Londres: des centaines de personnes se rassemblent pour Assange devant la prison de Belmarsh

Par Laura Tiernan
1 octobre 2019

Une foule nombreuse s'est rassemblée devant la prison de Belmarsh à Londres samedi alors que Julian Assange, éditeur de WikiLeaks, a reçu le prix Gavin MacFadyen 2019, le seul prix de journalisme décerné par des lanceurs d'alerte. Le père d'Assange, John Shipton, a accepté le prix au nom de son fils.
Le rassemblement de samedi était le premier devant la prison de Belmarsh depuis que la juge de district Vanessa Baraitser a décidé, le 13 septembre, qu'Assange ne serait pas libéré malgré la fin de sa peine pour une violation fallacieuse de sa liberté sous caution. Il est actuellement en détention provisoire à la suite d'une demande d'extradition des États-Unis et fait face à des accusations en vertu de la Loi sur l'espionnage, qui prévoient une peine d'emprisonnement totale de 175 ans.

Emmy Butlin, du Comité de défense de Julian Assange, a inauguré samedi la cérémonie de remise du prix à quelques mètres seulement des murs de la prison de sécurité maximale et des clôtures en barbelés. Elle a déclaré aux participants que le prix était «une occasion extraordinaire d'honorer Julian Assange, injustement emprisonné derrière ces murs.»

Emmy Butlin

Le prix a été remis par Eileen Chubb, une lanceuse d'alerte qui a dirigé les efforts visant à dénoncer les abus criminels dans le secteur des services sociaux. Chubb est fondatice et directrice de Compassion in Care et a été co-fondatrice de The Whistler avec le regretté journaliste d'investigation Gavin MacFadyen, un ami et mentor de Assange.

Chubb a retracé l'histoire du prix Gavin MacFadyen: «J'ai dédié ce prix à mon ami Gavin qui était passionné par le grand journalisme, car c'est un pouvoir qui agit pour notre bien, pour donner une voix aux lanceurs d'alerte, afin que la vérité puisse être dite, même si cette vérité est incommode.
«En célébrant le grand journalisme, ce prix vise également à mettre en lumière les pires pratiques du journalisme qui aide et encourage les mensonges ou qui simplement se tait quand il devrait parler haut et fort. Le prix de cette année est unique parce qu'il rend hommage à l'un des plus grands journalistes et éditeurs de l'histoire, Julian Assange.»

«Cet homme n'a commis aucun crime et sa détention est une tache sur le système judiciaire britannique. En tant que lanceuse d'alerte moi-même, je ne sais que trop bien que les injustices, les abus et tous les maux de ce monde ne peuvent prévaloir que si le silence règne, s'il n'y a personne pour témoigner et si personne ne publie la vérité. Le prix de cette année met également en lumière le silence, tout le contraire du véritable grand journalisme de Julian Assange.»

L'hommage de Chubb conclut: «Les lanceurs d'alerte remettent ce prix à Julian Assange, c'est le courage qui rend hommage au courage. Il n'y a que quatre mots qui comptent dans cet hommage: «Libérez Julian Assange maintenant.»

Eilleen Chubb

En recevant le prix, John Shipton a déclaré: «La contribution de Julian est sans égal. Il a été utile à de nombreuses personnes dans le monde entier, en particulier en dénonçant des crimes de guerre ou le déversement de déchets toxiques qui détruisent les régions côtières d'Afrique de l'Est par Trafigura, ou les communications diplomatiques qui nous ont permis de voir les manipulations sordides que font les diplomates pour vendre leurs populations et ainsi enrichir les États-Unis.

John Shipton s'exprimant après avoir reçu le Prix Gavin MacFadyen

«Le traitement de Julian par les autorités de la Couronne est une sordide trahison du début à la fin.»
Shipton a décrit la persécution politiquement biaisée de son fils par la magistrature anglaise, y compris la juge Emma Arbuthnot qui, lors d'une audience d'appel sur la liberté sous caution en février 2018, a fait une «déclaration hystérique, exaltée et brutale», «disant que si Julian souffrait du manque de soleil, il devrait rester sur le balcon». Lorsque l'équipe juridique d'Assange a montré à Arbuthnot des documents prouvant les «manipulations et contorsions» des droits d'Assange à une procédure régulière, elle a simplement répondu: «C'est intéressant».

Protesters march towards the Belmarsh Prison entrance

 

Après qu'Assange ait été illégalement interpellé à l'ambassade de l’Équateur, il a comparu devant le juge Michael Snow: «Snow avait vu Julian pendant environ cinq minutes. Son diplôme est en droit, mais il se prend pour un psychologue et dit à Julian qu'il est "narcissique". Ces gens sont absurdes. Comment peuvent-ils trouver du travail?»

M Shipton a rappelé l'audience présidée ce mois-ci par la juge Baraitser. «Elle a décidé d'entendre une affaire qui n'était pas celle pour laquelle elle était censée juger. Elle n'avait pas à traiter un appel concernant une libération sous caution, mais elle a décidé qu'elle rendrait une décision là-dessus et a dit que Julian s'était "enfui" et qu'elle ne lui accorderait pas de libération sous caution.»

«Julian a obtenu l'asile», a-t-il expliqué, «et par conséquent, il tombe sous le coup des conventions d'asile dont le Royaume-Uni est signataire, tout comme la Suède et mon pays, l'Australie. Ça veut dire qu'il n'est pas possible de juger Julian sur la question du respect des conditions d'une libération sous caution. Les droits d'asile permettent à Julian de voyager sur le territoire britannique pour obtenir l'asile. Chacune de ces conventions a été ignorée, bafouée» Il a conclu: «Je crois qu'avec votre aide, nous allons gagner. Je n'en doute pas. Vous ne pouvez pas, à mon avis, écraser une personne et un événement aussi exceptionnels que WikiLeaks.»

Le député travailliste Chris Williamson a déclaré: «C'est une campagne d'une importance cruciale. Il s'agit de défendre la liberté d'expression et nous savons que la liberté d'expression est menacée. Le plus grand défenseur de la liberté d'expression est Julian Assange qui languit en isolement cellulaire à la prison de Belmarsh. C'est une tache sur l’État britannique.»

Chris Williamson

Williamson a qualifié la vendetta de l'État contre Assange de rupture par rapport à l'engagement supposé de l'impérialisme britannique envers la démocratie qui dure depuis des siècles. «La Grande-Bretagne était fière de défendre les droits de l'homme. Et là, nous avons une situation où quelqu'un que nous devrions vénérer, célébrer, est forcé d'endurer l'isolement cellulaire, ce qui équivaut à la torture. Une torture sur le sol britannique. On ne peut pas laisser faire ça.»

Williamson avait écrit au ministre de l'intérieur pour demander que la Grande-Bretagne «honore ses obligations» et libère Assange. «Nous nous comportons comme une sorte de dictateur de pacotille», a-t-il dit. Il a exhorté les personnes réunies à «exercer davantage de pression sur les autres parlementaires», affirmant: «Je sais que la ministre de l'intérieur fantôme Diane Abbott et le chef de l'opposition Jeremy Corbyn ont clairement exprimé leur soutien à Julian lorsqu'il a été expulsé manu militari de l'ambassade de l’Équateur.»

Corbyn et Abbott sont restés silencieux sur Assange depuis que le ministère américain de la Justice a déposé des accusations contre lui le 23 mai dernier en vertu de la loi de l'Espionnage. Leurs déclarations initiales contre l'extradition américaine après qu'Assange eut été violemment arraché de l'ambassade le 11 avril, Corbyn via Twitter et Abbott à la Chambre des communes, ont été suivies d'un retour en arrière rampant après s'être heurtés à l'opposition des belligérants blairistes qui dominent le Parti travailliste parlementaire.

Williamson n'est pas étranger au double jeu de Corbyn et d'Abbott. Il a été suspendu à deux reprises du Parti travailliste, avec le soutien de facto de Corbyn. Il a été pris pour cible par la droite du parti parce qu'il était le défenseur le plus bruyant de Corbyn, dénonçant de fausses calomnies antisémites visant à éliminer Corbyn comme chef.

Rien de tout cela n'a empêché Williamson de conclure que la crise du Brexit pourrait apporter une solution: «Il est possible que nous ayons un gouvernement provisoire et que Jeremy Corbyn franchisse le seuil du 10, Downing Street [...] nous devrions saisir cette occasion et faire pression s'il y a un changement de gouvernement pour dire: "Faites ce qu'il faut et libérez Julian Assange.»

Manifestants devant l'entrée de Belmarsh Prison

Le secrétaire national du Parti de de l'égalité socialiste, Chris Marsden, a souligné que la persécution d'Assange était le produit de la poussée à la guerre et à la dictature de l'impérialisme américain, britannique et mondial et que sa liberté serait gagnée par la lutte indépendante de la classe ouvrière.

«Le ciblage d'Assange et de Manning a lieu alors même que Trump menace de faire la guerre à l'Iran et que la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France signalent qu'ils le soutiennent. Boris Johnson l'a fait tout en saluant Trump comme l'ultime négociateur! En avril, Johnson a déclaré qu'il était "tout à fait juste" qu'Assange soit maintenant confronté à la "justice". Depuis lors, nous avons tous reçu de nombreuses preuves du respect de la loi de Johnson!

Chris Marsden speaking at the rally

«Nous savons tous qu'ici, au Royaume-Uni, des factions d'extrême droite de l'élite dirigeante se déchirent au sujet du Brexit. Mais ils sont unis sur un point: ils comprennent que la répression de l'État sera nécessaire pour faire face à l'opposition sociale et politique générée par la menace d'effondrement de l'économie britannique. L'opération Yellowhammer a révélé des plans pour déployer 50.000 soldats, 10.000 policiers anti-émeute et pour introduire une législation d'urgence pour interdire les grèves - et personne ne s'y oppose, y compris le Parti travailliste!»

Marsden a expliqué que les Partis de l'égalité socialiste au niveau international et le World Socialist Web Site défendent Assange depuis le premier jour. La classe ouvrière internationale, a-t-il conclu, «a le pouvoir de vaincre la classe dirigeante, ses politiciens, ses juges, ses médias, ses espions et son appareil militaro- policier et de libérer Julian Assange!»

SEP members and supporters

Le rassemblement s'est terminé par une marche animée jusqu'à l'entrée de la prison de Belmarsh, où les manifestants ont scandé haut et fort Free, free, Julian Assange! et «Il n'y a qu'une décision - pas d'extradition!»

(Article paru en anglais le 30 septembre 2019)