Le premier ministre chinois met en garde contre de graves risques et des défis à venir

Par Peter Symonds
12 mars 2019

Le premier ministre chinois Li Keqiang a ouvert le Congrès national du peuple (CNP) annuel, qui a débuté cette semaine à Pékin, avec un rapport de travail qui a mis en lumière les risques et les dangers auxquels le régime du Parti communiste chinois (PCC) est confronté en raison du ralentissement économique, de la guerre commerciale avec les États-Unis et de l'augmentation du «mécontentement du public».

Le long rapport, rédigé dans la langue officielle insipide de la bureaucratie du PCC, prévenait de façon inhabituelle que, tant à l'interne qu'à l'externe, «nous serons confrontés à un environnement plus grave et plus complexe ainsi qu'à des risques et des défis, prévisibles ou non, qui sont plus nombreux et plus importants.»

Sur le plan économique, Li a souligné le ralentissement mondial de la croissance économique, la montée du protectionnisme et les «fluctuations radicales» des prix internationaux des matières premières que la Chine importe pour alimenter ses gigantesques industries manufacturières. «L'instabilité et l'incertitude augmentent visiblement et les risques générés de l'extérieur sont en hausse», a-t-il déclaré.

L'objectif de Li quant à la croissance de l'économie chinoise a été abaissé à entre 6 et 6,5% – le taux d'expansion le plus bas depuis 1990 – et nettement inférieur à la fourchette fixée l'an dernier de 6,5 à 7%. L’année dernière, la croissance s'est établie à 6,6%, bien en deçà du seuil de 8%, longtemps considéré par le PCC comme essentiel pour prévenir la hausse du chômage et l’agitation sociale.

Li s'est engagé à ce que le gouvernement crée 11 millions de nouveaux emplois au cours de l'année et maintienne le taux de chômage urbain mesuré par une enquête officielle à environ 5,5%. Aucun objectif n'a été fixé pour le chômage rural et le sous-emploi, qui sont probablement plus élevés. En outre, les taux de chômage et de croissance varient considérablement d'une région à l'autre, les provinces du nord étant particulièrement touchées par la fermeture et la restructuration de l'industrie d’État.

On signale déjà des pertes d'emplois à grande échelle dans des industries clés en raison de la baisse de la demande intérieure et de la restructuration ou de la fermeture d'entreprises d'exportation. Le New York Times rapportait le mois dernier que des milliers de travailleurs ont été licenciés par Ford à ses énormes installations de production de Chongqing qui emploient 20.000 travailleurs.

Hu Xingdou, professeur d'économie à l'Institut de technologie de Pékin, a déclaré à SBS News, basé en Australie, que «beaucoup d'entreprises traditionnelles et de nouvelles entreprises internet ont fermé» en raison de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

«Dans le sud-est et les régions côtières, il y a eu beaucoup de licenciements. De nombreuses entreprises ont fermé leurs portes après les vacances du Nouvel An lunaire. Ces propriétaires d'entreprises ont perdu confiance dans le développement économique et les politiques du pays», a dit M. Hu. Il a également suggéré que le taux de chômage réel était beaucoup plus élevé que le chiffre officiel.

Tout en défendant la façon dont le gouvernement gère les tensions avec Washington, Li a averti que les mesures de guerre commerciale américaines avaient un impact sur l'économie chinoise. Les responsables chinois sont en train d'essayer de parvenir à un accord avec l'administration Trump pour empêcher l’imposition de nouveaux droits de douane élevés sur les produits chinois.

Le CNP doit examiner une proposition législative qui vise à éviter que les entreprises étrangères ne soient obligées de céder leur savoir-faire technologique dans le cadre d'accords d'investissement avec des partenaires chinois. Il est peu probable que la nouvelle loi satisfasse l'administration Trump qui a accusé à plusieurs reprises la Chine de «vol» de propriété intellectuelle.

Dans son rapport de travail, Li a évité de mentionner la stratégie «Made in China 2025» visant à renforcer la compétitivité des entreprises chinoises de haute technologie, qui est également critiquée par Washington. Encore une fois, il est peu probable que cela apaise les États-Unis, qui sont déterminés à empêcher la Chine de miner la compétitivité et la rentabilité des entreprises américaines.

Tout en s'inquiétant de la perspective d'un conflit avec les États-Unis, Li a également mis les délégués réunis en garde contre les dangers de l’agitation sociale. «L'insatisfaction du public persiste dans de nombreux domaines, tels que l'éducation, les soins de santé, les soins aux personnes âgées, le logement, la sécurité des aliments et des médicaments et la répartition des revenus», a-t-il déclaré.

Le China Labour Bulletin, basé à Hong Kong, a enregistré une forte augmentation du nombre de grèves et de protestations par les travailleurs l'année dernière, celles-ci passant de 1250 en 2017 à plus de 1700 en 2018, principalement à propos des salaires impayés, des fermetures d'usines et des conditions de travail. Les chiffres sont basés sur les grèves rapportées dans les médias ou par des contacts locaux et ne représentent qu'une petite fraction du chiffre réel.

Toujours l’année dernière, des groupes d'étudiants à des universités d'élite ont soutenu des travailleurs impliqués dans des conflits de travail, provoquant une répression sévère de la part des autorités chinoises. Un certain nombre d'étudiants sont toujours détenus. Le PCC est terrifié à l'idée que les activités des étudiants puissent servir de catalyseur à une politisation des travailleurs et à l'éclatement d'un vaste mouvement de défi au régime. Il y a trente ans, les manifestations d'étudiants sur la place Tiananmen ont provoqué des protestations et des grèves à grande échelle de la part des travailleurs de Pékin et d'autres villes qui ont été sauvagement réprimées par l’armée.

Le processus de restauration capitaliste en cours en Chine depuis 1978 et la transformation du pays en un gigantesque centre de main-d'œuvre bon marché ont conduit à des taux de croissance économique extraordinaires. Cependant, si la Chine est aujourd'hui la deuxième économie mondiale, le fossé social entre riches et pauvres s'est aussi considérablement creusé.

Le PCC prétend absurdement présider «une société socialiste aux caractéristiques chinoises». En réalité, le PCC représente les intérêts de la petite couche des oligarques super riches qui se sont enrichis par le pillage des entreprises d'État et l'exploitation de la classe ouvrière.

Les intérêts de classe servis par le PCC sont exposés à la CPN et à la Conférence consultative politique du peuple chinois qui lui est associée. Parmi les 2948 délégués réunis se trouvaient 153 personnes ayant une valeur nette de 650 milliards de dollars, une augmentation de près d'un tiers par rapport à l’année dernière, selon la Hurun Rich List publiée récemment. Le législateur le plus riche de Chine est aussi la personne la plus riche, Pony Ma, fondateur de Tencent qui a une valeur nette de 47 milliards de dollars.

L'année dernière, le Congrès national du peuple a déclaré que le président Xi Jinping était le «noyau» de l'appareil du PCC et a consacré sa «pensée» en tant que composante centrale de l'idéologie officielle. Il a également voté l'abolition de la limite de deux mandats à la présidence et à la vice-présidence du pays, garantissant ainsi que Xi puisse occuper son poste indéfiniment. Dans son discours de la semaine dernière, Li a consciencieusement appelé les délégués à «suivre les directives de la pensée de Xi Jinping» et l'a appelé à plusieurs reprises «le noyau».

Le World Socialist Web Site a écrit lors de l'élévation de Xi comme homme fort politique par le régime, que celle-ci n'était pas un signe de force mais de faiblesse qui signalait une intensification des tensions sociales et politiques en Chine. Le discours de Li reflète les craintes du régime du PCC que ces tensions atteignent leur point d'ébullition et soient sur le point d'exploser.

(Article paru en anglais le 9 mars 2019)