Après la débâcle du procès en destitution et le chaos de l’Iowa

Hillary Clinton lance une nouvelle attaque contre Sanders

Par Barry Grey
10 février 2020

La semaine dernière a vu la débâcle des Démocrates à la fois dans la procédure d'impeachment contre Trump et dans la confusion du caucus de l’Iowa. Maintenant, la direction du Parti démocrate a intensifié ses efforts pour saper la campagne du sénateur du Vermont Bernie Sanders pour l’investiture du parti à la présidence.

On voit l’augmentation des opinions favorables à Trump dans les sondages. Ceci, malgré le virage à gauche des travailleurs et des jeunes qui se reflète dans le large soutien dont bénéficie Sanders. Dans cette situation, la direction du Parti démocrate est déterminée à passer sous silence la question des inégalités sociales dans la campagne de 2020 puisqu’elle a surtout peur d’encourager la croissance de l’opposition sociale et du sentiment anticapitaliste.

Democratic presidential candidate former South Bend, Ind., Mayor Pete Buttigieg and Democratic presidential candidate Sen. Bernie Sanders. (AP Photo)

On a confié le rôle principal pour contrer Sanders avec des arguments de droite à la candidate démocrate battue à la présidence de 2016, Hillary Clinton. Jeudi, seulement un jour après l’acquittement de Trump par le Sénat et au milieu de la débâcle continue du comptage des votes en Iowa, Clinton est intervenue. Elle a accusé, une fois de plus, Sanders de diviser le Parti démocrate et de le mener au désastre aux élections de novembre. Notamment, son intervention s’est fait programmer la veille du débat présidentiel démocrate dans le New Hampshire.

Apparaissant dans l’émission «Ellen DeGeneres Show», Clinton a attaqué Sanders sans le nommer. En qualifiant implicitement Sanders d’extrémiste, elle a déclaré: «Vous devez être responsable de ce que vous dites et de ce que vous dites que vous allez faire. Et si vous promettez la lune et que vous ne pouvez pas la livrer, alors ce sera un indicateur de plus de la façon dont on ne peut tout simplement pas nous faire confiance.»

Cela fait suite au discours de Trump sur l’état de l’Union de mardi dernier. Dans son discours, il a une fois de plus placé la défaite du socialisme au centre de sa campagne de réélection. Le thème d’éradiqué le socialisme est également au centre de ses efforts pour créer une force fasciste à lancer contre le mouvement croissant de la classe ouvrière.

Le mois dernier, alors que les sondages favorables à Sanders augmentaient à l’approche des caucus de l’Iowa, la première des primaires démocrates, Clinton s’est plainte à la journaliste. Elle a dit: «Personne ne l’aime [Sanders] ni ne veut travailler avec lui. Il n’a rien fait […] Ce sont ses “Bernie Bros” sur les médias sociaux et leurs attaques incessantes contre beaucoup de ses concurrents, en particulier les femmes.»

Elle a refusé, lorsqu’on lui a demandé, de s’engager à soutenir Sanders s’il remportait la nomination. Par la suite, après avoir fait l’objet de critiques au sein du parti, elle a indiqué qu’elle soutiendrait une campagne de Sanders.

Et tout cela intervient malgré les assurances répétées de Sanders qu’il soutiendra celui ou celle que les Démocrates désigneront en novembre, et son rôle de traître en 2016, lorsque le supposé meneur d’une «révolution politique» contre la «classe des milliardaires» a soutenu Clinton après qu’elle ait remporté les primaires. Il a poussé les gens à voter pour cette candidate des banques et de l’establishment du renseignement militaire largement méprisée.

Les attaques de Clinton contre Sanders s’inscrivent dans le cadre d’une campagne concertée des principaux démocrates. Ils sont rejoints par des médias alignés sur le Parti démocrate, du New York Times et du Washington Post à CNN, NBC et d’autres grands médias. L’effondrement du décompte des voix dans l’Iowa a été utilisé par le Parti démocrate de l’État et le Comité national démocrate pour minimiser la victoire de Sanders lors du vote populaire dans les caucus et son quasi-parité en délégués avec Pete Buttigieg. Ce dernier est un ancien officier de renseignement de la marine de droite et ancien maire de South Bend, dans l’Indiana. Les deux organisations se sont empressés et déclarer Buttigieg vainqueur et l’impulser dans la course aux délégués pour la convention du parti de cet été.

Le retard de trois jours pris par le Parti démocrate de l’État pour communiquer les résultats a également été une aubaine pour l’ancien vice-président, Joe Biden. Ce dernier est favorisé par l’establishment du parti pour être l'opposant "centriste" à Trump. Toutefois, il a subi une défaite humiliante dans l’Iowa, se classant quatrième derrière Sanders, Buttigieg et la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren.

L’attaque croissante de l’establishment démocrate contre le socialisme et son regroupement contre Sanders s’est poursuivie lors du débat le vendredi soir dernier dans le New Hampshire, quatre jours avant l’élection primaire dans cet État.

Le débat a débuté avec le présentateur d’ABC News, George Stephanopoulos, qui a invité Biden à réitérer ses accusations du début de la semaine selon lesquelles la nomination de Sanders, qui se dit parfois «socialiste démocrate», saperait les Démocrates qui se présentent aux élections à tous les niveaux face aux tirades de Trump contre le socialisme.

Biden a répondu par l’affirmative, en disant que Trump utiliserait le fait que «Bernie s’est qualifié de socialiste démocrate».

Lorsqu’on lui a demandé de répondre, Sanders a éludé la question du socialisme. Au lieu de cela, il a déclaré: «Trump ment tout le temps». Il a déclaré: «En fin de compte, la façon dont nous vainquons Trump — peu importe qui gagne [l’investiture] — nous sommes tous ensemble pour battre Trump.»

La sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar, qui fait partie du groupe de droite comprenant Biden et Buttigieg, a poursuivi en disant que le parti ne voulait pas «diviser», mais devait plutôt «rassembler les gens». Elle a expliqué que cela signifiait gagner des indépendants et des modérés et a déclaré que le cauchemar de Trump était de se retrouver face à «quelqu’un qui peut faire venir les gens du milieu [politique au centre]». Elle a ajouté: «C’est moi.»

Buttigieg était le suivant. Il a dit que c’était: «un risque de se rabattre sur la situation familière d’avoir un candidat qui divise le pays». Interrogé par Stephanopoulos pour savoir s’il parlait de Sanders, l’ancien officier de renseignement de la marine a répondu «Oui», ajoutant que lui représentait, en revanche, la «politique de l’addition et de l’inclusion».

Tous les principaux candidats ont déclaré leur soutien à la base de droite sur laquelle les démocrates se sont opposés à Trump, y compris dans leur campagne de destitution. Dès le début du mandat de Trump, un objectif primordial les guide: détourner l’opposition de masse au racisme, au militarisme et aux politiques pro-entreprises de Trump d’un mouvement populaire d’opposition sociale. Mais c’est pour canaliser ce mouvement derrière leur programme de politique étrangère, qui se concentre sur une confrontation plus agressive avec la Russie que celle approuvée par Trump.

Au cours du débat, Biden a appelé toutes les personnes présentes dans la salle à manifester leur soutien au lieutenant Cololnel Alexander Vindman. Ce dernier est un anticommuniste et nationaliste ukrainien enragé qui dirigeait le bureau de l’Ukraine au Conseil de sécurité nationale aux États-Unis. Trump l’a licencié vendredi pour avoir témoigné contre lui lors de l’enquête en vue de le destituer de la Chambre. Vindman a dénoncé Trump pour avoir retenu l’aide militaire de l’Ukraine afin de faire pression sur Kiev pour qu’il annonce une enquête sur la corruption de Joe Biden et de son fils, Hunter. C’était le cœur de la campagne de destitution des Démocrates. C’était basé sur l’affirmation que Trump a trahi l’Amérique. Qu’il s’est rangé du côté de la Russie contre un allié attaqué par Moscou, et il a sapé ainsi la sécurité nationale des États-Unis.

Le fait que les Démocrates — suite au résultat ignoble de leur campagne de destitution — ont l’intention de poursuivre leur campagne maccarthyste contre la Russie a été indiqué par la publication d’un éditorial par le Washington Post vendredi. L’éditorial demandait de nouvelles sanctions contre la Russie en représailles de son rôle dans l’attaque des forces «rebelles» liées à Al-Qaïda dans le nord-ouest de la Syrie.

Dans le débat, Warren a fait marche arrière par rapport à son précédent appel en faveur d’un «Medicare for all». Elle poursuivait une voie qui a commencé il y a quelques semaines lorsqu’elle s’est fait attaquer par des banquiers et l’ancien maire milliardaire de New York, Michael Bloomberg. Ils l’ont rapproché de réclamer un impôt sur la fortune pour les milliardaires afin de financer le programme. Elle a plutôt déclaré que la «corruption» était la question centrale. Ensuite elle a cherché à injecter de la politique raciale dans le débat, en déclarant qu’elle promulguerait des «lois qui tiennent compte de la race» sur l’éducation, l’emploi et l’entrepreneuriat.

La débâcle du procès en destitution a encore plus démoralisé le Parti démocrate et a exacerbé sa crise et ses divisions internes, soulevant la possibilité d’une scission avant même l’élection de novembre. La faction dominante est déterminée à supprimer les questions de classe liées à l’inégalité sociale. Mais ce sont précisément celles qui alimentent la croissance de l’opposition de la classe ouvrière. Ils veulent mener une campagne fondée sur un militarisme antirusse et antichinois combiné avec la politique raciale et de genre de la base sociale privilégiée du parti: la classe moyenne supérieure.

L’aile Sanders, qui comprend les diverses organisations de pseudo-gauche telles que les Democratic Socialists of America (DSA – Démocrates socialistes d'Amérique), cherche à utiliser des expressions populistes pour contenir l’opposition sociale. Ils veulent détourner le soutien encore confus au socialisme et le canaliser derrière le Parti démocrate et le système bipartite de la bourgeoisie.

Dans un article paru vendredi dans le New York Times, le chroniqueur David Brooks a résumé la crise du Parti démocrate. Il a dit: «Les démocrates pourraient se retrouver dans une position où d’un côté, ils ne peuvent pas investir Bernie Sanders parce qu’il est trop à gauche. Mais de l’autre côté, ils doivent l'investir parce que sinon ses partisans se sauveraient d’un Parti démocrate dirigé par Biden/Bloomberg/Buttigieg». Brooks a noté que des dizaines de milliers d’électeurs de Sanders lors des primaires des Démocrates de 2016 ont fini par choisir Trump aux élections générales après l'investitture de Clinton et le soutien de Sanders pour elle.

Sanders attire des millions de travailleurs et de jeunes. Mais ces derniers cherchent surtout un moyen de s’opposer aux maux du capitalisme — la pauvreté, l’inégalité, la guerre et la répression. Ils soutiennent Sanders non pas parce qu’ils croient au Parti démocrate. Ils apprendront bientôt à leurs dépens que Sanders est un faux prophète qui défend le système au même titre que Biden ou Clinton.

Le Parti de l’égalité socialiste offre la seule voie à suivre dans la lutte contre Trump et l’élite capitaliste au pouvoir qu’il représente. Il présente des candidats aux élections de 2020 — Joseph Kishore à la présidence et Norissa Santa Cruz à la vice-présidence — sur la base d’un programme socialiste et internationaliste. Ceux qui veulent s’opposer à l’inégalité, à la guerre et à la dictature devraient soutenir notre campagne et prendre la décision de rejoindre le SEP.

Pour plus d’informations sur la campagne électorale du SEP et pour vous inscrire, visitez le site socialism2020.org.

(Article paru d’abord en anglais 8 février 2020)