Il y a 25 ans: l’assassinat du président de Rwanda déclenche le génocide

2 avril 2019
Crânes de victimes du génocide à Ntarama, Rwanda

Le 6 avril 1994, l'avion transportant à la fois Juvénal Habyarimana, président du Rwanda, et Cyprien Ntaryamia, président du Burundi, a été abattu alors qu'il tentait d'atterrir à Kigali. Les deux présidents, tous deux issus de la population hutu qui constitue la majorité dans les deux pays, ont été tués avec tous les autres à bord de l'avion.

Cet événement a été le déclencheur du début du génocide au Rwanda, au cours duquel plus d'un million de personnes, principalement des Tutsis, ont été assassinées par des soldats et gangs de hutus au cours des trois mois suivants. Environ 70 pour cent de la minorité tutsie - qui avait dominé le pays pendant la période de domination coloniale de la Belgique - ont été massacrés, de même que d'autres populations minoritaires.

L'avion s'est écrasé dans l'enceinte du palais présidentiel à 8 h 30. En 45 minutes, des barrages routiers ont été installés dans la capitale pour empêcher toute personne de s'échapper et les rafles et les meurtres ont commencé. En moins de 24 heures, tous les chefs de l'opposition, tutsis et hutus, avaient été tués sous la direction du comité militaire du colonel Théoneste Bagosora, qui a pris le contrôle du Rwanda après la mort de Habyarimana.

La destruction de l’avion a été initialement imputée à des membres extrémistes du gouvernement dirigé par les Hutu de Habyarimana pour servir de prétexte à un génocide préparé, mais des éléments de preuve sont apparus par la suite suggérant que le dirigeant tutsi Paul Kagame et son Front patriotique rwandais (FPR) auraient été responsables. Une version a affirmé que les missiles qui ont frappé l'avion provenaient d'Irak, acquis par les Français et fournis à l'armée hutu. Une autre version a confirmé que les missiles provenaient d'Irak mais qu'ils avaient été fournis par les États-Unis au FPR par l'intermédiaire de l'Ouganda.

Après plusieurs mois, les massacres ont pris fin après l'invasion du pays par le FPR, mettant en déroute l'armée hutu et prenant contrôle de la capitale, Kigali, où Kagame est toujours au pouvoir un quart de siècle plus tard. Le gouvernement français a utilisé l'invasion comme prétexte pour extraire en toute sécurité les dirigeants hutu du Rwanda, sous la protection des Nations Unies, dans le cadre de l'«Opération Turquoise».

Des enquêtes ultérieures ont mis au jour des preuves montrant que les gouvernements français, belge et américain, ainsi que les Nations unies, étaient au courant des projets d’extermination de la population tutsi et n’avaient rien fait pour l’empêcher. Les tensions ethniques avaient été fomentées pendant la période de domination coloniale et les puissances impérialistes rivales continuaient d'alimenter les conflits après l'indépendance formelle du pays.

Une enquête du Sénat à Bruxelles sur le rôle de la Belgique au Rwanda a publié un rapport indiquant que les autorités belges étaient au courant, dès 1992, des préparatifs du génocide par une unité militaire secrète de son ancienne colonie et avaient informé la France et d'autres pays.

(Article paru en anglais le 1er avril 2019)