Trump menace de couper tout lien avec la Chine

Par Peter Symonds
18 mai 2020

Lors de la dernière escalade de la confrontation entre les États-Unis et la Chine, le président Donald Trump a menacé de rompre toute relation avec Pékin selon le prétexte que la Chine n’aurait pas tenté d’empêcher que le virus COVID-19 devienne une pandémie mondiale. Ces fausses allégations ont maintenant été intégrées dans les mesures de guerre commerciale de Washington, qui sont antérieures à l’apparition du virus et visent à affaiblir la Chine économiquement et militairement.

S’exprimant sur Fox Business News, le président des États-Unis a déclaré que la Chine «n’aurait jamais dû laisser cette pandémie de COVID-19 se produire». Il a ajouté: «J’ai donc conclu un accord commercial important et maintenant je dis que je ne ressens pas la même chose. L’encre était à peine sèche et la pandémie est arrivée». Ayant auparavant salué sa relation personnelle avec le président chinois Xi Jinping, Trump a déclaré que «pour l’instant, je ne veux pas lui parler».

Interrogé sur les sanctions qu’il entendait imposer à la Chine, Trump s’est empressé de répondre: «nous pourrions faire beaucoup de choses… Nous pourrions mettre fin à toute la relation.» Il a ajouté: «Si on le fait, que se passerait-il? On économiserait 500 milliards de dollars.» C’était là une référence aux importations annuelles américaines en provenance de Chine, décrites par Trump comme «de l’argent perdu».

Le gouvernement Trump a rapidement intensifié ses attaques contre la Chine au sujet de la pandémie. Non seulement a-t-il accusé, à plusieurs reprises, Pékin de manquer de transparence, mais a également promu le grand mensonge selon lequel le virus provenait d’un laboratoire de virologie de Wuhan.

Face aux élections en novembre, Trump tente de faire de la Chine un bouc émissaire et de détourner l’attention de la négligence criminelle de son propre gouvernement qui fait que les États-Unis sont le pays qui compte le plus grand nombre de cas de COVID-19 et le plus grand nombre de décès au monde. Au niveau mondial, le nombre de cas a dépassé les 4,4 millions et le nombre de décès s’élève à plus de 302.000, dont 1,47 million de cas et 85.884 décès aux États-Unis .

Cependant, les dénonciations de Trump contre Pékin à propos de la pandémie font également partie d’un programme de guerre commerciale et de renforcement militaire contre la Chine. Ces derniers jours, les États-Unis ont imposé ou menacé d’imposer une série de nouvelles sanctions économiques contre la Chine et les entreprises chinoises:

• Les États-Unis ont annoncé vendredi de nouveaux contrôles à l’exportation qui visent à bloquer l’accès à la technologie des semi-conducteurs pour le géant chinois de la haute technologie Huawei. Même si la société chinoise n’avait déjà pas le droit de s’approvisionner en semi-conducteurs aux États-Unis, les nouvelles règles visent à empêcher l’approvisionnement de pays tiers, tels que Taïwan et la Corée du Sud. Les entreprises de ces pays qui utilisent la technologie américaine devront obtenir une licence américaine avant d’exporter vers la Chine.

Le ministre américain du Commerce, Wilbur Ross, a accusé Huawei de tenter de «saper» les contrôles à l’exportation antérieurs, affirmant qu’elle n’était pas «une entreprise citoyenne responsable» pour avoir agi ainsi, en d’autres termes, pour avoir tenté de trouver de nouvelles sources de semi-conducteurs essentiels en réponse aux mesures de guerre commerciale unilatérales des États-Unis.

Ross a déclaré que ces règles étaient nécessaires pour «empêcher les technologies américaines de permettre des activités malveillantes contraires aux intérêts de la sécurité nationale et de la politique étrangère des États-Unis». Les États-Unis affirment que les équipements Huawei facilitent l’espionnage chinois. En réalité, la principale préoccupation est que l’équipement chinois entrave les vastes opérations d’espionnage électronique menées par les agences de renseignement américaines telles que la NSA.

• La Chine a menacé de prendre des mesures de rétorsion contre les entreprises technologiques américaines. Le ministère chinois des Affaires étrangères a appelé les États-Unis à cesser immédiatement «leur répression déraisonnable contre Huawei», affirmant qu’elle n’allait pas seulement nuire aux entreprises chinoises, mais aussi aux entreprises américaines, et «causer des dommages à la chaîne industrielle, à la chaîne d’approvisionnement et à la chaîne de valeur mondiale». Selon le journal public, Global Times, Pékin a menacé de pénaliser les entreprises américaines en les plaçant sur une «liste d’entités peu fiables».

• Cette semaine, Trump a ordonné au conseil d’administration d’un fonds de retraite de 5,9 millions d’employés fédéraux de mettre un terme aux plans qui visent à permettre l’investissement dans les actions des entreprises chinoises. Le conseil, qui devait transférer des fonds dans des investissements basés sur un indice mondial qui incluait des actions chinoises, a retardé cette décision mercredi. La Maison-Blanche cherche également à remplacer trois des cinq directeurs du conseil d’administration.

• Jeudi, Trump a menacé d’imposer de nouvelles taxes aux entreprises américaines qui produisent des biens en dehors des États-Unis. Il a déclaré au Fox Business Network que la taxation était une «incitation» pour les entreprises à retourner fabriquer aux États-Unis. «Vous savez, si nous voulions mettre en place notre propre frontière, comme d’autres pays le font pour nous, Apple fabriquerait 100 pour cent de ses produits aux États-Unis», a-t-il déclaré. «C’est comme ça que ça fonctionnerait.»

Alors qu’elle intensifie sa guerre de propagande contre Pékin sur la pandémie de COVID-19, l’administration Trump discute d’une série de sanctions qu’elle pourrait imposer à la Chine. Celles-ci comprennent: interdire les exportations sensibles; rajouter des droits de douane sur les produits chinois; imposer des restrictions sur les entreprises chinoises cotées sur les marchés des actions américaines; et même annuler la dette américaine détenue par la Chine.

Le régime chinois n’a pas de réponse progressiste aux menaces et aux mesures punitives des États-Unis. Ses réponses oscillent entre faire des concessions à Washington dans l’espoir d’un accord et menacer les États-Unis de ses propres sanctions. En réponse à la dernière menace de Trump de couper les liens avec la Chine, le journal Global Times a qualifié le président américain de «fou», dénonçant «l’anxiété proverbiale dont souffrent les États-Unis depuis que la Chine a commencé son ascension mondiale».

L’intensification de la confrontation des États-Unis avec la Chine suscite l’inquiétude des milieux dirigeants au niveau international. Des avertissements à propos d’une nouvelle guerre froide et d’un effondrement du système commercial et financier international sont émis. Un long article paru cette semaine dans Foreign Policy a souligné que dans les années 1930, les tensions croissantes entre les États-Unis et le Japon ont rapidement conduit au déclenchement d’une guerre totale dans le Pacifique, au prix de millions de vies.

L’article note que l’ambassadeur américain à Tokyo, Joseph Grew, a averti Washington en 1935 de la nécessité de ne pas imposer de restrictions économiques au Japon. «Mais Washington était alors sous l’emprise de nationalistes économiques qui luttaient contre un ralentissement économique historique [et était sourd à ses appels]», observe l’article. «En quelques années, les États-Unis ont intensifié la pression économique sur le Japon, ce qui a abouti à un embargo commercial et pétrolier. Six ans après que Grew ait écrit sa dépêche, les deux pays étaient engagés dans une guerre totale».

Au milieu de la pire crise économique mondiale depuis les années 1930, l’impérialisme américain est engagé dans une tentative désespérée de maintenir son hégémonie mondiale par tous les moyens. Cela comprend la confrontation militaire, et Washington considère la Chine comme le principal obstacle à ses intérêts. Comme en 1941, l’intensification rapide des attaques diplomatiques et économiques des États-Unis contre la Chine tend vers un conflit militaire entre les puissances nucléaires, un conflit dont les conséquences pour l’humanité seraient incalculables.

(Article paru en anglais le 16 mai 2020)