Les jeunes aux manifestations mondiales contre le changement climatique s'expriment sur le capitalisme, le socialisme et la planification scientifique

Par nos reporters
18 mars 2019

Des équipes de journalistes du World Socialist Web Site ont interviewé des étudiants qui ont manifesté vendredi dernier dans des pays du monde entier en faveur d’une action contre le changement climatique.

Royaume-Uni

Ladan, 18 ans, qui s’est absentée des classes de son école dans l’Oxfordshire, a rencontré l’équipe du WSWS. Elle a expliqué: «Moi et mon amie, nous nous préoccupons vraiment du changement climatique et nous avons voulu faire quelque chose pour y remédier pendant si longtemps. Si nous ne faisons rien bientôt, nous n’aurons pas d’autre occasion».

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi tant de jeunes gens étaient venus à la manifestation, Lucy, l’amie de Ladan, âgée de 16 ans, a répondu: «Beaucoup de choses sont dues aux médias sociaux. C’est beaucoup plus facile d’y accéder et de trouver une réponse. On peut trouver tellement de comptes rendus qui préconisent de faire quelque chose pour remédier à ce qui ne va pas. Les gens se rendent compte que le capitalisme et l’argent ne sont plus les choses les plus importantes».

«Le capitalisme est responsable du changement climatique parce que les capitalistes veulent trouver la solution la moins chère pour vendre des choses aux gens».

«Le capitalisme tue la planète. Il faut tuer le capitalisme!» et «Des frontières ouvertes pour les réfugiés climatiques» (Royaume-Uni)

Quatre élèves de l'école «Tunbridge Wells Bennett Memorial School» ont hissé des banderoles qui déclaraient: «Nous sommes la révolution pour la solution» et «Changer le gouvernement. Pas le climat». Ils ont dit au WSWS qu'ils pensaient que le changement climatique est le plus grand problème pour les jeunes.

«C’est aussi politique», a fait remarquer un étudiant. «Nous devons changer le système et l’approche au changement climatique. Parce qu’il n’existe pas de politique véritable, à l’heure actuelle».

«Notre école nous disait d'écrire [sur le changement climatique] et de ne pas de faire la grève, mais nous avons décidé de faire grève. Ça fait une différence de venir ici. Parce que nous sommes tous ensemble. Les jeunes ont été dépeints comme étant apathiques vis-à-vis de la politique, mais maintenant ils trouvent leur chemin».

«Cette planète est une chose que nous avons tous en commun. Et elle est détruite par le capitalisme au nom du profit. La situation se détériore si rapidement».

«Ils se fichent de la richesse pour gens ordinaires. C'est arrivé au point où l'argent, les marges de profit sont ce qui compte. Ce ne sont plus les gens qui travaillent ou qui font la production qui comptent».

Un des étudiants a déclaré: «Le système bipartite ne fonctionne plus». Un autre a dit: «Je propose une forme démocratique de socialisme, où le 1 pour cent ne contrôle plus 60 pour cent de la richesse».

Trois autres étudiants étaient également venus ensemble à la manifestation. L’un d’entre eux, tenant une pancarte «Mort au Capitalisme! Mort au changement de climat!» a expliqué qu’il avait assisté à la précédente manifestation au Royaume-Uni le 15 février et qu’il voulait «Arrêter ce glissement vers la catastrophe».

Son ami a expliqué que des députés avaient récemment tenu un débat sur les changements climatiques et que seulement 30 d’entre eux étaient présents. «C’était le premier débat depuis deux ans et personne n’est venu. Cela montre qu’ils s’en fichent».

«L’une des raisons pour lesquelles les gouvernements ne se soucient pas du changement climatique, c’est qu’ils font l’objet de pressions et ce sont les sociétés pétrolières qui les financent. Nous pouvons faire évoluer les choses par des manifestations, mais aussi en appelant à la propriété publique plutôt qu’à la propriété privée. Aujourd’hui, c’est une bonne façon de changer les choses».

Un autre élève a cependant insisté sur le fait que «Il n’y a pas grand-chose qu’on peut faire individuellement. C’est une question d’accords internationaux et de coopération avec d’autres pays».

Son ami a dit: «C’est beaucoup plus une question de changer qui contrôle la propriété. Les gens se rendent compte que le système s’est détérioré et ont vu la montée de l’extrémisme de droite. Il s’agit de contrôler les entreprises et de les mettre entre les mains du peuple».

France

Lys, une lycéenne parisienne, a déclaré: «On va à la manifestation justement pour montrer que la jeunesse a la possibilité de faire changer les choses. On aimerait qu’il y ait des choses qui soient vraiment faites, que ce ne soit pas juste de la promotion du gouvernement».

«Certains rêvent d’une banque. Nous rêvons d’une banquise.» (Paris)

«Il y a une pression des lobbies etc. Il y a des fausses solutions qui sont mises en place: les voitures hybrides, c’est bien, ça ne polluera pas dans les villes, mais les batteries, ça pollue énormément. … Du coup je serais contente qu’il y ait vraiment des actions à l’échelle mondiale, dans toute l’Europe ou dans tout le monde aujourd’hui».

«Actuellement en France il y a 280.000 soldats, mais ils sont déployés partout dans le monde. Je trouve que déjà la France a un rayon d’action qui est beaucoup trop grand. … Pour moi c’est vraiment une guerre d’intérêts, que ce soit financiers ou politiques. C’est ça que je trouve dangereux. C’est pour ça aussi que j’ai peur pour le climat, et c’est d’abord les intérêts qui peuvent s’acheter la politique et le pouvoir. Et c’est pour ça que je suis là aujourd’hui.».

«Je trouve ça complètement débile de taxer des particuliers avec de l’essence, des populations rurales qui n’ont pas d’autre moyen de transport que la voiture alors que les Parisiens prennent la voiture pour aller au boulot. Ils pourraient quand même s’en passer».

Un lycéen du Lycée Saint-Louis à Paris a dit:

«Notre inaction d’aujourd’hui est un crime pour demain» (Paris)

«Ce n’est pas en taxant le pétrole qu’on va révolutionner l’écologie. C’est en changeant tout, la société et le modèle économique qui sont faits pour faire du profit avec les banques et le capitalisme. Moi je pense que c’est en changeant en profondeur le système économique qu’on va sauver la terre. En ce moment, on n’est pas sur une logique de sauver l’espèce humaine, mais de sauver le profit».

«Pour moi le traité de Paris c’était surtout une grosse intox pour donner l’impression qu’on arrivait à quelque chose».

Interrogé au sujet de l’annonce par Macron de son service militaire obligatoire en France, l’étudiant a déclaré: «Aller me battre pour Macron, certainement pas. Pour la France non plus, parce que moi ne me considère pas français, mais humain. Moi mon espace c’est l’humanité. Je ne suis pas français. Et pour moi le service ne devrait pas être militaire, mais pour nous enseigner par exemple les premiers secours».

Allemagne

Arvid et Finn sont étudiants en physique à l’Université libre de Berlin.

Des étudiants manifestent à Berlin

Arvid a déclaré: «La mobilisation qui a eu lieu ces dernières semaines pour la protection du climat m’a enthousiasmé. Mais je pense qu’il est très difficile de s’attaquer à cette grande tâche de protection du climat avec le système économique actuel où tout est conçu pour être concurrentiel. Dans ce système, les entreprises ou les nations se battent pour elles-mêmes. Le capitalisme n’est pas le meilleur moyen de relever ce défi».

Finn a ajouté que «tout effort qui vise à protéger le climat est considéré comme un "désavantage concurrentiel" dans ce système».

Liz, Pascal, Valérie et George sont étudiants en géographie à l'Université Humboldt.

Pascal a dit: «La politique climatique nous concerne tous. Nous sommes des scientifiques, des géographes. Les politiciens ont dormi là-dessus pendant des années, même si nous connaissons la limite du réchauffement climatique de 1,5 degré fixée par la science pour prévenir une catastrophe naturelle. On ne peut pas accepter ça. C’est la génération qui descend dans la rue aujourd’hui qui sera massivement touchée. Cela changera toute notre vie. Mais je pense qu’on peut encore tourner le gouvernail. Mais il ne nous reste que 10 ans et c’est une période extrêmement courte».

George a dit qu’il n’était pas opposé au système capitaliste, mais qu’il aurait besoin d’être «restructuré» pour faire face au problème du changement climatique, afin qu’il ne soit pas axé sur la «croissance».

«Nous avons perdu environ un quart de notre sol d’humus au cours des 25 dernières années», dit Pascal. «Ça n’intéresse personne parmi ceux qui font la politique gouvernementale. C’est dramatique et nous voyons les dangers partout. La biodiversité continue de décliner. Nous devons agir maintenant, à tous les niveaux».

États-Unis

L’International Youth and Students for Social Equality (IYSSE) de l’Université du Michigan s’est entretenu avec des étudiants et des jeunes à Ann Arbor, Michigan. Marisol, une lycéenne, a déclaré: «J’ai l’impression que nous vivons avec un nuage au-dessus de notre tête. Les entreprises et les politiciens ne veulent absolument rien changer. La classe ouvrière a juste besoin de se réveiller et de voir sa puissance».

Elle a ajouté: «Ce n’est pas la faute des gens du bas de l’échelle, qui n’ont rien. Ce sont les riches, les entreprises et les politiciens qui sont responsables». Isaac a convenu que le système capitaliste était à l’origine du problème du changement climatique: «Nous devons sortir du bipartisme, c’est sûr, ils sont tous les deux pour les riches».

Nissa et Isaac, qui sont étudiants à l’Université du Michigan, sont venus à la manifestation parce qu’ils pensent que le changement climatique est l’un des problèmes les plus urgents auxquels la classe ouvrière est confrontée aujourd’hui. Nissa a expliqué: «Je crois que c’est un problème systémique, c’est-à-dire du système capitaliste. Et pour le résoudre, nous devons le comprendre. Les élites mondiales sont si loin de régler ce problème, et elles ne peuvent pas. On n’a rien fait et ça s’empire». Isaac a ajouté: «Je pense que nous sommes tous les deux d’accord que les seules personnes qui peuvent résoudre ce problème sont les gens ordinaires, la classe ouvrière».

Issac et Marisol à l'Université du Michigan aux États-Unis

À l’Université de New York, les militants de l’IYSSE ont assisté à plusieurs manifestations dans la ville. Lucie, une étudiante de l’Université de New York, spécialisée dans les études européennes et méditerranéennes, a déclaré: «Les marches en Europe m’ont inspiré et nous avons besoin de montrer notre soutien. Nous n’avons pas de planète B. Nous ne voyons pas les changements qui s’imposent. Les politiciens ne changent pas les lois qui existent avant qu’on ait fait cette recherche, et ils agissent comme si c’était trop difficile à changer maintenant». Quand on lui a demandé si elle pensait que le changement était possible sous le capitalisme, elle a ajouté: «Non, nous avons besoin de changements radicaux maintenant. L’alternative doit devenir la norme».

L’amie de Lucie, Audrey, a dit: «Je ne comprends pas pourquoi tout le monde n’est pas là. Nous constatons que cette question frappe plus durement certaines personnes, mais elle touche tout le monde. Les politiciens nous ignorent et prétendent que tout va bien».

Une équipe de la campagne IYSSE à La Nouvelle-Orléans a interviewé Darryl. «Je pense que ce mouvement mondial de plus en plus important, dirigé par les jeunes, est vraiment essentiel pour que quelque chose se produise», a-t-il dit. «Je pense que nous devons changer complètement de politique en matière d’énergie, garder le pétrole et le gaz dans le sol et nous diriger rapidement vers l’énergie solaire et les ressources renouvelables». Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il nous faut pour mettre en œuvre ces politiques, Darryl a répondu: «Je pense qu’il faut un mouvement politique de masse. J’ai vu le New Deal vert, mais il doit aller beaucoup plus loin que ce dont ils parlent».

Canada

Une équipe de WSWS a interviewé des étudiants à Montréal. En réponse à une question sur l’inaction des gouvernements du monde entier, un étudiant a répondu: «Il faut les changer, mais ça revient du pareil au même». Son ami a ajouté que «que tout le monde doit s’opposer à leurs gouvernements», autrement, les conséquences seraient «qu’il n’y aura plus rien d’ici une couple de générations».

Expliquant pourquoi il manifestait, Théo, un élève du secondaire, a dit: «On est ici pour manifester contre le changement climatique, parce que les gouvernements ne font rien, ni les grandes entreprises».

Soulignant le caractère international des manifestations, le reporter du WSWS a demandé à un autre groupe d’étudiants ce qu’ils pensaient de leur importance. En réponse, ils ont montré leur signe, qui disait: «Que le capitalisme aille se faire f**tre».

«Ce qu’il faut, c’est un changement de système», a dit un étudiant, en ajoutant: «C’est bon de voir tous les gens – les étudiants, les gens qui ont des enfants, les personnes âgées – se rassembler pour protester».

Fanny, une étudiante suisse, a déclaré qu’elle avait déjà participé à des manifestations similaires dans son propre pays. Elle a reconnu l’importance du caractère international des manifestations et elle a souligné la nécessité d’une action politique mondiale, ajoutant que les tentatives qui visent à présenter le changement climatique comme un problème individuel doivent être contrées. «Les gouvernements se dérobent à cette responsabilité en la présentant [l’action environnementale] comme une question individuelle».