Le gouvernement du Québec menace des milliers de vies avec un retour précipité au travail

Par Richard Dufour
28 avril 2020

Alors que le Québec demeure la province du Canada la plus touchée par la pandémie de COVID-19 avec près de 25.000 cas confirmés et 1.600 décès, le premier ministre québécois François Legault poursuit sa politique criminelle d’un retour précipité au travail.

Mentant sur l’état extrêmement fragile dans lequel se retrouve aujourd’hui le système de santé, Legault a annoncé lundi la réouverture imminente des garderies et des écoles primaires – le 11 mai à l’extérieur de Montréal et le 19 mai dans la grande région de Montréal. Un calendrier de réouverture des lieux de travail sera dévoilé mardi. Déjà la semaine passée, des chantiers de construction qui avaient été fermés après de vives protestations des travailleurs ont repris leurs activités, au moins dans le secteur résidentiel.

Le gouvernement Legault suit ainsi les traces de l’administration Trump aux États-Unis et des gouvernements de l’Union européenne en balayant d’un revers de main les avertissements répétés de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) que la levée hâtive des mesures de confinement risque d’entraîner une deuxième vague, encore plus mortelle, de COVID-19.

Comme ses homologues américains et européens, et les premiers ministres d’autres provinces canadiennes, le gouvernement de la CAQ (Coalition Avenir Québec) veut forcer les travailleurs à retourner au plus vite sur les lieux de travail, sans aucune garantie ou contrôle que les mesures appropriées de sécurité sont en place, afin de nourrir la soif insatiable des marchés financiers pour les profits.

Indifférentes au nombre incalculable de vies humaines que coûtera une telle politique, dans un contexte de progression continuelle de la pandémie, les autorités refusent de mettre en pratique les mesures prescrites par la communauté scientifique pour contenir et vaincre le coronavirus – dépistage de masse, traitement et isolement des personnes infectées, retraçage des contacts, investissement massif dans le système de santé pour pouvoir répondre à un pic de demande.

La seule préoccupation de l’élite dirigeante est plutôt de «relancer l’économie», c’est-à-dire l’exploitation accrue de la classe ouvrière, afin de couvrir les billions (mille milliards) de dollars et euros qui ont été virtuellement créés et littéralement donnés à l’aristocratie financière et industrielle en subventions et plans de sauvetage – ne laissant que des miettes en aide publique pour les millions de travailleurs sans revenus.

Au Canada, le gouvernement fédéral libéral de Justin Trudeau a débloqué du jour au lendemain plus de 650 milliards de dollars pour renflouer la grande entreprise et préserver les fortunes des riches investisseurs.

Dans sa conférence de presse de lundi annonçant la réouverture prochaine des garderies et des écoles primaires (celle des écoles secondaires, des cégeps et des universités étant reportée à la fin-août), Legault a cherché à limiter les dégâts politiques causés par les déclarations scandaleuses qu’il avait faites seulement quelques jours plus tôt en faveur d’une hypothétique «immunité collective».

Cette politique consiste à laisser le coronavirus contaminer une grande partie de la population – et même à souhaiter et faciliter une telle contamination de masse – sur la base que cela permettrait le développement et la circulation d’anticorps qui bloqueraient ensuite toute nouvelle éclosion significative. Là où elle a été appliquée, que ce soit au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou ailleurs en Europe, cette politique criminelle a déjà causé une rapide propagation du coronavirus, des hôpitaux débordés et des milliers de morts évitables.

Faisant fi des avertissements explicites de l’OMS qu’il n’existe «aucune preuve que les personnes qui se sont remises du COVID-19 et qui ont des anticorps sont prémunies contre une seconde infection», Legault avait cavalièrement déclaré en conférence de presse jeudi dernier: «Il faut qu’il y ait une immunité qui se développe dans les prochains mois» et que «les personnes qui sont moins à risque puissent développer des anticorps et devenir immunisées».

Même l’Agence de la santé publique du Canada a dû publiquement rejeter le concept d’immunité collective, tellement il est contraire aux données scientifiques disponibles. «L’idée de générer une sorte d’immunité naturelle ne devrait pas être considérée», a déclaré sans détour son administratrice en chef, la Dre Theresa Tam.

Cherchant jeudi à justifier son «concept d’immunité naturelle», Legault avait voulu rassurer une population hostile à la réouverture hâtive des écoles en disant que «ce n’est pas une question de prendre les enfants comme des cobayes». Comme en témoigne sa décision de rouvrir les écoles, les enfants sont effectivement plus que des cobayes: ce sont les vecteurs d’une contamination de masse qui demeure «souhaitable» – même si le premier ministre québécois juge politiquement plus sage de ne plus le crier sur les toits.

Peu importe l’expression qu’emploie en public le premier ministre Legault pour justifier un retour précipité au travail – «immunité naturelle» jeudi, «situation sous contrôle dans les hôpitaux» lundi –, le contenu réactionnaire de sa politique reste inchangé.

Au Québec comme dans le reste du Canada et ailleurs dans le monde, la classe dirigeante est déterminée à relancer au plus vite le processus d’exploitation de la classe ouvrière, qui seul peut produire de la véritable richesse et couvrir ainsi les frais des innombrables programmes de sauvetage dont a bénéficié la grande entreprise.

Durant la conférence de presse de lundi, le refrain que «la situation est sous contrôle dans les hôpitaux» a été accompagné d’un autre gros mensonge. Legault a laissé entendre que le retour au travail se fera graduellement, sans pression, avec cette formule lancée sur un ton faussement décontracté: «Allez-y à votre rythme».

La réalité sociale est très différente. Que ce soit dans les salles de classe, sur les chantiers de construction, sur les planchers d’usines ou sur d’autres lieux de travail, les véritables mesures de protection seront minimales ou inexistantes. Les travailleurs seront confrontés au choix terrible de risquer de se faire contaminer et contaminer leurs proches par un virus potentiellement mortel, ou se faire mettre à la porte et perdre leur gagne-pain.

C’est le choix auquel ont dû faire face la semaine dernière plusieurs physiothérapeutes, travailleurs sociaux et professionnels à l’emploi du CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux) de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal.

Après un petit cours de deux heures, ces employés, qui n’ont pas de formation médicale, ont été redéployés dans certains des CHSLD (Centres d’hébergement et de soins de longue durée) les plus durement touchés par une éclosion incontrôlable de COVID-19 qui a déjà causé des centaines de morts. Dans une entrevue anonyme à Radio-Canada anglais, l’un des employés concernés a déclaré: «[Le formateur] a même dit durant la formation que ceux qui refusent d’y aller seront congédiés, le tout sur un ton très nonchalant».

Les travailleurs doivent s’opposer aux efforts de Legault et de l’élite dirigeante canadienne pour relancer la production au risque de milliers de vies humaines. Sur tous les lieux de travail, il faut bâtir des comités de la base, indépendants des syndicats pro-capitalistes, qui lutteront pour garantir des conditions de travail sécuritaires, l’arrêt de toute production non-essentielle, et une pleine sécurité de revenu pour les travailleurs mis à pied. Les ressources pour le faire existent, mais sont monopolisées par une oligarchie financière, dont les biens doivent être saisis et redirigés vers la bataille contre la pandémie et la satisfaction des besoins sociaux urgents.

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