Amazon sévit contre les travailleurs rebelles alors que le premier décès lié au COVID-19 est signalé

Par Tom Carter
17 avril 2020

Mardi, Business Insider a rapporté que le coronavirus avait coûté la vie à un employé d'Amazon en Californie. Il s'agit du premier cas de décès d'un employé d'Amazon dû au COVID-19.

Au cours de la semaine dernière, Amazon a licencié trois travailleurs qui avaient contesté la société pour ne pas avoir offert des conditions de travail sûres pendant la pandémie.

L'employé décédé était directeur des opérations dans une installation d'Amazon à Hawthorne, en Californie. Amazon a révélé peu de détails sur les circonstances de sa mort. Il était présent pour la dernière fois dans l'établissement le 6 mars, tombant malade après des vacances qui ont duré du 7 au 20 mars. On ne sait pas comment la maladie a été contractée. Bien que le décès soit survenu le 31 mars, il n'a été signalé que le 14 avril.

Breana Avelar, assistante de traitement, tient une pancarte devant le centre de la plateforme logistique d’Amazon DTW1 à Romulus, au Michigan, le 1er avril 2020 (AP Photo / Paul Sancya)

Même si la direction affirme que les travailleurs de l'usine de Hawthorne ont été rapidement informés, les travailleurs d'Amazon à travers le pays n'ont reçu aucun avis de décès. Il ne fait aucun doute qu'Amazon craignait que la divulgation de ces informations n'encourage d’autres débrayages et protestations des travailleurs.

Partout dans le monde, les travailleurs d'Amazon ont débrayé et protesté contre l'indifférence imprudente de l'entreprise à l’égard de leur santé en pleine pandémie. Les travailleurs qui risquent leur vie pour expédier des marchandises essentielles à des personnes qui s'isolent chez elles ont été contraints de travailler sans équipement de protection individuelle adéquat ni autres mesures nécessaires pour assurer leur sécurité.

Les travailleurs en grève ont exigé la fermeture d'installations dangereuses, un équipement de protection complet et la fin de la pratique de l'entreprise de cacher délibérément aux travailleurs des informations sur l'infection de leurs collègues.

Jusqu'à présent, les travailleurs d'Amazon sont tombés malades du virus dans plus de 130 entrepôts aux États-Unis, certains d'entre eux ayant plus de 30 cas confirmés.

Des débrayages de travailleurs d'Amazon ont eu lieu à Detroit, dans les arrondissements de Staten Island et Queens à New York, dans un entrepôt à Chicago et ailleurs. De plus, des grèves ont eu lieu en Italie et en Espagne.

Les travailleurs de Whole Foods, propriété d'Amazon, ainsi qu'Instacart, ont récemment débrayé aux États-Unis pour exiger des équipements de protection, des primes de risque et des indemnités de maladie. Des débrayages, des grèves et des rébellions ont lieu en même temps dans de nombreuses industries et services désignés comme «essentiels» pendant la pandémie, dont le conditionnement de viande et les transports en commun et l'assainissement.

La réponse d'Amazon à la révolte grandissante a consisté à fournir des mesures de sécurité cosmétiques et bon marché qui sont totalement inadéquates compte tenu de l'ampleur du danger. Un travailleur de l'entrepôt BWI2 à Baltimore, par exemple, a déclaré à l’International Amazon Workers' Voice qu'une des nouvelles mesures de sécurité consiste à fournir des lingettes «de sécurité», que les travailleurs sont priés d'utiliser avec parcimonie.

Une étiquette sur l’emballage indique: «Veuillez utiliser une lingette uniquement pour désinfecter votre poste de travail au début de votre quart de travail et lors du changement de poste. Nous voulons nous assurer d'en avoir suffisamment pour tous les quarts de travail. NE PAS retirer ces lingettes de ce lieu désigné.»

En plus de ces mesures de sécurité minimales et peu coûteuses, Amazon a répondu à la révolte grandissante en intensifiant le régime déjà tyrannique dans ses entrepôts. Les travailleurs signalent en particulier que la nouvelle règle de deux mètres de «distanciation sociale» est utilisée pour intimider et harceler les travailleurs qui s'expriment et empêcher l’organisation ou la tenue de discussions.

Vendredi 10 avril, Amazon a licencié les designers UX (expérience utilisateur) Emily Cunningham et Maren Costa, qui se sont fait connaitre pour avoir critiqué l'entreprise en relation avec le changement climatique et avaient récemment fait circuler une pétition pour des conditions plus sûres pour les travailleurs pendant la pandémie. Elles avaient également tenté d'organiser des réunions entre les techniciens et les employés d'entrepôt. Elles ont été licenciées par téléphone.

Mardi, Cunningham a écrit sur Twitter: «Amazon m'a virée et @marencosta. Comme l'a écrit Mary Oliver, “oh! combien il est riche d'aimer le monde”. C'est un cadeau de pouvoir se battre pour quelque chose qu’on aime si profondément.»

«Les travailleurs d'entrepôt sont actuellement menacés», a-t-elle ajouté. «Je suis fière de tous les moyens qu’ils utilisent pour se défendre, eux-mêmes et leurs collègues (et le public!). Cela demande du courage et de l'intégrité. Si nous ne nous battons pas pour les autres maintenant, alors quand le ferons-nous?»

Le même jour, Costa a écrit: «@emahlee et moi avons été licenciés le Vendredi Saint par Amazon pour s'être battues pour la sécurité de nos collègues à cause du COVID.»

«Fondamentalement, nous avons été licenciées pour avoir essayé de faire d'Amazon un monde meilleur – pour avoir essayé de faire de la planète un monde meilleur», a-t-elle poursuivi.

Cunningham et Costa sont toutes deux les dirigeantes d'Amazon Employees for Climate Justice, qui était impliqué avant la pandémie dans les débrayages (article en anglais) d'employés d'Amazon au mépris des directives de l'entreprise et qui protestait contre les liens de l'entreprise avec l'armée américaine et les escadrons terroristes du service de l’Immigration (ICE), la discrimination, les conditions dans les entrepôts et sa complicité dans le changement climatique.

Cunningham travaillait chez Amazon depuis cinq ans, et Costa, depuis 15 ans. En janvier, Costa et Cunningham sont apparus dans une vidéo de deux minutes présentée sur le compte Twitter du sénateur Bernie Sanders. Elles devraient participer aujourd'hui [jeudi] à un événement en ligne avec Naomi Klein, une partisane de Sanders.

La direction a déclaré: «Nous avons licencié ces employés pour avoir enfreint à plusieurs reprises les politiques internes.»

Le licenciement de Cunningham et de Costa vise à intimider tous les travailleurs. Malgré nos désaccords avec leurs perspectives politiques, l'International Amazon Workers Voice défend sans équivoque ces travailleurs persécutés et exige leur réintégration immédiate.

Les travailleurs devraient également exiger la réintégration de Bashir Mohamed qui a également été licencié pour avoir tenté d'organiser des travailleurs dans son entrepôt du Minnesota, où il réclamait des mesures de sécurité plus efficaces. La justification d'Amazon était que Mohamed avait été «licencié à la suite d'une action disciplinaire progressiste pour langage et comportement inappropriés et violation des consignes de distanciation sociale».

La violation alléguée des «consignes sur la distanciation sociale» a également été récemment utilisée pour cibler et licencier Chris Smalls (article en anglais), qui a mené une grève dans un entrepôt de Staten Island à New York pour protester contre les mesures de sécurité inadéquates.

Amazon est un conglomérat mondial d’un billion de dollars mieux connu pour ses services d'achat et de distribution en ligne. Le PDG d'Amazon, Jeff Bezos, la personne la plus riche du monde, maintient les 750.000 employés de l'entreprise à leurs postes de travail pendant la pandémie mondiale sans mesures de sécurité adéquates. Il a informé les travailleurs qu'ils devraient attendre leur «tour» pour les masques, alors qu'il n'a bien sûr pas attendu son «tour» pour exploiter l'opportunité offerte par la pandémie pour s'assurer un énorme profit pour lui-même. Au cours du dernier mois, 80.000 employés d'entrepôt supplémentaires ont été embauchés.

Tandis que des millions de personnes s’isolent chez eux à cause de la pandémie, Amazon connait un pic de ventes sur son marché en ligne. Bezos a vu sa fortune, qu'il a précédemment décrite comme ses «gains d'Amazon», augmenter d'environ 24 milliards de dollars depuis le début de l'année, dont 6,8 milliards sur la seule semaine dernière. Sa fortune personnelle est désormais estimée à environ 138 milliards de dollars.

(Article paru en anglais le 16 avril 2020)