annonc
é qu'à compter de l'automne prochain, les étudiants pourront choisir de ne pas payer bon nombre des frais de scolarité accessoires qui leur sont imposés pour couvrir les services du campus et les activités et organisations parascolaires des étudiants, notamment les clubs et les associations étudiantes. Les dirigeants des syndicats étudiants et les travailleurs de soutien des universités ont indiqué que ces dispositions de retrait inciteront les syndicats étudiants à réduire les services comme les banques alimentaires et les cliniques d'aide juridique.

Le programme de
«frais de scolarité gratuits» s'inscrivait dans le cynisme cynique des libéraux en tant que parti «progressiste» avant les élections provinciales de 2018 en Ontario. Entre 2010 et 2017, les libéraux ont procédéà d'importantes compressions dans les secteurs de l'éducation, des soins de santé et d'autres services publics et sociaux essentiels. Puis, dans une tentative désespérée d'éviter un contrecoup électoral, ils ont fait une feinte à«gauche» en bonifiant les bourses de lOSAP, en augmentant légèrement le salaire minimum et en limitant la capacité des employeurs d'apporter des changements de dernière minute aux horaires des travailleurs qui ont des contrats «zéro heure». 

La décision du gouvernement Ford de saccager les bourses d'études pour les étudiants à faible revenu s'inscrit dans le cadre d'une attaque beaucoup plus vaste contre les travailleurs de toute la province. Depuis son arrivée au pouvoir en juin dernier, lors d'une victoire écrasante sur les libéraux méprisés, Ford a lancé une campagne pour réduire les dépenses sociales de plusieurs milliards de dollars, annulé une augmentation du salaire minimum de 1 $ l'heure, réduit les prestations daide sociale, supprimé les protections pour les travailleurs temporaires et de garde, et donné aux employeurs un pouvoir accru pour obliger les travailleurs à faire de longues heures sans paie additionnelle pour les heures supplémentaires.

Tout en faisant ces attaques de classes, Ford cultivé la réaction, y compris à travers une campagne ignoble pour faire des demandeurs du statut de réfugié des boucs émissaires dont beaucoup fuient la répression anti-immigrante de Trump aux États-Unis pour le manque de logements sociaux et d'autres services. En réalité, les services délabrés, l'augmentation de la pauvreté et de l'itinérance et l'expansion de l'emploi précaire à temps partiel sont les produits directs de plus de trois décennies de politiques d'austérité de droite mises en œuvre par tous les principaux partis, y compris le Nouveau Parti démocratique, soutenu par les syndicats. 

Si les étudiants veulent vaincre l'attaque du gouvernement Ford contre le droit à une éducation de qualité, ils doivent se tourner vers la classe ouvrière, la seule force sociale capable de briser l'emprise des grandes entreprises sur toute la vie socio-économique.

Les travailleurs de l'Ontario, du Canada et d'ailleurs dans le monde s'opposent de plus en plus
à l'austérité capitaliste et aux inégalités sociales endémiques. Les protestations étudiantes éclatent en Ontario alors que les travailleurs de General Motors s'opposent de plus en plus aux plans de cette compagnie de supprimer 15.000 emplois et de fermer cinq usines au Canada et aux États-Unis, et que plus de 70.000 travailleurs pauvres de Matamoros, au Mexique, en sont à leur deuxième semaine de grève pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. En Europe, la France est secouée depuis deux mois par les manifestations de masse contre l'austérité, à travers le mouvement des «gilets jaunes».

C'est vers ce mouvement grandissant de la classe ouvrière canadienne et internationale que les élèves de l'Ontario doivent se tourner. Rien ne sera gagné par les manifestations sur les campus se limitant à faire appel à Ford et Fullerton pour qu'ils reculent, ou visant à faire pression sur les syndicats procapitalistes pour qu'ils «combattent», comme le préconisent la Fédération canadienne des étudiants et les groupes de pseudo-gauche comme Fightback (La Riposte). 

Se tourner vers la classe ouvrière, c'est se battre pour développer un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière contre les syndicats qui, depuis des décennies, répriment et isolent la résistance de la classe ouvrière, tout en soutenant ouvertement les gouvernements proaustérité et proguerre libéraux, néo-démocrates et du Parti québécois (PQ).

Les syndicats ont fermement appuy
é les gouvernements libéraux de Dalton McGuinty et de Kathleen Wynne de l'Ontario, qui ont criminalisé les grèves des enseignants et des enseignants des collèges, augmenté considérablement les frais de scolarité, réduit les dépenses sociales et privatisé des services publics comme Hydro One.

Au cours des sept mois qui se sont écoulés depuis que Ford a pris le pouvoir, la Fédération du travail de l'Ontario (Ontario Federation of Labour ou OFL)) n'a pas organisé une seule manifestation de protestation et encore moins cherchéà préparer une véritable contre-offensive de la classe ouvrière. 

L'opposition catégorique des syndicats à toute contestation du gouvernement Ford par la classe ouvrière est soulignée par la grande horloge du compte à rebours qui accueille les visiteurs du site Web de lOFL. Mesuréà la seconde près, il les informe qu'il reste un peu moins de trois ans et demi avant les prochaines élections provinciales, lorsque les Ontariens auront enfin la chance de voter pour un gouvernement «progressiste», c'est-à-dire pour un autre gouvernement de droite dirigé par les libéraux ou le NPD.

Les syndicats ont peur que l'opposition de la classe ouvri
ère à Ford échappe à leur contrôle et menace la position concurrentielle et la domination du capital canadien. En mai 2012, au moment même où la grève militante des étudiants québécois contre les frais de scolarité devenait le catalyseur d'un mouvement plus large de la classe ouvrière, les syndicats, avec le slogan «Après les rues, les urnes», ont décidé de l’étouffer, tout en détournant l'opposition derrière l'élection dun gouvernement du Parti québécois, un parti de la grande entreprise. Quant au NPD, il a refusé d'accorder un appui, même symbolique, aux étudiants et a voté en faveur d'une motion conservatrice fédérale maintenant le «droit» du gouvernement libéral du Québec de criminaliser les manifestations étudiantes.

Les étudiants qui cherchent un moyen de lutter contre les attaques de Ford doivent reconnaître que cette lutte les oppose non seulement à son gouvernement réactionnaire, mais aussi au programme d'austérité de la classe dirigeante dans son ensemble. Il s'agit notamment du gouvernement libéral fédéral, appuyé par les syndicats et dirigé par Justin Trudeau. Derrière un écran de fumée de rhétorique «progressiste» insipide, les libéraux de Trudeau ont élargi la participation du Canada aux principales offensives militaires stratégiques de Washington, annoncé des plans pour augmenter les dépenses militaires de plus de 70 % d'ici 2026, coupé des dizaines de milliards de dollars en soins de santé et accordé de nouveaux allégements fiscaux et autres subventions aux entreprises. Tout comme Harper, Trudeau a criminalisé la grève des postiers pour que Postes Canada puisse imposer d'autres concessions et multiplier les emplois précaires à plusieurs paliers salariaux.

Les revendications de l'élite capitaliste et de ses représentants politiques selon lesquelles il n'y a «pas d'argent» pour l'éducation et d'autres services publics vitaux sont des mensonges. La technologie a rendu le travail beaucoup plus productif que jamais auparavant. Ce qui empêche la richesse produite par la classe ouvrière d'être utilisée pour améliorer le niveau de vie des gens, c'est la subordination de la vie socio-économique aux profits des investisseurs.

Les étudiants doivent fusionner leur lutte contre les compressions dans l'éducation et la réduction de l'aide financière aux étudiants, et pour que l'éducation soit un droit social reconnu, avec le mouvement résurgent de la classe ouvrière au Canada et dans le monde. Ce faisant, ils peuvent contribuer au développement d'un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière, libéré de l'emprise des appareils syndicaux bureaucratiques, et armé d'une stratégie socialiste pour porter au pouvoir un gouvernement ouvrier. Un tel gouvernement réorganiserait radicalement la vie socio-économique afin de faire de la satisfaction des besoins sociaux, et non du profit capitaliste, le principe directeur.

(Article paru en anglais le 24 janvier 2019)