Un aviateur saoudien tue quatre personnes sur une base navale américaine de Floride

Par Bill Van Auken
11 décembre 2019

Une attaque menée par un pilote de l'armée de l'air saoudienne, tôt dans la matinée de vendredi sur la base tentaculaire de Pensacola appartenant à la marine américaine, en Floride, a fait au moins quatre morts, dont le tireur, et huit autres blessés. La police et les autorités navales ont signalé que l'attaque avait été menée avec une arme de poing.

Vue aérienne de la base aéronavale de Pensacola [Source: Wikimedia Commons]

Le carnage s'est propagé sur deux étages d'un bâtiment de salles de classe sur la base, qui forme chaque année des dizaines de milliers de pilotes et d'aviateurs. Les policiers du département du shérif du comté d'Escambia ont été les premiers à répondre à l'incident, ouvrant le feu et tuant l'officier saoudien.

NBC News a indiqué qu'il s'agissait du sous-lieutenant Mohammed Saeed Alshamrani. La marine navale américaine et les autorités policières n’ont pas divulgué les noms des victimes dans l'attente de la notification aux familles.

La fusillade à la base de Pensacola était le deuxième incident de ce type dans une base la marine américaine en à peine 48 heures. Mercredi, un marin du Texas âgé de 22 ans, Gabriel Antonio Romero, a ouvert le feu au chantier naval de Pearl Harbor à Hawaï, tuant deux travailleurs civils et en blessant un troisième, avant de se suicider.

Lors d'une conférence de presse tenue vendredi après-midi à la base de Pensacola, le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a laissé entendre que les tueries pourraient être liées au terrorisme. « Il va évidemment y avoir beaucoup de questions sur le fait que cet individu soit un ressortissant étranger, étant donné qu'il fait partie de l'armée de l’Air saoudienne et qu'il s'entraînait sur notre territoire », a déclaré DeSantis, ajoutant que la monarchie saoudienne devrait « dédomager les victimes » car « il s’agissait de l’un de leur ressortissant ».

Lors de la même conférence de presse, le shérif du comté d'Escambia, David Morgan, a déclaré aux médias rassemblés de ne pas s'attendre à des « réponses rapides » sur la fusillade et qu'il y avait « des aspects de l'affaire qui ne seront jamais rendus publics ». Le gouvernement, a-t-il dit, « vous dira ce que vous devez savoir pour assurer la sécurité de nos [communautés] ».

Le représentant républicain Matt Gaetz pour la région de Pensacola, a tweeté vendredi que « Ce n'était pas un meurtre. C'était un acte de terrorisme. »

Le président américain Donald Trump a pris un ton résolument différent, refusant de répondre à la question de savoir si l'attaque était liée au terrorisme. Au lieu de cela, il a cité un appel de condoléances du roi Salman d'Arabie saoudite. « Le roi a dit que le peuple saoudien était très en colère contre les actions barbares du tireur et que cette personne ne représentait en aucune façon les sentiments du peuple saoudien qui aime le peuple américain », a tweeté Trump.

Compte tenu de la diabolisation des musulmans par Trump, il est difficile d'imaginer une telle réponse si le tireur avait été originaire d'un autre pays du Moyen-Orient que l'Arabie saoudite, dont la dictature monarchique sert de pilier à la politique impérialiste américaine dans la région et, en particulier, à sa campagne de changement de régime en Iran.

Avec ses vastes ressources pétrolières, la monarchie saoudienne a également agi dans l'intérêt des États-Unis pour stabiliser le marché mondial du pétrole, tandis que ses contrats militaires sont la source de profits de plusieurs milliards de dollars pour Raytheon, Lockheed Martin et d'autres fabricants d'armes américains. La fusillade à Pensacola est également survenue le lendemain du jour où le monopole pétrolier public saoudien ARAMCO a organisé la plus grande introduction en bourse jamais réalisée, avec quelque 25,6 milliards de dollars d’actions de la société mises en vente.

La réaction de Trump à la fusillade de Pensacola était conforme à sa réponse à l'assassinat macabre d'octobre 2018 du journaliste dissident et chroniqueur du Washington Post Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul, en Turquie. Il a ensuite cité 450 milliards de dollars de contrats d'armement, la collaboration saoudienne contre l'Iran et ses « réponses très sympa à mes demandes de maintenir les prix du pétrole à des niveaux raisonnables » comme justification pour fermer les yeux sur ce crime international.

Vendredi, lors de la conférence de presse, le commandant de la base de Pensacola, le capitaine Timothy Kinsella, a estimé que « quelques centaines d'étudiants étrangers » s'y entraînaient au moment de la fusillade. Les Saoudiens constituent une partie importante de ces stagiaires.

Selon les rapports du département américain de la Défense, quelque 1753 militaires saoudiens ont été formés dans des installations militaires américaines en 2018 pour un coût de 120.903.786 dollars. Pour l'exercice 2019, il est prévu que 3 150 militaires saoudiens reçoivent une formation aux États-Unis.

La fusillade de vendredi n'est pas le premier acte de terrorisme d'un ressortissant saoudien en relation avec à la base aéronavale de Pensacola.

Immédiatement après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington, dans lesquels 15 des 19 hommes impliqués dans le détournement de trois avions de passagers étaient des saoudiens, un article du magazine Newsweek a déclaré que Saeed Alghamdi était l'un des trois pirates de l'air qui avaient suivi des cours de pilotage à la base de Pensacola. Il a également été révélé que trois des pirates de l'air avaient inscrit la base de Pensacola comme adresse sur leur permis de conduire de Floride.

Le Pentagone a répondu en déclarant que si les pirates de l'air portaient « des noms similaires à ceux d'anciens étudiants étrangers des cours militaires américains », les différences de dates de naissance et d'autres informations biographiques indiquaient qu'il ne s'agissait pas des mêmes personnes. Un officier des relations publiques de Pensacola a déclaré que la base avait formé plus de 1 600 personnes portant le prénom Saeed, orthographié de différentes manières, et plus de 200 avec le nom de famille Alghamdi.

Les pilotes saoudiens en cours de formation à Pensacola et dans d'autres bases américaines ont été déployés pour la plupart dans la guerre saoudienne quasi-génocidaire de quatre ans contre le Yémen. La guerre soutenue par les États-Unis a créé la pire crise humanitaire de la planète dans ce qui était déjà le pays le plus pauvre du monde arabe. Les frappes aériennes et les autres opérations de combat menées par les forces de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite avec le soutien des États-Unis ont coûté la vie à quelque 80 000 personnes.

(Article paru en anglais le 7 décembre 2019)