La violence fasciste, la politique fondée sur les origines ethniques et le racisme

Par Joseph Kishore
7 août 2019

Les fusillades de masse aux États-Unis au cours du week-end, selon le gros titre de l'édition de lundi du New York Time, ont bouleversé «une nation déconcertée jusqu’à son âme». Les massacres à El Paso, Texas et Dayton, Ohio «étaient suffisants» a poursuivi le Times, «pour laisser le public stupéfait et secoué».

On ignore comment les rédacteurs du Times ont pu déterminer, en quelques heures, l'humeur de 340 millions de personnes. Bien entendu, il peut exister un certain degré de confusion et de perplexité, comme cela se produit toujours suite à ces événements choquants. Mais la «confusion» est loin d’être la seule réponse, encore moins la réponse dominante. Il y a eu trop de fusillades de masse au cours des deux dernières décennies pour que les citoyens soient simplement désorientés. Il y a beaucoup de colère et d'indignation. Les gens en ont assez d’entendre les politiciens répondre à ces éruptions de meurtres de masse avec les platitudes habituelles éculées. Dimanche soir, le gouverneur républicain de l'Ohio, Mike DeWine, a été conspué par les participants à une veillée à Dayton.

Quoi qu’il en soit, dans la mesure où il existe une «confusion» - c’est-à-dire une confusion quant aux raisons de cette explosion meurtrière - le New York Times et le reste des médias institutionnels ont fait tout leur possible pour désorienter et tromper le public.

Au lieu d’un examen sérieux de l’environnement social et politique qui a conduit à la résurgence de la violence fasciste, le Times et les médias les plus influents de la presse capitaliste affirment que la cause essentielle des meurtres de masse se trouve dans un racisme omniprésent et organique qui pour ainsi dire serait une composante presque innée et indéracinable de l'identité «blanche».

Dans le gros titre de son éditorial principal lundi, le Times déclare: «Nous avons un problème terroriste nationaliste blanc». Le terme «nationaliste blanc» ou «nationalisme blanc» apparaît 20 fois dans un éditorial consacré aux appels à une sorte de «guerre contre le terrorisme». Cependant, il n'y a qu'une référence passagère et fortuite au fascisme et au nazisme. Une évaluation ethnique de la source de la violence remplace l’explication politique.

Le même numéro du Times contient une chronique de Melanye Price, auteur de The Race Whisperer (Celui qui chuchote l’ethnicité): Barack Obama and the political uses of race (Barack Obama et les usages politiques de l’ethnicité). Avec le titre, «Le racisme est le problème de tout le monde», Price écrit que Trump a «choisi d'utiliser des questions telles que l'immigration, la criminalité et le recensement pour fomenter des peurs raciales parmi les blancs». De vrais remèdes à la situation «nécessitent une discussion franche avec les gens qui répandent le racisme et qui profitent des politiques racistes.»

Selon Price, elle qualifie sans cesse de «Blancs» les personnes qui «bénéficient» de la politique raciste. Elle espère que les candidats à la présidentielle discuteront «de la façon dont le racisme et le privilège blanc ont forgé ce pays de façon si profonde que certains Blancs ne peuvent même voir comment ils bénéficient des avantages racistes.» Autrement dit, les «Blancs» sont les bénéficiaires universels du «privilège des Blancs» et du racisme, même s'ils proclament leur opposition au racisme.

Bien sûr, le racisme existe, tout comme les suprémacistes blancs, mais le concept de «race blanche» ou de «nation blanche» n’a aucun sens, que ce soit ou d’un point de vue biologique ou historiquement fondé. Il n'y a pas d'intérêts qui unissent tous les «Blancs», une catégorie qui masque les immenses divisions de classe qui caractérisent la société américaine.

SI les organisations fascistes ont jusqu'à présent un soutien très limité, le récit ethniciste du Times sert à leur donner une légitimité politique et à les présenter comme de véritables représentants du «peuple blanc». Cela s'accompagne de la promotion du mythe du «privilège blanc», qui vise à entraver et à saper une prise de conscience fondée sur la solidarité de classe.

Ce n’est pas un thème nouveau pour le Times, bien qu’il ait évolué avec une férocité croissante au cours des cinq dernières années. En novembre 2016, cinq jours avant l'élection de Trump, Amanda Taub du Times déclarait que la campagne de Trump était le résultat d'une «crise d'identité blanche» provoquée par le fait que «les Blancs de la classe ouvrière», auparavant «doublement privilégiés», voyaient maintenant leurs privilèges révoqués.

Hillary Clinton a fondé sa campagne électorale de 2016 sur des politiques d’identité ethnique réactionnaires, ainsi que sur les affirmations de divisions irréconciliables, fondées sur le sexe et la préférence sexuelle. Les affirmations sur la «culture du viol» qui prévaudrait chez les hommes et du patriarcat, qui sont devenues le fonds de commerce de #MeToo, remplissent une fonction similaire. C'est une perspective qui méprise les intérêts de la classe ouvrière dans son ensemble.

Ce fut le refus de Clinton de faire appel aux intérêts de la classe ouvrière lors des élections de 2016 qui a ouvert la voie à l'élection de Trump. La politique raciale des démocrates leur a explosé en plein figure en 2016, mais ils doublent la mise maintenant.

La provenance politique du langage employé par le Times est la droite politique et non la gauche. Comme l'a noté le WSWS à l'époque, la chronique de Taub «fait cavalièrement et témérairement des affirmations sur les opinions et les peurs des "Blancs" et la question "blanche" d'une manière qui ressemble beaucoup plus à des effusion d'un Alfred Rosenberg, l’idéologue nazi, qu’ à toute tradition démocratique aux États-Unis.»

A un stade antérieur du libéralisme américain, Martin Luther King, Jr. a exprimé ses vues largement partagées lorsqu'il avait noté en 1961 que l'idée de «différences intrinsèques» entre les ethnies «avait été inventée par des étrangers qui cherchaient à imposer la désunion en divisant des frères en raison du fait que la couleur de leur peau a une teinte différente.»

Les idées ont des conséquences et la promotion de la politique fondée sur les origines ethniques - des deux côtés de l'establishment politique - se métastase en actes de violence manifestes. Si le Times a raison, que le monde est divisé en ethnies distinctes aux intérêts distincts et antagonistes, la conclusion logique serait une forme de séparation raciale, ce que propose précisément lui-même Patrick Crusius, le tireur d’EL Paso à l'esprit fasciste.

La promotion de la politique raciale est guidée par une motivation politique très consciente, qui a été théoriquement préparé au cours des décennies. Elle puise ses origines chez les penseurs anti-marxistes et postmodernes qui ont insisté sur l'idée que la notion de classe a été remplacée par l’ethnie et le sexe en tant que mécanismes essentiels de la répression. Ces dénégations réactionnaires de la «primauté ontologique de la classe ouvrière» se sont avérées non seulement politiquement fausses - les antagonismes de classe sont plus intenses que jamais - elles sont devenues essentielles dans le fonctionnement de la politique bourgeoise.

La politique raciale est la politique de l'oligarchie. Ni le racisme de Trump, ni la politique d’identité du Times ne représentent les intérêts de la classe ouvrière, de quelque ethnie que ce soit. C'est la politique d'une classe dirigeante qui, sous une forme ou une autre, cherche à dresser les travailleurs les uns contre les autres. La lutte contre le fascisme et le racisme est la lutte visant à unifier toutes les couches de la classe ouvrière contre le capitalisme. Tous les efforts pour nier cette vérité fondamentale sont politiquement réactionnaires.

(Article paru en anglais le 6 août 2019)