Les tests de détection des anticorps du coronavirus manquent de validité et de précision pour garantir une immunité fiable

Par Benjamin Mateus
29 avril 2020

Alors que la campagne mondiale de retour au travail s'accélère, des pays comme la Grande-Bretagne, le Chili, l'Allemagne, l'Italie et certaines parties des États-Unis ont commencé à tester des sections de leurs populations respectives pour les anticorps du coronavirus. Le Chili a déjà annoncé qu'il allait délivrer des «passeports de santé» qui serviront de prétexte pour renvoyer les travailleurs sur leur lieu de travail.

Actuellement, il n'existe aucune base scientifiquement prouvée permettant aux gouvernements de suggérer que le fait d'avoir acquis des anticorps contre le virus du SRAS-CoV-2 garantit l'immunité à la réinfection ni ne devrait servir de base à un «passeport d'immunité». L'Organisation mondiale de la santé l'a déclaré très clairement vendredi dernier: «Il n'y a actuellement aucune preuve que les personnes qui se sont remises du COVID-19 et qui ont des anticorps sont protégées contre une deuxième infection».

L'OMS a poursuivi en affirmant que, malgré les affirmations contraires, «il n'y a pas suffisamment de preuves de l'efficacité de l'immunité à médiation par les anticorps pour garantir l'exactitude d'un «passeport d'immunité» ou d'un «certificat d'absence de risque»». L'agence a également mis en garde: «Les personnes qui supposent qu'elles sont immunisées contre une seconde infection parce qu'elles ont reçu un résultat positif au test pourraient ignorer les conseils de santé publique. L'utilisation de ces certificats peut donc augmenter les risques de transmission continue».

L'une des tentatives les plus connues pour justifier le renvoi des travailleurs dans les bureaux et les usines sur la base d'un prétendu taux d'anticorps provient de l'étude controversée de Santa Clara, comme on l'appelle désormais. Jay Bhattacharya, un chercheur de Stanford, a recruté des patients par le biais de publicités sur Facebook ciblées en fonction de la géographie et de la démographie afin de déterminer la prévalence du virus dans la communauté.

Les participants ont fourni des échantillons de sang qui ont été testés à l'aide du kit de test sérologique de Premier Biotech, qui recherche les anticorps du virus. Sur la base de 50 tests positifs sur un total de 3335, ils ont conclu que la maladie touchait de 2,5 à 4,2% de la population, soit 50 à 85 fois plus que les 956 cas alors signalés par l'État de Californie. La conclusion produite par ce résultat est que le taux de mortalité lié à l'infection par le coronavirus était donc de 0,1 à 0,2 %, un taux beaucoup moins élevé que ce que l'on pensait. L'étude a été publiée en ligne avant d'être soumise à un processus d'examen par les pairs.

La nouvelle a immédiatement été reprise par les grands médias, qui ont affirmé que les recherches ont démontré que la pandémie avait largement suivi son cours et qu'il était temps d'arrêter progressivement le confinement du pays. Cela est devenu un élément clé du récit présenté au nom des oligarques financiers du monde, par un assortiment de dirigeants d'entreprises et de fonctionnaires, selon lequel la population doit retourner au travail pour sauver le capitalisme, quels que soient les risques. Le test d'anticorps est devenu leur cadeau du ciel, à la fois la pierre angulaire de leur nouveau discours et une esquive habile.

Cependant, ils ne mentionnent pas le fait que les données de l'étude de Santa Clara ont été largement discréditées dans les jours qui ont suivi sa publication. Un premier examen des statistiques par le biostatisticien Balaji S. Srinivasan fournit une critique étape par étape des erreurs, montrant qu'entre 35 et 100% des personnes testées positives peuvent avoir été de faux positifs, ce qui implique qu'elles n'avaient pas réellement d'anticorps contre le coronavirus.

M. Srinivasan a également expliqué comment le recrutement de personnes pour l'étude a intrinsèquement biaisé les résultats. Au lieu d'une recherche aléatoire dans la population, les sujets potentiels ont été ciblés en fonction de leur sentiment d'avoir été exposés ou non dans un passé récent, même s'ils ne présentaient aucun symptôme. Cela aurait potentiellement permis de sélectionner des personnes ayant des anticorps dans l'étude et de fausser les résultats à tort.

Plus inquiétant encore, l'étude de Santa Clara conclut, sans fondement, que la létalité du COVID-19 est à peine plus élevée que celle de la grippe. Cela va à l'encontre de tout ce que l'on sait sur l'expérience des travailleurs de la santé de première ligne à New York et dans de nombreux autres pays. Si le virus est tellement moins mortel qu'on ne le pensait, ils ne se donnent pas la peine d'expliquer pourquoi le nombre de décès dus au COVID-19 a dépassé celui des maladies cardiovasculaires et des cancers ni de reconnaître que dans chaque pays, l'incroyable excès de décès rapporté est dû au COVID-19.

Il a également été révélé par BuzzFeed News que la femme de l'auteur principal avait envoyé un courriel au serveur de messagerie privé d'un collège de la Silicon Valley pour recruter des sujets, en promettant qu'ils auraient l'esprit tranquille en ce qui concerne leur immunité s'ils participaient. En outre, le courriel prétendait à tort que la FDA avait approuvé le test d'anticorps et était formulé de manière à attirer des participants qui auraient pu être malades auparavant.

Il convient de mentionner que l'un des coauteurs de l'étude, John Ioannidis, un chercheur en santé publique de Stanford, a soutenu en mars dernier que le taux de mortalité du COVID-19 pourrait être beaucoup plus faible, rendant potentiellement l’état d’urgence «totalement irrationnel». Son avis a été publié dans STAT le 17 mars. Les principaux auteurs de l'étude de Santa Clara, également chercheurs à Stanford, Eran Bendavid et Jay Bhattacharya, ont fait des déclarations similaires dans le Wall Street Journal le 24 mars. Il est clair que ces enquêteurs avaient des opinions bien formées avant de mener leur enquête.

Les conclusions d'une étude similaire sur les anticorps dans la population de New York, où 3.000 échantillons ont été collectés dans 40 lieux répartis dans 19 comtés, ont été annoncées jeudi dernier par le gouverneur de New York Andrew Cuomo, qui a déclaré qu'environ une personne sur cinq dans la ville de New York et près de 14% de la population de son État pourraient avoir des anticorps contre le coronavirus.

Toutefois, étant donné la spécificité déclarée de leur test d'anticorps, le Dr Anisha Jha du Global Health Institute de Harvard a souligné sur Twitter que le taux réel d'infections à New York pourrait n'être que de sept pour cent, et que la moitié des personnes testées positives pourraient en fait être désignées comme «faux positifs» et ne portant pas vraiment d'anticorps protecteurs, et donc susceptibles de contracter la maladie et peut-être d'en mourir.

Ces études et d'autres, finalement trompeuses, ont incité le Dr Mike Ryan, responsable du programme d'urgence de l'OMS, à dire: «On s'attendait à ce que l'immunité collective ait été atteinte et que la majorité des personnes dans la société aient déjà développé des anticorps. Je pense que les preuves générales vont dans le sens contraire et indiquent une séroprévalence beaucoup plus faible» de COVID-19.

Soit dit en passant, des termes tels que sensibilité et spécificité d'un test peuvent être trompeurs pour le profane. La compréhension de ces catégories «statistiques» est rendue encore plus complexe par les distinctions et différences essentielles qui doivent être faites entre les tests de diagnostic et de dépistage. Il s'agit notamment de voir si un patient infecté connu a des anticorps contre le SARS-CoV-2. Mais lorsque le test est appliqué à une population saine, non infectée, où la prévalence de la maladie est faible, il est probable qu'il produise un résultat désastreux.

Selon Richard Hoffman, MD, MPH, directeur de la division de médecine interne générale à l'université de l'Iowa Carver College of Medicine, «Lorsqu'un test est appliqué à une population à faible risque, la valeur prédictive [du test] chute. ... C'est un problème particulier lorsque vous parlez de dépistage, où la prévalence de la maladie dans la population est généralement assez faible. Cela a d'importantes conséquences sur la santé publique car le nombre de tests faussement positifs peut se chiffrer en centaines de milliers, voire en millions».

Les dangers de renvoyer les gens au travail sans protection contre le coronavirus, sans immunité ou autre, ont été soulignés par l'augmentation du nombre de cas et de décès au cours du week-end. Le nombre total de cas dans le monde a dépassé les trois millions, car le rythme des nouveaux cas est resté stable pendant plus de trois semaines. Selon les chiffres officiels, plus de 200.000 personnes sont mortes depuis que la pandémie COVID-19 a éclaté sur la scène mondiale, un chiffre qui est encore largement sous-estimé.

La raison pour laquelle il existe des doutes sur une éventuelle immunité au coronavirus est que ce processus dans l'organisme est complexe et que la réponse de l'organisme à l'antigène n'est pas encore bien comprise. En général, le développement de l'immunité à un agent pathogène est un processus en plusieurs étapes qui prend deux à trois semaines. La réponse initiale est dite «non innée», c'est-à-dire que le système immunitaire de l'organisme dirige les globules blancs tels que les neutrophiles, les macrophages et les dendrites vers le site de l'infection afin de ralentir la progression du virus.

La réaction d'adaptation est beaucoup plus lente, nécessitant des jours ou des semaines pour être établie. Les composants du virus sont d'abord présentés aux globules blancs – lymphocytes T et B – qui développent ensuite une réponse très spécifique à cet agent pathogène. L'effort coordonné conduit à la production d'anticorps, qui sont des protéines spécialisées qui voyagent dans le sang et le système lymphatique. Lorsqu'ils rencontrent le virus, ils se lient à lui, empêchant ainsi le virus de provoquer la maladie.

Cependant, les rapports faisant état de réinfections précoces au Japon, ainsi que les inquiétudes concernant des dizaines de personnes en Corée du Sud qui ont été testées positives après une infection documentée par le COVID-19, laissent perplexes les autorités sanitaires et les scientifiques. Selon le porte-parole du ministre sud-coréen de la santé et du bien-être, Son Young-rae, ces résultats positifs sont survenus entre deux jours et deux semaines après la libération des patients de la quarantaine. Certains avaient développé une fièvre et des symptômes respiratoires. Ils ont été remis en isolement. Les données chinoises sur les patients sortis d'un hôpital de Wuhan corroborent ces développements inhabituels: 5 à 10% des patients qui avaient été déclarés «guéris» ont été à nouveau testés positifs pour le virus.

Bien que la plupart des études réalisées à ce jour aient montré que les patients qui se sont rétablis produisaient des anticorps contre le virus, une étude de l’Université de Shanghai a également rapporté que parmi 175 patients atteints de COVID-19, des bas taux d’anticorps ont été détectés chez un tiers d'entre eux, et que dans un petit sous-ensemble de patients, les anticorps neutralisants étaient indétectables par les tests de l'étude. Les données suggèrent également qu'il existe une interaction plus complexe entre le virus et la réponse immunitaire de la personne.

Aucune étude n'a été menée qui indique que la présence d'anticorps contre le SRAS-COV-2 a conféré une immunité contre une infection ultérieure. Il n'y a eu que des spéculations basées sur des expériences d'infections virales antérieures.

Sachant que tous les individus ne sont pas immunisés contre le nouveau coronavirus, la surveillance des personnes qui ont des anticorps contre le SRAS-COV-2 dans une population peut permettre de tirer des conclusions sur l'étendue de l'infection. Les tests d'anticorps, lorsqu'ils sont validés et utilisés de manière appropriée, peuvent contribuer à ces mesures de santé publique. Ces efforts devraient être coordonnés pour répondre à des questions essentielles telles que la détermination de l'étendue de l'infection dans la population générale, y compris l'incidence cumulative par âge, ainsi que l'évaluation de la fraction des infections asymptomatiques. À terme, cela permettra également de mieux définir le taux de létalité. Aucun effort national scientifiquement planifié de ce type n'a été mis en place aux États-Unis.

L'attaque coordonnée contre la science, qui démantèle les rigueurs et les principes du processus scientifique, n'est pas un phénomène nouveau mais a pris une tournure dangereusement absurde lorsque, au nom de la science, les élites dirigeantes tentent de soutenir l'hypothèse non confirmée selon laquelle il est sûr de reprendre le travail sur la base de tests de dépistage d'anticorps susceptibles de produire des taux élevés de «faux positifs». Ces efforts ont pour but de faire traverser le Rubicon, engageant la classe ouvrière à supporter les diktats des marchés, à rendre le coronavirus endémique dans la société, sans parler des pertes potentielles en vies humaines stupéfiantes que de telles mesures pourraient provoquer.

(Article paru en anglais le 28 avril 2020)