Madrid déclenche la répression «antiterroriste» en Catalogne

Par Alejandro López
27 septembre 2019

Lundi, la Garde civile espagnole a déclenché une opération de police «antiterroriste» très médiatisée contre les militants nationalistes catalans baptisée «Opération Judes». Ces arrestations surviennent alors que le verdict du procès à huis clos des nationalistes catalans devant la Cour suprême est attendu en octobre, et quelques jours avant le deuxième anniversaire du référendum d'indépendance catalan du 1er octobre 2017. Des manifestations de masse sont prévues.

Le ministre espagnol de l'Intérieur par intérim, Fernando Grande-Marlaska, a ordonné mardi le déploiement de 200 policiers antiémeutes dans la région à la veille du deuxième anniversaire du référendum. Mercredi, le ministère a annoncé son intention d'y envoyer plus de 600 policiers.

Au cours de cette rafle «antiterroriste», la Garde civile a déployé 500 policiers lourdement armés et une équipe de neutralisation des explosifs et munitions (TEDAX) pour arrêter neuf membres présumés des Comités de défense de la République (CDR) près de Barcelone, dans des villes comme Sabadell, Mollet del Vallès, Cerdanyola del Vallès, et Vicenç de Torelló. Les gardes civils ont fouillé 10 propriétés. Les neuf personnes arrêtées sont accusées de terrorisme, de possession d'explosifs et de rébellion par la Haute Cour, héritière du tristement célèbre Tribunal de l'ordre public sous la dictature fasciste de Francisco Franco.

Le parquet les accuse d'avoir «un haut niveau de préparation dans des plans terroristes à des fins sécessionnistes». Au cours de l'opération, selon une déclaration de la Garde civile, «du matériel informatique et de la documentation en abondance» ont été saisis, y compris «du matériel et des substances, considérés comme des précurseurs pour la préparation d’explosifs».

La déclaration affirme que l'opération était nécessaire, car les Gardes civils sont «certains» que «des actions allaient être perpétrées, profitant de la période comprise entre l'anniversaire du référendum illégal d'autodétermination du 1er octobre 2017 et l'annonce de la décision du tribunal». L'opération était donc nécessaire «pour faire avorter le projet qui aurait pu causer des dommages irréparables en raison de l'état avancé des préparatifs».

L'affaire est sous scellés, mais des sources au sein de l'opération ont divulgué des informations à la presse antisécessionniste, qui a publié des reportages sensationnalistes de l'opération.

Les CDR sont un réseau d'assemblées au niveau local et régional de Catalogne formé en 2017, d'abord pour défendre le référendum sur l'indépendance de la Catalogne, puis pour appeler à une République catalane. Ils se composent principalement de nationalistes catalans ruraux de classe moyenne liés à des partis politiques de toutes les allégeances – l'Ensemble pour la Catalogne de droite, la Gauche républicaine de Catalogne et les Candidatures de l'Unité Populaire de pseudo-gauche – ou des associations prosécessionnistes comme l'Assemblée nationale catalane et Òmnium culturel.

La plupart de leurs actions ont consisté en des manifestations non violentes, des barrages routiers et en trafiquant des gares de péage dans toute la Catalogne, levant des barrières pour laisser passer les véhicules gratuitement. Les principaux partis et médias bourgeois espagnols ont cependant utilisé les CDR comme prétexte pour intensifier la répression d'État policier contre les nationalistes catalans. Ils ont également utilisé les CDR pour justifier les accusations frauduleuses portées contre les dirigeants catalans lors du simulacre de procès.

Toute l'opération «antiterrorisme» sent la provocation policière visant à démobiliser l'opposition croissante aux atteintes aux droits démocratiques et à justifier la répression policière. Les déclarations des Gardes civils et du parquet ne fournissent aucune preuve qu'ils ont saisi des explosifs.

Dans une vidéo, des Gardes civils lourdement armés font irruption dans un garage contenant une vieille voiture, des chaudrons, des poêles et un sac poubelle. À l'aide d'une cuillère, un agent remue le contenu de l'un des chaudrons – une décision étrange, étant donné que les Gardes prétendent que ces substances pourraient être des explosifs.

Selon les témoignages officiels, il s'agissait d'une arrestation préventive. Les perquisitions ont été effectuées pour «localiser et, le cas échéant, saisir des preuves démontrant le niveau de préparatifs des actes de violence». Fait significatif, il semble donc que la police cherchait des preuves que ses cibles pouvaient préparer des actes de violence, et n’agissait donc pas pour prévenir des actes de violence qui étaient en préparation.

À l'intérieur d'une maison de Sabadell, les Gardes civils ont trouvé de l'acide sulfurique, de la paraffine, de la poudre d'aluminium et du nitrate d'ammonium. Ces trois dernières se retrouvent dans les feux d'artifice, utilisés régulièrement dans les fêtes de la région. Décrivant les «explosifs» allégués, les gardes civils déclarent que «des matières et substances abondantes ont été localisées qui sont considérées comme des précurseurs pour la fabrication d'explosifs, susceptibles (sous réserve de confirmation par des spécialistes) d'être utilisées pour la fabrication d'artefacts».

Le rapport d'enquête lui-même indiquait que ces substances pouvaient être utilisées pour fabriquer des bombes artisanales, «mais pas Goma 2». Goma 2 est un puissant explosif industriel qui a été régulièrement utilisé par le groupe terroriste basque ETA dans les années 1980 et 1990. Selon certaines informations, le sous-sol de la maison de Sabadell servait de dépôt pour le matériel pyrotechnique lors des célébrations locales qui se sont terminées le 9 septembre. Les Gardes civils ont également saisi une urne qui aurait été utilisée lors du référendum du 1er octobre.

La réaction de Pedro Sánchez, premier ministre par intérim et chef du Parti socialiste espagnol (PSOE), fut encore plus remarquable. À l'Assemblée générale de l'ONU à New York, il a dit: «Je viens de l'apprendre par les médias.»

Il est difficile de croire que Sánchez n'était pas au courant d'une descente majeure de la police sur une cellule terroriste présumée en Catalogne. Non seulement la Catalogne a été un centre de répression policière en Espagne, mais il n'y a pas eu d'activités terroristes de la part des nationalistes catalans depuis des décennies – depuis les activités de Terra Lluire (Terre libre) au début des années 1990.

Même l'association de juges liée au PSOE a dénoncé l'opération. Ignacio González Vega, porte-parole du groupe des Juges pour la démocratie, a remis en cause la «franchise» du procureur général, qu'il a qualifiée d'inappropriée pour une première phase d'enquête. Vega a exprimé sa «surprise» devant la quantité d'informations divulguées au public dans le cadre d'une enquête sous scellés, en insistant sur le fait que la chose la plus importante était la présomption d'innocence des «suspects».

Cette opération antiterroriste est la dernière d'une longue série d'opérations qui n'ont finalement abouti à rien devant les tribunaux. En 2018, la Haute Cour a clos les procédures judiciaires engagées contre les anarchistes dans le cadre des opérations Piñata et Pandora, faute de preuves. Cela a fait suite à 33 arrestations, trois années d'enquête au cours desquelles des centaines de documents ont été analysés, des perquisitions ont été effectuées dans toute l'Espagne, des heures de conversations téléphoniques enregistrées, des comptes bancaires gelés, et après avoir emprisonné des accusés durant des mois.

L'année dernière, la militante du CDR Tamara Carrasco a été arrêtée par la police espagnole. Adrià Carrasco, un autre militant du CDR, s'est échappé et s'est exilé en Belgique avant d'être arrêté. Tous deux étaient accusés de «rébellion» et de «terrorisme». Actuellement, l'affaire est au point mort, après que la Haute Cour d'Espagne a exclu les accusations initiales de terrorisme et de rébellion. Les tribunaux catalans se disputent leur compétence pour mener l'enquête, mais Carrasco reste confinée à la ville catalane de Viladecan, une mesure limitant sa liberté de mouvement en dehors de la ville jusqu'à ce qu'un nouveau tribunal s'occupe de son affaire.

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(Article paru en anglais le 26 septembre 2019)