Cinq candidats se disputent les élections algériennes du 12 décembre dans un contexte d’opposition de masse

Par Kumaran Ira
8 novembre 2019

Dans un contexte où des manifestations de masse se déroulent contre l’establishment algérien au pouvoir et les élections présidentielles du 12 décembre, l’autorité électorale algérienne a annoncé que cinq candidats étaient en lice. La liste de candidats justifie l’opposition écrasante des travailleurs et des jeunes. Ces derniers considèrent les élections, à juste titre, comme une manœuvre cynique de la classe dirigeante.

Sous prétexte de laisser le peuple choisir, le régime dirigé par l’ancien chef d’état-major de Bouteflika, le général Ahmed Gaed Salah, tente désespérément de conserver le pouvoir. Samedi, l’autorité électorale a validé cinq des 23 candidats qui s’étaient présentés. Il s’agit de: Ali Benflis et Abdelmadjid Tebboune (deux anciens premiers ministres), Azzedine Mihoubi, un ancien ministre de la Culture, Abdelkader Bengrine, un ancien ministre du Tourisme, et Abdelaziz Belaïd, chef du Front El Moustakbal.

Ce sont tous des outils du régime du président Abdelaziz Bouteflika, aujourd’hui déchu. Benflis a été premier ministre en 2000-2003 et s’est présenté aux élections présidentielles de 2004. Tebboune, qui a été ministre du Logement de 2001 à 2002, puis de 2012 à 2017, a été premier ministre de mai à août 2017. Mihoubi est secrétaire général par intérim du Rassemblement national démocratique (RND), un parti de la machine d’État qui a soutenu l’élection de Bouteflika. Le parti de Belaïd est une autre scission du Front de libération nationale (FLN), au pouvoir, que Belaïd a quitté en 2011.

L’hostilité écrasante de millions d’Algériens à l’appel du régime aux élections du 12 décembre témoigne de la confrontation révolutionnaire qui s’annonce entre la classe ouvrière et la jeunesse algérienne et le régime. Les manifestations de masse qui exigent la démocratie n’ont pas produit de changement appréciable dans la politique du régime. La question décisive posée aux travailleurs et aux jeunes en Algérie est la lutte visant à ce que la classe ouvrière prenne le pouvoir et poursuive des politiques socialistes.

Les organisateurs de l’élection ne cachent pas leur peur et leur hostilité envers les protestations et la classe ouvrière. En annonçant les candidats, le président de l’Autorité de contrôle des élections, Mohamed Chorfi, s’est vanté d’avoir réfuté «ceux qui doutaient de la capacité de l’Autorité à mener à bien sa mission et ceux qui ont critiqué le choix de tenir des élections pour sortir le pays de la situation terrifiante dans laquelle des éléments aux intentions néfastes veulent le maintenir».

La 37e manifestation consécutive du vendredi 1er novembre a été la plus grande manifestation antigouvernementale depuis des semaines. Plus d’un million d’Algériens sont descendus dans les rues de la capitale, Alger, et d’autres villes d’Algérie. Cette journée marquait le 65e anniversaire de l’éclatement en 1954 de la guerre d’indépendance de l’Algérie contre la France. Cette guerre, menée par le FLN de 1954 à 1962, mit fin à 132 ans de domination coloniale française sur l’Algérie.

L’expulsion des forces d’occupation françaises d’Algérie est le résultat d’une puissante lutte révolutionnaire des ouvriers et des masses opprimées d’Algérie. Cependant, il est maintenant évident que l’indépendance formelle de la France n’a résolu aucun des problèmes fondamentaux qui ont poussé les masses algériennes dans la lutte. Le régime bourgeois algérien dirigé par le FLN continue de piller les richesses du pays dans l’intérêt de l’impérialisme, tout en condamnant des millions d’Algériens à la pauvreté.

Vendredi, les manifestants portaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire: «L’histoire se répète. 1er novembre 1954-2019. Les 48 provinces, à la capitale! Souvenez-vous du début de la glorieuse révolution de libération.»

On pouvait lire sur une bannière: «L’Algérie a été libérée, et le peuple lutte maintenant pour se libérer.» Une autre déclarait: «Cela concerne tout le monde. Appelez le peuple algérien à sortir, à marcher et à prendre d’assaut la capitale par millions, de toutes les provinces, le vendredi 1er novembre, jusqu’à ce que l’on se débarrasse de tous les escrocs.»

Des manifestants ont crié: «Jetez les généraux à la poubelle!» Les manifestants ont scandé à plusieurs reprises «Indépendance! Indépendance!»

Outre les manifestations hebdomadaires de masse, l’Algérie est paralysée par une recrudescence des grèves dans un certain nombre de secteurs clés. Dans ces conditions, même les syndicats algériens – qui sont des pions de longue date du régime et profondément hostiles à une lutte révolutionnaire de la classe ouvrière – se sont vus obligés de faire des déclarations de solidarité avec les manifestations de masse contre le régime.

Les travailleurs du secteur de l’énergie de Sonatrach, la compagnie pétrolière et gazière algérienne, étaient en grève du 5 au 7 novembre. Le Syndicat national des travailleurs de l’énergie (SNT-Énergie) a publié un communiqué déclarant: «Il est temps de faire entendre notre voix et d’améliorer les conditions de travail, et tout d’abord le salaire mensuel médiocre. Et nous exprimons notre soutien inconditionnel aux protestations et à leurs revendications légitimes».

La déclaration a ajouté: «Nous appelons toutes les administrations de l’énergie en Algérie à déclencher une grève générale, afin de paralyser l’administration publique et d’exiger la reconnaissance de la dignité des travailleurs de l’énergie qui souffrent en silence».

Les avocats et les juges se sont mis en grève contre le remaniement par le ministère de la Justice de 3.000 magistrats, en conflit avec la police antiémeute. Des manifestants se sont battus avec la police dans le palais de justice d’Oran, une grande ville de l’ouest de l’Algérie. Le Syndicat national des magistrats (SNM) a critiqué le remaniement du régime, affirmant qu’il faisait partie d’une «emprise de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire».

Salah, pour sa part, intensifie la répression sanglante des manifestations, emprisonnant les manifestants et les opposants politiques. Il a interdit l’affichage public du drapeau berbère (ou amazigh) lors des manifestations. Ces dernières semaines, les autorités ont utilisé cette interdiction réactionnaire pour arrêter des dizaines de manifestants. Ces derniers risquent des peines de prison allant jusqu’à 10 ans ainsi que de lourdes amendes pour «atteinte à l’intégrité» de l’Algérie.

Les manifestations en cours en Algérie s’inscrivent dans le cadre d’une vaste radicalisation de la classe ouvrière et d’une résurgence de la lutte de classe à travers le monde. Les grèves et les protestations contre les guerres et les occupations impérialistes qui se développent le long de la frontière sud de l’Algérie revêtent une importance particulière pour la classe ouvrière algérienne. Là-bas, l’impérialisme français et ses alliés de l’OTAN mènent des guerres encore plus sanglantes depuis la guerre de 2011 en Libye. Aujourd’hui, des protestations qui exigent l’expulsion des troupes françaises et de l’OTAN se propagent depuis le Mali – occupé par la France, que Paris avait bombardé avec la complicité active des forces armées algériennes –, jusqu’au Burkina Faso et au Niger.

Les millions d’Algériens qui participent à des manifestations de masse depuis près d’un an font preuve d’une grande détermination. Cependant, le problème central auquel sont confrontés les travailleurs est la question de la perspective et de la direction révolutionnaires internationales. Le sort du régime du FLN atteste puissamment du fait que les bourgeoisies des anciens pays coloniaux sont intégrées dans le camp de l’impérialisme. Elles soutiennent les guerres et répriment la classe ouvrière au nom du capital financier international.

Il n’y a pas d’avenue nationale pour le mouvement qui se développe en Algérie. Dans la lutte contre l’impérialisme et pour surmonter les divisions nationales à l’intérieur même de l’Algérie, la classe ouvrière est confrontée à des tâches internationales et révolutionnaires qui exigent la construction d’une section du Comité international de la Quatrième Internationale, la seule force qui lutte pour la mobilisation de la classe ouvrière internationale dans une lutte révolutionnaire contre l’impérialisme et le capitalisme mondial, et pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 7 novembre 2019)