Le producteur hollywoodien Harvey Weinstein condamné à 23  ans de prison: la conclusion «obscène» d’un simulacre de procès

Par David Walsh
14 mars 2020

La peine de 23 ans de prison infligée au producteur de films Harvey Weinstein par le juge James A. Burke de la Cour suprême de l’État de New York est une conclusion sauvage à une parodie de procédure judiciaire. Dans une affaire où une «montagne de doutes», selon les termes d’un journaliste, a été soulevée par l’équipe de défense de Weinstein, Burke a prononcé la peine la plus lourde possible. On a trouvé Weinstein coupable le 24 février dernier d’un acte sexuel criminel au premier degré et d’un viol au troisième degré.

Lors d’une conférence de presse impromptue qui a suivi l’audience de détermination de la peine, l’avocat de la défense Donna Rotunno a souligné à juste titre le caractère «obscène» de la sentence, l’«injustice totale» du procès, et a fait remarquer que de nombreux meurtriers condamnés quitteraient leur prison plus rapidement que son client.

On a obtenu un verdict de culpabilité partielle en soumettant le jury à un torrent de saleté médiatique. Aussi, on a créé un climat intensément hostile dans la salle d’audience. Le juge de première instance y a contribué en manipulant la procédure de manière à porter préjudice au jury et à assurer la condamnation de Weinstein. Aucun examen objectif et minutieux des preuves présentées dans l’affaire n’aurait pu aboutir à un verdict de culpabilité.

Harvey Weinstein quitte un tribunal de Manhattan, le mercredi 5 février 2020, à New York (Crédit: AP Photo/John Minchillo)

Le cri de joie collectif face à la destruction de ce producteur de 67 ans par les médias, le bureau du procureur de Manhattan, les bureaucrates du Parti démocrate, le chœur des Furies de troisième ordre à Hollywood et des cercles féministes «de gauche» plus larges ne fait que les discréditer. La vindicte et la cruauté de l’opération feront leur chemin dans la conscience du public. Même maintenant, cette campagne n’a pas de résonance profonde dans la population.

Tout examen sincère des éléments de preuve apparus dans les médias indique que le dossier de l’accusation était extrêmement faible. Le témoignage collectif des trois principaux témoins – Annabella Sciorra, Mimi Haley et Jessica Mann – était plein d’incohérences, de lacunes et d’invraisemblances. Sans passer en revue tous les détails qui ont émergé – nous l'avons fait dans les articles précédents – on peut dire ceci: chacune de ces femmes a entretenu des relations amicales et à long terme avec Weinstein pendant des années après les atteintes alléguées. Elles lui ont demandé des emplois et des faveurs, elles n’indiquent pas dans un seul courriel ou texte qu’elles étaient ses victimes.

Le contre-interrogatoire de Mann a été le plus accablant. Un grand nombre de courriels et d’autres communications sont passés entre Weinstein et Mann. Dans les heures qui ont suivi l’agression sexuelle présumée en 2013, Mann s’est arrangé pour voir Weinstein «volontairement» à deux reprises à New York. De plus, elle a fait des efforts pour «changer son vol afin de voir Weinstein ces deux fois, y compris le lendemain de l’agression alléguée, qui était l’anniversaire de Weinstein.»

Comme l’a indiqué Deadline, «Mann a écrit à Weinstein dans les mois et même les années qui ont suivi les agressions alléguées […] Elle a accepté des invitations à des fêtes, a exprimé sa gratitude (“Je me sens si fabuleuse et si belle, merci pour tout”) […] D’autres courriels envoyés par Mann à divers amis mentionnaient Weinstein en termes amicaux ou professionnels.» Le New York Post a rapporté que Mann avait admis devant la cour «qu’elle avait passé quatre heures terrées avec lui [Weinstein] dans une chambre d’hôtel en 2016. Cela trois ans après qu’elle ait dit qu’il l’avait aggressée là-bas. Puis elle lui avait envoyé un courriel dans lequel elle lui avait dit: “Je me sens si fabuleuse et si belle”. Merci pour tout.»

Sans l’offensive médiatique, un juge partial, et la présence d’un membre du jury qui a omis de mentionner un livre à paraître qu’elle écrivait sur les «hommes âgés prédateurs», aucun jury consacré à la vérité n’aurait pu condamner Weinstein.

Lors de l’audience de condamnation mercredi, les accusateurs de Weinstein ont eu l’occasion de le dénoncer et d’exiger la peine la plus sévère possible.

Mimi Haley a déclaré à la cour que Weinstein «a violé ma confiance, mon corps et mon droit fondamental de rejeter ses avances sexuelles». Quand il m’a attaqué ce soir-là, cela m’a marqué émotionnellement et physiquement. Il a diminué ma confiance et ma foi dans les gens, et ma confiance et ma foi en moi-même. Je suis soulagée qu’il sache maintenant qu’il n’est pas au-dessus de la loi.

Jessica Mann a d’abord attaqué les avocats de la défense, affirmant qu’elle avait été «grillée» à la barre par des avocats qui «déforment la vérité». En fait, les avocats de Weinstein, comme c’était leur obligation, ont simplement souligné le fait que Mann avait juré son amour et son amitié à Weinstein dans les années suivant sa prétendue agression.

Bizarrement, Mann a décrit Weinstein comme «une personne âgée qui s’effondre littéralement» sous nos yeux. «Derrière les barreaux, Harvey peut avoir la chance de se réhabiliter tout en étant tenu pour responsable de ses crimes», a déclaré Mann, tout en demandant au juge de donner la peine maximum à son ancien amant. Elle a dit qu’elle espérait un avenir où «nous n’aurons plus à nous soucier des monstres qui se cachent dans notre placard».

Le procureur adjoint de Manhattan, Joan Illuzzi, a prononcé la déclaration de condamnation de l’accusation. Illuzzi a affirmé que Weinstein «s’est enivré de pouvoir». Il ne voyait ni autorité au-dessus de lui ni limite à ce qu’il pouvait faire. Il pouvait prendre ce qu’il voulait en sachant que personne ne pouvait rien y faire. Il avait toutes les cartes en main et les a bien jouées.» Elle a déclaré que le producteur était un homme qui se distinguait par «un manque d’empathie humaine, de l’égoïsme et une vie ancrée dans la criminalité — une criminalité, qui a duré des décennies». Illuzzi a demandé que Burke «condamne ce défendeur au maximum ou presque. Et que vous lui donniez un temps consécutif.»

Arthur Aidala, membre de l’équipe de défense de Weinstein, a indiqué qu’il n’avait pas l’intention de se précipiter. «C’est la vie d’un homme ici», a-t-il dit. Aidala a plaidé pour la peine minimale de cinq ans, en faisant remarquer que huit ans et demi est la peine moyenne à New York pour ces délits. Aidala a poursuivi: «Il n’a pas d’antécédents criminels, il a presque 70 ans, c’est un homme brisé». Il a déclaré qu’une peine plus longue serait «une peine de mort».

Donna Rotunno a demandé que la carrière de Weinstein en tant que producteur de films et créateur soit prise en compte, ainsi que l’effet d’une condamnation sur sa famille, y compris ses grands et petits enfants. «Peu importe ce qui se passe ici aujourd’hui, juge, personne ne gagne vraiment», a déclaré Rotunno à la cour. Même si le producteur reçoit la peine minimale, compte tenu de ses problèmes de santé, «de fortes chances existent que M. Weinstein ne vive pas assez longtemps pour voir la fin de cette peine, ce qui est très triste.»

Rotunno a fait valoir que «M. Weinstein est venu devant les forces des médias et les forces du monde entier poussant contre la chance d’avoir un vrai jury impartial dans cette affaire.»

Dans son propre plaidoyer à la cour, Weinstein a expliqué qu’il pensait que les relations avec les différentes femmes étaient consentantes et a suggéré, selon les termes du New York Times, qu’il «était victime d’une précipitation dans le jugement».

«Nous avons peut-être des vérités différentes, mais j’ai de grands remords pour vous tous», a déclaré Weinstein. «J’ai de grands remords pour tous les hommes et les femmes qui traversent cette crise en ce moment dans notre pays», a-t-il dit, selon le Times. «Que la campagne #MeToo est similaire à l’anticommunisme maccarthyste des années 50 et il se comparait au scénariste Dalton Trumbo, qui fut emprisonné et mis sur liste noire après avoir rejoint le parti communiste. “Je pense que c’est ce qui se passe maintenant dans tout le pays”, a déclaré M. Weinstein.»

S’adressant à ses accusateurs, Weinstein a fait remarquer qu’il avait relu sa correspondance avec eux et qu’il considérait toujours leurs relations comme «une amitié sérieuse, et c’est ce que je pensais vivre avec vous». Il a poursuivi: «Je ne vais pas dire que ce ne sont pas des gens formidables. J’ai passé un moment merveilleux avec ces gens. Je suis confus, et je pense que les hommes sont confus», a-t-il poursuivi, se tournant une fois de plus vers la campagne #MeToo. «Je pense aux milliers d’hommes et de femmes qui perdent leur droit à un procès équitable, et je suis inquiet pour ce pays.»

Weinstein a reconnu son mauvais comportement passé, selon USA Today. «Oui, je me suis battu avec mon frère; oui, j’ai dit du mal des gens, mais tellement de gens — des milliers de gens — diraient du bien de moi», a-t-il déclaré. «Je ferais beaucoup de choses différemment. Je me soucierais moins des films et plus de mes enfants et de ma famille.»

Weinstein a admis: «J’ai fait des efforts extraordinaires pour cacher mes liaisons extraconjugales.» S’il le pouvait, il «retournerait» et n’aurait pas eu ces affaires. Il a dit que ses deux ex-femmes n’en avaient «aucune idée». Il a déclaré au tribunal: «Je ne reverrai peut-être jamais mes enfants». Le producteur a déclaré qu’il regrettait son comportement passé: «Je comprends, je compatis. J’ai appris tellement de choses». Plus tard, il a dit: «J’essaie vraiment d’être une meilleure personne».

Le juge Burke a ignoré les appels de la défense et les propres commentaires de Weinstein. «Bien que c’est une première condamnation, ce n’est pas un premier délit», a-t-il déclaré. «Des preuves sont devant moi d’autres incidents d’agression sexuelle qui impliquent un certain nombre de femmes, qui sont tous des considérations légitimes pour la sentence.»

Weinstein, en fait, n’a jamais été accusé, et encore moins condamné, d’un quelconque crime. Par «preuves devant moi», le juge fait sans doute référence aux témoins «Molineux». C’est-à-dire, aux témoins autorisés à témoigner sur des crimes antérieurs pour lesquels l'accusé n'est pas inculpés, une pratique douteuse sur le plan juridique et constitutionnel. Burke a autorisé le témoignage de plusieurs femmes dont les attaques présumées étaient imprescriptibles. En substance, selon cette logique, Weinstein a reçu la longue peine en raison de témoignages relatifs à des crimes qui ne pouvaient être ni prouvés ni réfutés.

(Article paru d’abord en anglais 12 mars 2020)