Les États-Unis amplifient leur guerre de propagande anti-Chine sur le coronavirus

Par Peter Symonds
7 mai 2020

Devant la colère générale du public face à sa négligence criminelle vis à vis de la pandémie de COVID-19, le gouvernement Trump réagit en étendant sa campagne d’allégations et de mensonges infondés pour rejeter la faute sur la Chine.

Comme l’a signalé CNN,Trump, le secrétaire d’État Mike Pompeo, le conseiller économique de la Maison Blanche Larry Kudlow, et d’autres hauts responsables se sont entretenus ces dernières semaines avec de nombreux alliés étrangers pour essayer de les embrigader dans cette campagne de dénonciation de la Chine qui aurait prétendument dissimulé les dangers du virus.

Trump aurait parlé avec des dizaines de dirigeants étrangers tentant désespérément d’obtenir leur soutien pour diffamer la Chine et les associer à ses préparatifs de représailles contre Pékin.

Les mesures en discussion à la Maison Blanche comprennent des tarifs douaniers supplémentaires sur les produits chinois, plus de répression contre les sociétés de télécommunications de la Chine et la levée de son immunité souveraine pour ouvrir la voie à des actions judiciaires punitives devant les tribunaux américains.

Dans le même temps, les États-Unis ont intensifié la guerre de propagande sur ses deux principaux fronts : premièrement que la Chine n’a pas été assez transparente au départ sur la gravité du coronavirus et deuxièmement le mensonge effronté que le COVID-19 serait né à l’Institut de virologie de Wuhan et non sur un marché humide de cette ville.

Un rapport préparé par le ministère américain de la Sécurité intérieure, dont des détails ont été divulgués aux médias américains cette semaine, affirme que le gouvernement chinois a intentionnellement caché le danger présenté par le virus tout en stockant des importations et en réduisant ses exportations de fournitures médicales.

«La Chine a probablement réduit ses exportations de fournitures médicales avant la notification de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) en janvier que le COVID-19 est une épidémie» déclare le rapport. Il affirme également que «la Chine a intentionnellement dissimulé ses activités commerciales en niant publiquement avoir jamais imposé une interdiction d’exporter des masques et autres fournitures médicales».

Le gouvernement Trump et son appareil d’État se raccrochent manifestement et désespérément à n’importe quoi. Comme le rapport lui-même le reconnaît, ses conclusions ne sont jugées qu’avec « une confiance modérée». Le document, qui n’a pas été divulgué au public, ne conclut pas que les actions du gouvernement chinois étaient malfaisantes, même si l’allégation était juste.

Il est de notoriété publique que les autorités chinoises ont agi rapidement en informant l’OMS et les organismes de santé internationaux, y compris aux États-Unis, d’un nouveau virus potentiellement infectieux et mortel dont elles cherchaient à identifier rapidement la nature.

La commission sanitaire municipale de Wuhan a signalé une accumulation de cas de pneumonie le 31 décembre 2019. La Chine a informé les centres américains de contrôle des maladies (CDC) le 3 janvier. Le 7 janvier, la Chine avait identifié le virus causant le COVID-19. Les autorités sanitaires chinoises ont mis à jour l’OMS et ont averti des dangers de la transmission interhumaine de la maladie.

Les allégations d’un prétendu manque de transparence de la Chine sont une tentative flagrante de détourner l’attention du gouvernement Trump qui a maintes fois nié le danger du virus et pendant des semaines n’a pas développé les tests ni pris les mesures nécessaires pour prévenir sa transmission. Il n’y eut aucune tentative de mettre en place les équipements de protection nécessaires ou d’augmenter la disponibilité des lits de soins intensifs et des ventilateurs indispensables, entraînant une hausse vertigineuse du nombre de décès aux États-Unis.

Ces derniers jours, Trump et Pompeo ont répété le grand mensonge que le virus provenait d’un laboratoire de Wuhan. Et ce, en dépit du grand nombre de preuves scientifiques montrant que le COVID-19 n’a pas été fabriqué ni conçu dans un laboratoire, ni capturé dans la nature et libéré accidentellement ou délibérément d’une installation scientifique.

Dimanche, Pompeo a effrontément déclaré qu’il existait «des preuves accablantes» que le COVID-19 venait de l’Institut de virologie de Wuhan. Il a en même temps lancé cet avertissement: «Le Président Trump est très clair, nous allons faire répondre ceux qui sont responsables de leurs actes et nous le ferons selon le calendrier qui est le nôtre ».

Le même jour, Trump a affirmé avoir vu des preuves que le virus provenait d’un laboratoire chinois et a déclaré que son administration était en train de rédiger un rapport «très concluant» sur l’épidémie. «Mon avis est qu’ils ont fait une erreur. Ils ont essayé de la cacher, ils ont essayé de l’éteindre. Comme un incendie», a-t-il déclaré.

Ni Trump ni Pompeo n’a fourni la moindre preuve pour soutenir cette théorie du complot qui a son origine dans les milieux d’extrême droite américains. Le rapport en train d’être concocté à la Maison Blanche préparera le terrain pour l’escalade rapide d’une confrontation avec la Chine. Il faut rappeler ici le tristement célèbre dossier américain présenté à l’ONU pour justifier l’invasion illégale de l’Irak sur la base de mensonges sur des ‘armes de destruction massive’.

De même, les appels en faveur d’une enquête internationale indépendante sur les origines du COVID-19, défendus par le gouvernement australien au nom du gouvernement Trump, rappellent les demandes incessantes des États-Unis en 2002 pour autoriser les inspecteurs du désarmement à entrer en Irak. Les appels de Washington à autoriser les responsables américains de la santé à entrer en Chine ne sont rien d’autre qu’un furetage destiné à conforter ses mensonges.

Même les services de renseignement américains ont estimé, dans une déclaration la semaine dernière, que le coronavirus n’était pas créé par l’homme ou génétiquement modifié. La déclaration indiquait que les services de renseignement américains essayaient encore de trouver des «preuves» qu’il ait pu être accidentellement libéré d’un laboratoire.

Le réseau Five-Eyes cependant, qui partage les renseignements de haut niveau et implique de proches alliés des États-Unis – Canada, Grande-Bretagne, Australie et Nouvelle-Zélande – est allé plus loin, déclarant qu’il était «hautement improbable» que le virus ait été accidentellement libéré d’un laboratoire et qu’il provenait probablement d’un marché chinois.

Un diplomate occidental resté anonyme ayant connaissance des renseignements de Five-Eyes a déclaré à CNN: «Nous pensons que c’est très peu probable que ce soit un accident. Il est très probable que c’est une infection naturelle et que l’infection humaine était due à une interaction naturelle entre l’homme et l’animal».

Certaines des déclarations les plus accablantes sont venues de scientifiques américains de haut niveau en virologie qui ont rejeté les affirmations du gouvernement Trump.

Dans une interview avec le National Geographic publiée lundi, le Dr Anthony Fauci a expliqué «Les meilleures preuves montrent que le virus à l’origine de la pandémie n’a pas été fabriqué dans un laboratoire en Chine. Tout ce qui concerne l’évolution progressive au fil du temps indique clairement que [ce virus] a évolué dans la nature et a ensuite sauté d’une espèce à l’autre».

Fauci, est directeur de l’Institut national américain des allergies et maladies infectieuses et membre éminent du Groupe de travail de Trump sur les coronavirus. Il a ajouté qu’il ne croyait pas à la théorie selon laquelle quelqu’un aurait découvert le coronavirus dans la nature, l’aurait apporté dans un laboratoire et l’aurait ensuite accidentellement libéré.

La coordinatrice du groupe de travail sur les coronavirus, la Dr Deborah Birx, a également rejeté les revendications de Trump et Pompeo. Elle a déclaré dimanche à CBS News qu’il manquait des preuves pour établir que le coronavirus provenait d’un accident survenu au laboratoire de Wuhan.

La Chine a riposté à la montée des attaques américaines sur sa réponse à la pandémie. Mardi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Geng Shuang, a accusé les «politiciens américains» de mentir ouvertement. «Ils n’ont qu’un seul objectif: essayer de se soustraire à la responsabilité de leur propre épidémie et mesures de prévention et de contrôle et détourner l’attention du public», a-t-il déclaré.

Il est certainement vrai que la guerre de propagande américaine contre la Chine vise à détourner et à dissimuler la propre responsabilité du gouvernement dans la mort de dizaines de milliers de personnes aux États-Unis. Mais en même temps, faire de Pékin le bouc émissaire fait partie de la confrontation qui a commencé sous le président Obama et s’est accélérée avec Trump pour saper la Chine, considérée par Washington comme la principale menace pour sa domination mondiale. La crainte dans les cercles stratégiques américains est que la Chine sorte renforcée de la pandémie par rapport aux États-Unis.

Selon Reuters, un rapport préparé le mois dernier par l’Institut chinois des relations internationales contemporaines (CICIR) a averti que Pékin faisait face à une vague de sentiment anti-chinois menée par les États-Unis au lendemain de la pandémie et a appelé à des préparatifs. Dans le pire des cas, l’Institut a envisagé la possibilité d’une confrontation armée entre les deux puissances mondiales. Le groupe de réflexion est affilié au ministère chinois de la Sécurité d’État et le rapport fut distribué aux principaux dirigeants chinois, dont le président Xi Jinping.

Loin d’encourager la coopération internationale pour enrayer la propagation du virus et sauver des vies, la crise profonde du capitalisme rendue visible par la pandémie est en train d’accélérer les tensions géopolitiques et la poussée vers la guerre d’un impérialisme américain qui cherche à réimposer ses intérêts stratégiques à ses rivaux.

(Article paru d’abord en anglais 6 mai 2020)