Pour une action d’urgence contre la destruction des emplois! Soutien financier et social complet pour tous les travailleurs touchés par la pandémie du COVID-19!

La crise sanitaire engendrée par la pandémie de coronavirus se transforme en plus grande crise économique et sociale depuis la Grande Dépression des années 1930.

Le ministère américain du Travail a indiqué vendredi que le nombre de nouvelles demandes de chômage a augmenté de 6,6 millions la semaine dernière. Plus de 10 millions d’Américains ont demandé des allocations chômage ces deux dernières semaines.

Les gens font la queue pour obtenir de l’aide sous forme d’allocations chômage au One-Stop Career Center (type d’Agence pour l’emploi) de Las Vegas. (AP Photo/John Locher)

Avant l’apparition de la pandémie, le record précédent de demandes de chômage en une semaine était de 695.000, soit un dixième du chiffre rapporté hier. Alors que le nombre de travailleurs qui perdent leur emploi et leur salaire monte en flèche, le nombre de nouvelles infections et de décès continue d’augmenter de façon spectaculaire.

Il y a moins d’un mois, l’Administration Trump affirmait que la pandémie aurait peu d’impact sur le pays. Mais le nombre total de cas aux États-Unis a augmenté de 30.000 hier, pour atteindre plus de deux cent cinquante mille. On compte plus de 1.200 nouveaux décès, soit 25 pour cent de plus en un jour, pour un total de plus de 6.000. Les États-Unis ont maintenant plus de deux fois plus de cas que tout autre pays, dépassant de loin l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et la Chine. Sur le plan mondial, les infections recensées ont dépassé le million hier et le nombre total de décès a grimpé en flèche, dépassant les 50.000.

Les statistiques du ministère américain du Travail sous-estiment considérablement l’ampleur de la crise de l’emploi. Elles n’incluent pas les personnes qui ont demandé des allocations chômage cette semaine. Des centaines de milliers de travailleurs qui veulent demander des allocations se heurtent à la surcharge des sites web et des centres téléphoniques consacrés au chômage. Des travailleurs de Detroit, de New York et d’autres villes signalent que les appels aux bureaux de chômage se soldent par des mises en attente indéfinies ou que simplement on ne répond pas.

Les chiffres officiels du chômage ne tiennent pas compte non plus des plus de 11 millions d’immigrés sans papiers, qui représentent environ trois pour cent de la population. Des millions de ces travailleurs dans l’hôtellerie, les services et d’autres industries ont perdu leur emploi, mais ne peuvent pas recevoir d’allocations ou d’autres formes de secours. Ils ne se déclarent donc pas au chômage et ne sont pas comptés dans les chiffres officiels.

Le projet de loi adopté par le Congrès le mois dernier est censé permettre aux travailleurs de l’économie des micro-tâches de demander des allocations chômage, mais la plupart des États n’ont pas encore créé la possibilité pour eux de le faire.

Les conséquences à long terme de cet effondrement économique en termes de dislocation sociale et de souffrance sont pratiquement incalculables. Un pourcentage important de petites entreprises qui ferment ne rouvriront jamais. Les familles perdent toutes leurs sources de revenus. Les conséquences psychologiques d’une dislocation de cette ampleur sont énormes.

Des millions de travailleurs dépendent de l’emploi pour leurs soins de santé. Soit ils seront désormais exclus de l’assurance, soit ils devront payer des frais nettement plus élevés pour conserver ce qu’ils ont. Des millions d’autres soit n’ont pas d’assurance, soit doivent souscrire une assurance privée de qualité inférieure par le biais d’Obamacare, ce qui entraîne d’énormes frais.

La responsabilité de l’impact catastrophique de la pandémie incombe entièrement au système capitaliste, à la classe dirigeante et au gouvernement qui sert ses intérêts. Les scientifiques ont averti pendant des décennies qu’une pandémie était probable dans un avenir prévisible. Malgré cela, les Administrations successives ont soit minimisé le danger, soit ont miné, par des réductions continues des dépenses, la capacité de l’infrastructure médicale et sociale à faire face à une crise médicale.

Pendant des décennies, le gouvernement et l’élite de la finance et des entreprises ont axé leurs politiques sur la maximisation des profits et l’enrichissement des dirigeants d’entreprises et des grands actionnaires.

Alors même que les États-Unis et le monde entier se trouvent ravagés par la pandémie, ces priorités n’ont pas changé. En fait, elles sont mises en œuvre plus impitoyablement que jamais. On saisit la crise comme une occasion d’enrichir encore plus l’oligarchie au pouvoir.

Le Congrès — avec le soutien unanime des deux partis — a adopté à la hâte un projet de loi qui prévoit des milliers de milliards de dollars pour Wall Street et des centaines de milliards de dollars pour le sauvetage des grandes sociétés. Mais le soutien apporté à la grande masse des travailleurs américains et aux petites entreprises est chaotique, désorganisé et totalement inadéquat. Les paiements uniques promis ne seront pas envoyés avant la fin avril et des millions de gens pauvres sont exclus. De même, les aides au chômage sont une mesure temporaire et provisoire qui laisse des millions de personnes sans couverture et ne fait rien pour couvrir le paiement des loyers ou l’augmentation du coût des soins de santé.

Le gouvernement revient déjà sur des éléments clés de sa promesse de soutenir les petites entreprises. Profitant du fait que les grandes banques vont administrer les prêts promis, des institutions comme JP Morgan Chase profitent de l’occasion pour s’enrichir. C’est ce qu’indique le Financial Times: «Les banques vont percevoir des milliards de dollars en frais sur les 350 milliards de dollars de prêts qui sont offerts aux petites entreprises américaines dans le cadre de la réponse fédérale à la pandémie de coronavirus… Les banques recevront des frais de traitement, payés par le gouvernement fédéral, pour l’octroi des prêts. Ces frais varieront en fonction de la taille des prêts: 5 pour cent pour les prêts inférieurs à 350.000 dollars, 3 pour cent pour les prêts inférieurs à 2 millions de dollars et 1 pour cent pour les prêts supérieurs à 2 millions de dollars».

Le gouffre économique et social qui sépare le gouvernement et l’élite de la finance et des entreprises des préoccupations de l’écrasante majorité de la population s’est manifesté avec force vendredi.

Le jour même où le ministère du Travail annonçait ce qui était de loin la plus forte croissance du chômage de l'histoire américaine, la moyenne industrielle du Dow Jones augmentait de 2,24 pour cent, soit 469 points, et le S&P 500 de 2,28 pour cent.

À un moment donné, cependant, il doit y avoir production d’une valeur réelle, qui provient de l’exploitation de la classe ouvrière. Si Trump a renoncé à exiger que l’Amérique «retourne au travail» d’ici le milieu du mois, la volonté de retour au travail, quelles qu’en soient les conséquences sur la santé, n’a pas disparu.

Le magazine britannique The Economist écrit dans son numéro du 2 avril: «Un calcul sinistre: cela peut sembler dur, mais un chiffre en dollars sur la vie, ou du moins une façon de penser systématiquement, est précisément ce dont les dirigeants auront besoin s’ils veulent se frayer un chemin à travers les mois pénibles à venir».

De plus, les entreprises tenteront d’utiliser la catastrophe économique comme une occasion de procéder à une nouvelle restructuration des relations de classe. De nombreux emplois supprimés ne reviendront pas, ou les travailleurs seront contraints d’accepter des salaires et des prestations inférieurs.

Le fait que les marchés aient augmenté même face au chômage de masse et à une pandémie en expansion qui selon le gouvernement fera, au minimum, 200.000 morts, dévoile les divisions de classe dans la société américaine.

Ces divisions ne peuvent plus être dissimulées. Déjà, des grèves et débrayages ont éclaté chez les travailleurs d’Amazon, ceux de Whole Foods, ceux d’Instacart, chez les travailleurs de l’automobile et ceux des transports, et d’autres sections de la classe ouvrière. Ce n’est là que le début. Au fur et à mesure que les conséquences économiques s’intensifieront, la colère sociale prendra des formes de plus en plus explosives.

La montée des luttes de la classe ouvrière doit être guidée par un programme anticapitaliste et socialiste clair. Le Parti de l’égalité socialiste dénonce la dilapidation de l’argent public au renflouement des grandes sociétés et de Wall Street. Nous exigeons:

  • L’abrogation du plan de renflouement de Wall Street et des grandes sociétés et la redirection immédiate des ressources financières et industrielles vers la lutte contre la pandémie. La fourniture à tous les travailleurs de la santé, des services et de l’industrie, de tous les équipements nécessaires pour servir dans des conditions sûres les personnes touchées par le virus et la société dans son ensemble.
  • Aucune réduction ou perte de salaire pour les travailleurs qui sont licenciés ou dont les heures de travail sont réduites, pendant toute la durée de la pandémie. Il faut un moratoire sur tous les paiements de loyer et d’approvisionnements pendant la durée de la pandémie.
  • Plein salaire et pleins droits de citoyenneté pour tous les travailleurs immigrés.
  • Des soins de santé gratuits et universels pour tous, y compris pour les chômeurs.
  • La nationalisation de toute l’industrie pharmaceutique et des soins de santé sans compensation pour les grands actionnaires et les PDG, et leur mise sous contrôle démocratique des travailleurs, des scientifiques et des chercheurs. Il faut nationaliser Amazon et les autres grands pourvoyeurs privés de services vitaux.
  • La conversion de toutes les industries renflouées par le gouvernement en services publics, leur mise sous contrôle démocratique de la classe ouvrière et leur réorientation vers la production de biens de première nécessité.
  • Une augmentation massive des impôts sur les riches et la saisie des billions de dollars thésaurisés par les oligarques des entreprises et de la finance.
  • La collaboration mondiale des scientifiques et des chercheurs dans une lutte mondiale contre la pandémie.

Le principe essentiel qui doit guider la réponse à la crise sanitaire et économique est que les besoins de la classe ouvrière doivent avoir priorité absolue sur les fortunes et les profits des riches.

Les événements prouvent la nécessité d’une restructuration complète de la société sur une base socialiste. Les vastes progrès technologiques et scientifiques et les énormes forces productives de l’humanité doivent être libérés des contraintes que leur imposent la recherche du profit et le système de l’État-nation.

Ces exigences ne peuvent être satisfaites par des appels au gouvernement et aux deux partis de l’Oligarchie. Elles ne peuvent être réalisées qu’en mobilisant toute la force organisationnelle et sociale de la classe ouvrière et doivent se fonder sur un programme socialiste dont le but est le transfert du pouvoir politique de la classe capitaliste aux travailleurs.

La campagne présidentielle du Parti de l’égalité socialiste se bat pour ce programme. Nous appelons les travailleurs et les jeunes à se joindre à cette lutte, à nous soutenir et à s’impliquer activement dans notre campagne.

(Article paru d’abord en anglais 3 avril 2020)

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