Des dizaines de milliers de personnes se joignent au premier jour de grève de protestation à Hong Kong

Par Peter Symonds
4 septembre 2019

On estime à 40 000 le nombre de travailleurs et de leurs partisans qui ont pris part hier à un rassemblement au Tamar Park de Hong Kong au cours de la première journée d’une grève de deux jours visant à soutenir les revendications du mouvement de protestation antigouvernemental qui a débuté en juin dernier.

La grève a coïncidé avec le boycottage de la première journée de cours par les étudiants universitaires et du secondaire. Quelque 4000 élèves du secondaire provenant de 230 écoles ont participé à une manifestation à Edinburgh Place à Hong Kong, avant qu’environ 30.000 élèves de 11 établissements d’enseignement supérieur ne se rendent à l’Université chinoise de la ville pour une manifestation de masse.

Lors du rassemblement des travailleurs en grève, Carol Ng, présidente de la Confédération des syndicats de Hong Kong (HKCTU), a déclaré que les travailleurs de 29 secteurs de Hong Kong participaient, mais n’a donné aucun chiffre global. La HKCTU, qui a des liens avec l’opposition de l’establishment connu sous le nom de pandémocrates, n’a pas déclenché la grève, laissant aux individus le soin de prendre congé, de se rapporter malade ou de ne pas aller travailler.

Ng a noté que l’arrêt de travail a été moins important que la première grève générale du 5 août, qui avait touché environ 350.000 personnes, dont 290.000 s’étaient rendus à sept rassemblements dans la ville. Cette grève a néanmoins paralysé une grande partie du système de transport de la ville, y compris le réseau ferroviaire et l’aéroport où plus de 150 vols ont été annulés.

Ng a déclaré que le taux de participation plus faible était en partie dû à la crainte croissante des travailleurs d’être licenciés. Plus de 20 travailleurs du secteur de l’aviation ont perdu leur emploi en raison de leur participation au mouvement de protestation. Elle a déclaré que les travailleurs en grève et les manifestants étaient confrontés à la «terreur blanche» de la police, mais a ajouté que le rassemblement a envoyé un message aux autorités que «les Hongkongais ne veulent pas abandonner».

Beijing a fait pression sur les entreprises pour qu’elles prennent des mesures disciplinaires contre les employés qui participent aux manifestations. La compagnie aérienne Cathay Pacific, basée à Hong Kong, en particulier, est passée de la possibilité pour ses travailleurs de se joindre aux manifestations à des menaces de licenciement s’ils arrêtaient de travailler ou participaient aux manifestations antigouvernementales.

La HKCTU, cependant, en n’appelant pas à la grève et en laissant aux individus le soin d’arrêter de travailler, a rendu les travailleurs vulnérables aux mesures punitives des employeurs. En réponse aux licenciements de Cathay Pacific, elle n’a organisé qu’un rassemblement symbolique la semaine dernière près du siège du groupe Swire, le plus grand actionnaire de la société, pour exiger la réintégration des employés.

La confédération syndicale fait tout ce qui est en son pouvoir pour limiter l’action des travailleurs aux demandes des dirigeants protestataires: le retrait de la législation autorisant l’extradition vers la Chine, la démission de la directrice générale Carrie Lam, une enquête indépendante sur les violences policières, le retrait de toutes les accusations contre les manifestants et des élections libres au suffrage universel.

Toutefois, le mouvement de protestation n’est pas seulement étayé par des préoccupations concernant les droits démocratiques, mais aussi par l’aggravation de la crise sociale à laquelle sont confrontés les travailleurs dans l’une des villes les plus chères au monde. La HKCTU ne soulève aucun enjeu social tel que les salaires et les mauvaises conditions de travail, les logements inabordables et le manque de services sociaux, car elle craint le développement d’un mouvement anticapitaliste.

La confédération syndicale promeut également l’esprit de clocher de Hong Kong et rejette tout appel à la classe ouvrière de Chine, qui confronte elle aussi des attaques contre ses droits démocratiques et sociaux menées par le régime du Parti communiste chinois à Beijing.

Les perspectives politiques de la HKCTU ont été révélées lors du rassemblement de lundi lorsqu’elle a invité deux législateurs à prendre la parole. Claudia Mo est l’organisatrice des pandémocrates, représentant les couches de l’élite du monde des affaires de Hong Kong qui craignent que l’intrusion de Beijing n’ait un impact sur leurs intérêts économiques et qui sont également hostiles à tout mouvement de la classe ouvrière. Quant à Sixtus Baggio, qui était l’un des chefs de file du mouvement de protestation de 2014 réclamant le suffrage universel, c’est un partisan du séparatisme de Hong Kong.

Le fait que des dizaines de milliers de travailleurs ne se soient pas présentés au travail et aient risqué d’être licenciés témoigne de leur profonde préoccupation face aux atteintes aux droits démocratiques et sociaux.

Maggie Chung, une comptable, a déclaré au Straits Times qu’elle avait pris un congé de maladie pour se joindre à la grève et qu’elle s’était engagée à aider les manifestants depuis juin. «En fait, j’ai très peur, mais quelqu’un doit faire pression sur le gouvernement, alors je vais tenter de participer au mouvement aussi longtemps que je le pourrai», a-t-elle dit.

Yuen Hin, 25 ans, un tuteur qui a pris un jour de congé, s’est adressé au South China Morning Post et a déclaré qu’il avait participé à la plupart des manifestations et qu’il estimait que le gouvernement local n’avait plus le pouvoir de sortir de la crise en étant sous le contrôle de Beijing .

Dans une indication de l’action plus large des travailleurs, Reuters a rapporté qu’à l’hôpital Queen Mary, des centaines d’employés ont formé une chaîne humaine dans les couloirs et levé des pancartes pour manifester leur soutien à la grève et aux revendications des manifestants.

Les arrêts de travail ont également eu lieu malgré d’autres avertissements menaçants tant du gouvernement que de Beijing.

Le secrétaire en chef Matthew Cheung, le deuxième plus haut fonctionnaire de Hong Kong, a déclaré lundi aux journalistes que l’administration envisageait d’appliquer l’ordonnance sur les règlements d’urgence du territoire. Cette législation draconienne de l’époque coloniale permet au chef de l’exécutif de «prendre toute réglementation qu’il juge souhaitable dans l’intérêt public».

En d’autres termes, Carrie Lam, qui, en tant que chef de l’exécutif, occupe un rôle similaire à celui du gouverneur colonial britannique, a le pouvoir de déclarer l’état d’urgence, ce qui lui donnerait une marge de manœuvre pratiquement illimitée pour imposer des mesures policières étatiques.

Saisissant le prétexte des protestations du week-end au cours desquelles les manifestants ont bloqué le transport vers l’aéroport et les gares ont été paralysées, l’administration de Hong Kong a emboité le pas de Beijing et décrié les manifestations comme montrant des signes de terrorisme. Le secrétaire à la sécurité, John Lee, a déclaré: «L’ampleur de la violence, du danger et de la destruction a atteint des niveaux très graves... Des radicaux ont intensifié leurs actes violents et illégaux, montrant des signes de terreur.»

En réalité, les affrontements violents ont été principalement le fait de la police, y compris d’agents d’infiltration et de policiers antiémeutes, qui ont utilisé des matraques, des gaz lacrymogènes, du gaz poivré, des canons à eau et des tirs de balles en caoutchouc et à balles réelles pour menacer les manifestants et briser leur résolution. En utilisant délibérément le terme de «terrorisme», le gouvernement fournit un prétexte pour déclarer l’état d’urgence.

Parallèlement, le régime de Beijing menace d’intervenir militairement et a organisé des exercices mobilisant une police paramilitaire lourdement armée dans la ville de Shenzhen adjacente à Hong Kong. L’agence de presse publique chinoise Xinhua a publié un éditorial en anglais dimanche soir, avertissant que «la fin est proche pour ceux qui tentent de perturber Hong Kong et de contrarier la Chine».

(Article paru en anglais le 3 septembre 2019)