L'Organisation mondiale de la santé plaide pour 675 millions de dollars dans la lutte contre les coronavirus

Par Bryan Dyne
16 mars 2020

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié hier un appel à 675 millions de dollars par mois pour lutter contre la pandémie mondiale de coronavirus. En effet, le nombre de cas confirmés de COVID-19 a dépassé 145.000, dont plus de 7700 nouveaux cas en Italie, rien qu'en Iran, en Espagne, en Allemagne et en France. Au moins 93 pays ont signalé au moins un nouveau cas et on a signalé au moins 442 décès au cours des dernières 24 heures, ce qui porte le nombre de décès à plus de 5400.

«Nous sommes à un point critique de la réponse mondiale à COVID-19. Nous avons besoin que chacun s’implique dans cet effort massif pour maintenir la sécurité dans le monde», a déclaré le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus. Faisant référence à la vaste propagation du coronavirus, il a noté: «Plus de cas sont maintenant signalés chaque jour que ce qui était signalé en Chine au plus fort de l’épidémie.»

Le Dr Tedros a salué la réaction de la Corée du Sud, de Singapour et du Japon pour leurs «politique de tests et de suivi des personnes ayant eu des contacts avec les malades intensive». Ces pays ont jusqu’à présent limité les taux de mortalité dans ces pays à un niveau relativement bas, il a mis en garde contre toute complaisance. Il a dit: «Tout pays qui regarde l’expérience d’autres pays face à de grandes épidémies, et imagine que “cela ne nous arrivera pas” commet une erreur fatale. Cela peut arriver à n’importe quel pays.»

Des voyageurs qui portent des masques de protection arrivent à la gare routière principale de Bogota, Colombie, le 13 mars 2020 [Crédit: AP Photo/Fernando Vergara]

Les responsables de l’OMS n’ont pas cité de noms. Mais ce n’est pas difficile de relier ce dernier commentaire à la réponse de l’establishment politique américain à la pandémie. La Réserve fédérale a annoncé hier qu’elle allait fournir 1500 milliards de dollars au secteur financier afin d’inverser l’effondrement de la bourse observé ces derniers jours. Cela, au lieu de fournir les ressources nécessaires pour combattre la plus grande crise de santé publique à laquelle les États-Unis font face depuis des décennies.

Si on avait mis ce genre de sommes à la disposition du monde pour contrer le coronavirus dès son apparition, on aurait pu stopper net sa propagation. Les personnes infectées auraient pu recevoir le meilleur traitement possible, ce qui aurait permis de sauver des milliers de vies. La perturbation économique de la vie des travailleurs causée par les quarantaines nécessaires aurait pu être atténuée. Le COVID-19 aurait toujours été une épidémie mortelle, mais finalement de faible ampleur.

La préoccupation n’était pas tant les vies perdues et qui le seront dans les semaines à venir, que la nécessité ou non de renflouer Wall Street. Ce n’est que lorsque le Dow Jones a perdu plus de 2000 milliards de dollars de capitalisation boursière que le gouvernement américain est intervenu.

Dans sa conférence de presse d’aujourd’hui, le président américain Donald Trump a annoncé une «urgence nationale» à la suite de la pandémie. Mais, tout en maintenant le mensonge selon lequel «le risque pour l’Américain moyen est encore très faible». En réalité, 2269 cas de coronavirus aux États-Unis se trouvent actuellement confirmés et ce nombre devrait se multiplier par 10 tous les sept jours. Au rythme de propagation actuel, le nombre de cas de COVID-19 aux États-Unis dépassera celui de la Chine dans deux semaines.

Les responsables de l’OMS ont également fait remarquer que les interdictions de voyager, telles que celles imposées mercredi par Trump contre l’Europe, sont généralement inefficaces. L’OMS a publié une déclaration le 29 février, avant la mise en place de l’interdiction de Trump. L’organisme a déclaré: «L’OMS continue de déconseiller l’application de restrictions de voyage ou de commerce aux pays qui connaissent des flambées de COVID-19.»

La déclaration se poursuit: «En général, les faits montrent que la restriction de la circulation des personnes et des biens pendant les urgences de santé publique est inefficace dans la plupart des situations. Elle peut détourner des ressources d’autres interventions. En outre, les restrictions peuvent interrompre l’aide et le soutien technique nécessaires, peuvent perturber les entreprises et peuvent avoir des effets sociaux et économiques négatifs sur les pays touchés.»

Cela vaut tout particulièrement pour le gouvernement américain. Ce dernier a refusé les kits de dépistage des coronavirus de l’OMS et de la Chine, dont on a prouvé l’efficacité. Washington a insisté pour utiliser les kits mis au point par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC). À tous égards, on a bâclé et mal géré le déploiement et l’utilisation de ces kits. Enfin, les kits n’ont été disponibles qu’à la mi-février. Les kits n’étaient pas disponibles avant la mi-février. Ensuite, on n’a pas pu les distribuer dans tous les États jusqu’en mars. Les médecins, les cliniques et les hôpitaux ont refusé les patients qui présentaient certains symptômes, mais pas tous, alors que l’on sait que le virus se propage même lorsque ses victimes ne présentent aucun symptôme.

Lors d’une audition de la Chambre mercredi, le docteur Anthony Fauci a admis ouvertement l’échec des tests aux États-Unis. Fauci est le directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses et l’un des membres du groupe de travail prétendument réuni pour combattre le coronavirus aux États-Unis. Fauci a reconnu: «Le système n’est pas vraiment adapté à ce dont nous avons besoin en ce moment.»

Fauci a tenté de retourner sa veste au regard de cette déclaration lors de la conférence de presse de Trump. Il s’est rallié à l’affirmation du président selon laquelle le CDC serait en mesure de réaliser cinq millions de tests d’ici la fin du mois. Pratiquement tous les comptes rendus de ceux qui tentent de se faire tester sur les médias sociaux ou dans la presse grand public disent le contraire: il est encore pratiquement impossible de se faire tester aux États-Unis.

En outre, si les tests effectués par le CDC lui-même sont gratuits, on a sous-traité une grande partie des tests au secteur privé, notamment à des sociétés telles que DiaSorin Molecular et Qiagen. Pour ceux qui ont une assurance, le simple fait de se faire testé pour le coronavirus peut coûter jusqu’à 500 dollars. Pour les 27 millions d’Américains sans assurance maladie, le coût est souvent trois fois plus élevé, un prix que la majorité des gens ne peuvent tout simplement pas se permettre. Les travailleurs sont contraints de choisir entre la faillite et le risque de voir leurs amis, leurs collègues, leurs voisins et leur famille mourir.

La situation ne fera que s’aggraver à mesure que la pandémie se répandra sans entrave. Le système de santé américain, comme ceux d’Europe, est déjà affecté au-delà de ses limites et le nombre de cas ne fera qu’augmenter. La négligence et la criminalité dont Trump et ses collègues oligarques font preuve à l’égard de la classe ouvrière font que le nombre de décès dans le pays pourrait atteindre des millions.

(Article paru d’abord en anglais 14 mars 2020)

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