Netanyahou accusé de corruption, de fraude et d’abus de confiance

Par Jean Shaoul
2 mars 2019

Le procureur général israélien Avichai Mandelblit a annoncé jeudi sa décision d’inculper le Premier ministre Benjamin Netanyahou dans trois affaires distinctes pour corruption, fraude et abus de confiance, en attendant une audience au cours de laquelle Netanyahou pourra contester les accusations.

L’annonce de la mise en accusation, après trois ans de délibérations sur les recommandations de nombreuses autorités en matière de poursuites, intervient 40 jours seulement avant les élections législatives prévues pour le 9 avril. Elle est centrée sur les relations de Netanyahou avec des hommes d’affaires auxquels il aurait accordé des concessions en matière de réglementation en échange de cadeaux somptueux ou d’une couverture médiatique favorable.

Si l’audience, qui aura probablement lieu après l’élection, rejette les arguments de Netanyahou, celui qui a occupé le poste de premier ministre depuis 2009 et avant cela de 1996 à 1999, deviendra le premier Premier ministre en exercice à être inculpé.

Le fait de faire l’objet d’une enquête pénale n’oblige pas Netanyahou à démissionner, mais cela le met sous pression pour qu’il le fasse et semble susceptible de modifier le cours des élections, au cours desquelles son parti, le Likoud, était censé remporter le plus grand nombre de sièges au parlement israélien, la Knesset.

L’annonce de l’inculpation intervient dans un contexte de tensions et de divisions croissantes au sein de l’establishment politique israélien, exacerbées par l’orientation d’extrême droite de plus en plus marquée de Netanyahou, y compris la promotion des forces néofascistes en Israël et sur la scène internationale.

Confronté à un défi électoral d’une importance inattendue lancée par l’ancien chef de l’armée Benny Gantz lors du vote du 9 avril, Netanyahou a conclu la semaine dernière un accord pour renforcer sa coalition de droite en fusionnant le parti fasciste Otzma Yehudit (pouvoir juif) avec le parti de droite plus établi des religieux sionistes, le Foyer juif. Cela a effectivement légitimé une organisation dont les racines remontent au parti Kach de Meir Kahane, longtemps interdit par la loi. Ce parti a été déclaré organisation terroriste par les États-Unis.

Comme Kach, Otzma Yehudit encourage la violence contre les Palestiniens, appelle à l’expulsion des Arabes d’Israël et des territoires occupés et préconise l’interdiction des mariages mixtes ou des relations sexuelles entre juifs et arabes. Avec sa fusion avec le Foyer juif, cette organisation pourrait remporter des sièges à la Knesset et peut-être faire partie du prochain gouvernement.

Les deux dirigeants d’Otzma Yehudit qui pourraient remporter des sièges au Parlement – Michael Ben Ari et Itamar Ben Gvir – sont les co-fondateurs d’un groupe impliqué dans un incendie criminel en 2014 contre une école pour enfants juifs et arabes à Jérusalem. Ben Ari s’est vu refuser un visa pour les États-Unis en 2012, comme membre d’une organisation terroriste.

Ben Gvir a reconnu avoir une photo chez lui de Baruch Goldstein, le partisan de Kahane qui a tué 29 Palestiniens dans une mosquée à Hébron en 1994.

L’alliance électorale de Netanyahou avec d’authentiques fascistes a suscité l’indignation et le dégoût en Israël et parmi les Juifs des États-Unis. Même des éléments de la droite religieuse israélienne comparent la politique d’Otzma Yehudit aux lois de Nuremberg des nazis. La semaine dernière, des sections influentes du lobby israélien aux États-Unis, qui ont généralement soutenu Netanyahou, y compris le Comité juif américain et le Comité des affaires publiques d’Israël (AIPAC), ont dénoncé l’inclusion par Nétanyahou d’Otzma Yehudit dans son bloc électoral.

La décision d’inculper a donc lieu dans des conditions où l’on est de plus en plus préoccupé au sein de l’élite dirigeante et de l’État israéliens par le fait que les politiques d’extrême droite de Nétanyahou s’aliènent les Juifs en dehors du pays et déstabilisent le régime sioniste à l’intérieur. Israël est l’une des économies avancées les plus inégales du monde sur le plan économique et a le taux de pauvreté le plus élevé de tous les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Elle connaît une vague croissante de grèves et de protestations de la classe ouvrière.

En juillet dernier, il y a eu des protestations en Israël au sujet de l’adoption de la «loi de l’État-nation», qui a consacré la suprématie juive comme fondement juridique de l’État.

En même temps, Netanyahou a aligné le gouvernement israélien avec des forces et des dirigeants d’extrême droite et néo-fascistes du monde entier, dont Viktor Orban en Hongrie, Matteo Salvini en Italie, Sebastian Kurz en Autriche, Rodrigo Duterte aux Philippines, Jair Bolsonaro au Brésil et, évidemment, Donald Trump aux États-Unis.

Rien de tout cela, il convient de le noter, n’a dissuadé les médias capitalistes et l’establishment politique en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et dans d’autres pays de poursuivre leur campagne frauduleuse contre «l’antisémitisme de gauche», ciblant ceux qui critiquent l’oppression des Palestiniens par l’État israélien.

S’exprimant lors d’une conférence de presse à Hanoï, où il rencontrait le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, Trump a déclaré son soutien à Netanyahou avant l’annonce du procureur général israélien, affirmant qu’il avait «fait un excellent travail en tant que Premier ministre».

Netanyahou se joint à une longue lignée de politiciens israéliens qui ont été face à des accusations de corruption et d’autres affaires. Son prédécesseur immédiat, Ehud Olmert, a été condamné à six ans de prison pour corruption lorsqu’il était maire de Jérusalem avant de devenir Premier ministre. Le prédécesseur d’Olmert, Ariel Sharon, a eu la chance de tomber dans le coma suite à une attaque cérébrale avant que les accusations portées contre lui puissent être prouvées. Le prédécesseur de Sharon, Ehud Barak, est devenu extraordinairement riche après la fin de son mandat en 2001.

L’épouse de M. Netanyahu, Sara, est l’accusée dans un procès, au point mort depuis octobre dernier, pour fraude aggravée et abus de confiance pour avoir permis au personnel de la résidence du Premier ministre de commander des repas pour 100 000 dollars à des restaurants entre 2010 et 2013.

Des trois cas pour lesquels Mandelbit recommande l’inculpation de Netanyahu, le plus important est l’affaire Bezeq, connue sous le nom d’Affaire 4000, qui concerne des allégations selon lesquelles le milliardaire des télécommunications Shaul Elovitch aurait donné à Netanyahu une couverture flatteuse sur son site d’information Walla en échange d’avantages dans la réglementation.

S’exprimant à la télévision, Netanyahou a nié les accusations et a déclaré qu’elles s’effondreraient «comme un château de cartes». Il s’est vanté d’avoir l’intention de continuer à être Premier ministre «pendant encore de nombreuses années».

Les principaux membres du Likoud, tout en continuant à le soutenir publiquement qualifiant les accusations de «persécutions politique», font la queue pour se mettre en lice pour le poste de dirigeant, son rival de longue date et ancien assistant Gideon Saar a terminé troisième dans les primaires du Likoud.

Selon un sondage du Times of Israel réalisé avant l’annonce de Mandelbit, la décision d’engager des poursuites aurait un impact majeur sur l’élection, donnant à son principal rival, l’ancien chef d’état-major des forces de défense israéliennes Gantz, une avance décisive, avec 44 sièges à la Knesset de 120 sièges contre 25 pour le Likoud.

L’annonce de l’acte d’accusation intervient également immédiatement après la publication du rapport de la Commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur les actions d’Israël contre les Palestiniens de Gaza pendant les manifestations qui ont commencé le 30 mars 2018. Le panel a déclaré: «Les soldats israéliens ont commis des violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme. Certaines de ces violations peuvent constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité.»

(Article par en anglais le 1ᵉʳ mars 2019)