La guerre du gouvernement Trump contre la société

Face à l’expansion de la pandémie aux États-Unis, le gouvernement Trump met en œuvre une politique d’«ouverture de l’économie» irresponsable et socialement criminelle. Cette politique entraînera des centaines de milliers de décès qui pourraient être évités si des politiques appropriées étaient mises en place.

Lors d’une interview à ABC News diffusée mardi soir, Trump a affiché son indifférence face aux conséquences des politiques mises en œuvre par son gouvernement. A la question de savoir si une réouverture des entreprises maintenant entraînerait une propagation plus rapide du coronavirus, il a répondu: «Le fait est que presque tous les rapports scientifiques et médicaux montrent que chaque fois que vous avez une réouverture… cela conduira effectivement à une augmentation de la propagation… Le but n’a jamais été de ramener la transmission de COVID-19 à zéro.»

Lundi, l’ex-gouverneur du New Jersey, Chris Christie, à présent un proche conseiller de Trump, a carrément déclaré à CNN qu’il était nécessaire que le peuple américain «sacrifie» sa vie en retournant au travail. «Le peuple américain a déjà connu des morts importantes [dans la Première et la Deuxième Guerre mondiale]… et nous avons survécu. Nous avons sacrifié ces vies.» Le «sacrifice», a-t-il ajouté, était nécessaire pour «défendre le mode de vie américain».

Au milieu des inquiétudes sur la propagation du virus, un client quitte un magasin Gucci alors que d’autres attendent pour entrer au North Park Mall de Dallas, samedi 2 mai 2020. Dès son premier week-end de réouverture économique, le Texas a en plus autorisé les particuliers à retourner en nombre limité dans les centres commerciaux, restaurants, cinémas et magasins. (AP Photo/LM Otero)

Lorsqu’on lui a demandé s’il croyait que les Américains accepteraient jusqu’à 3.000 décès par jour d’ici la fin du mois dû au déconfinement, comme l’envisage un rapport interne fuité des Centres de contrôle des maladies (CDC), Christie a répondu «ils vont devoir le faire».

Alors même que le virus se propage, le gouvernement Trump abandonne toute prétention de donner la priorité à sauver des vies. Pour le souligner, la Maison Blanche a annoncé mardi qu’elle prévoyait de dissoudre son «Groupe de travail sur les coronavirus», le pays s’apprêtant à «s’ouvrir». Trump a déjà annulé les conférences de presse du Groupe de travail, et le gouvernement se prépare clairement à se débarrasser de son chef, le Dr Anthony Fauci.

L’ouverture de l’économie se fait dans des conditions où la propagation s’accélère. Mardi en milieu de journée, le nombre officiel des décès était de 2.350, en forte hausse par rapport aux 1.324 enregistrés la veille. Le nombre total des décès a maintenant dépassé les 70.000. Il y a moins d’une semaine, le gouvernement a déclaré qu’il prévoyait que le nombre de morts atteindrait 75.000 d’ici le mois d’août. En réalité, ce nombre sera atteint avant la fin de cette semaine.

La pandémie s’étend rapidement dans les zones rurales et dans tout le Midwest. On observe une augmentation du nombre de décès au Texas, une première indication des conséquences désastreuses d’un mouvement de retour prématuré au travail.

Le New York Times notait dans un article mardi: «Les villes rurales qui, il y a un mois, étaient indemnes du virus sont soudain des zones à risque. Il sévit dans les maisons de retraite, les usines de transformation de la viande, et les prisons. Il tue les personnes médicalement vulnérables et les pauvres. De nouveaux foyers continuent d’apparaître dans la distribution alimentaire, les grandes surfaces ou les usines, un signe avant-coureur de ce qu’apportera une réouverture complète de l’économie».

Le comté de Dakota, au Nebraska, un centre du conditionnement de la viande, a maintenant le troisième plus grand nombre de cas par habitant du pays ; jusqu’au 11 avril on n’y avait signalé aucun cas. Près de 600 travailleurs de l’industrie de la viande de cette zone ont testé positif pour le virus le mois dernier. Le nombre de cas est en forte augmentation dans l’Illinois, le Maryland, la Virginie, le Wisconsin, l’Iowa, le Kansas, le Nouveau-Mexique et de nombreux autres États.

En plus de ce qu’a dit Christie sur la nécessité du «sacrifice», Trump déclarait mardi après-midi que les Américains étaient des «guerriers», impliquant qu’ils devaient être prêt à donner leur vie pour la cause. Mais, quelle est cette «guerre» et quelle est cette «cause»?

La guerre que mène le gouvernement n’est pas une guerre contre la pandémie. Sa politique est celle de l’«immunité collective», c’est à dire laisser le coronavirus se déchaîner sans rien faire pour l’arrêter.

La guerre menée par Trump est une guerre contre la société. Les «sacrifices» sont ceux exigés par Wall Street. Quant à la «cause», c’est l’enrichissement de l’oligarchie financière et industrielle. «Le mode de vie américain» invoqué par Trump et Christie et qu’il faut défendre n’a rien à voir avec la vie et les intérêts de la grande majorité des Américains qui veulent se protéger, eux, leurs familles et leurs collègues. Selon Trump et Christie, il veut dire retourner au travail et mourir pour le profit.

Le gouvernement Trump articule une politique aux caractéristiques nettement fascistes mais c’est une politique dictée par des intérêts de classe. Après avoir d’abord minimisé la pandémie, la Maison Blanche et le Congrès ont utilisé l’atmosphère de crise pour effectuer le renflouement de Wall Street à raison de milliers de milliards de dollars. Même avec une crise économique et un chômage de masse jamais vu depuis la Grande Dépression, et malgré le nombre croissant de morts, le cours des actions continue de monter sans relâche.

La politique meurtrière du gouvernement et le nouveau boom de Wall Street sont les deux faces d’un même phénomène. Les intérêts de l’élite financière et industrielle sont totalement étrangers à la société et y sont opposés. L’enrichissement de l’élite dirigeante dépend des souffrances endurées par la masse du peuple.

Ayant énormément augmenté le niveau d’endettement des États-Unis, la classe dirigeante est obligée d’intensifier l’exploitation et l’appauvrissement de la classe ouvrière. C’est la force centrale derrière la folle exigence de retour au travail. Des millions de travailleurs n’ont pu obtenir aucune allocation de chômage, les petites entreprises ont été exclues de l’accès aux prêts du Programme de protection des paiements. L’objectif est de créer un impératif économique pour le retour au travail.

Le second avantage, étroitement lié au premier, est l’absence d’opposition significative dans l’establishment politique. La politique d’enrichissement massif de l’oligarchie est bipartite. La distribution d’argent à Wall Street, sanctionnée par la loi CARES, a été votée à l’unanimité au Sénat. Tous les Démocrates et les Républicains ont voté pour, y compris le sénateur du Vermont Bernie Sanders.

Quelle que soit la nervosité des médias quant aux implications sociales de la politique de Trump, la campagne de retour au travail est elle aussi bipartite. La campagne visant à garantir que «le remède ne soit pas pire que la maladie» a été lancée par le New York Times et son chroniqueur Thomas Friedman. Ce dernier continue à faire campagne pour une stratégie basée sur «l’immunité collective». Le gouvernement Trump met en œuvre une politique qui entraînera de nombreux morts et le Parti démocrate ne dit rien qui s’y oppose.

Il devient de plus en plus évident que la lutte contre la pandémie est indissociable de la lutte contre le système capitaliste. Le conflit entre les besoins de la société et le système de profit n’est pas juste une question théorique. Il se montre chaque jour dans la pratique.

Toutes les ressources sociales doivent être employées à assurer les besoins de la classe ouvrière et pas à renflouer Wall Street. La production non essentielle doit rester fermée et toutes les mesures prises pour préserver la vie et contenir le virus. Tous les travailleurs doivent recevoir la totalité de leurs revenus et de leurs prestations jusqu’à ce qu’ils puissent retourner à leur emploi dans des conditions sûres. Les traites sur la maison, les prêts étudiants et autres paiements aux banques doivent être annulés.

Le Parti de l’égalité socialiste (SEP) dénonce sans équivoque la campagne de «retour au travail» et de «retour à la normale».

La lutte contre la pandémie est indissociable de celle contre la classe dominante et sa dictature sur la vie économique et politique. Il s’agit par conséquent d’une lutte politique pour mobiliser la classe ouvrière contre un gouvernement illicite et le système capitaliste qu’il défend.

(Article paru d’abord en anglais 6 mai 2020)

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