Le nombre de mort augmente, la Maison Blanche accentue ses efforts pour faire de la Chine le bouc émissaire de la pandémie

Par Peter Symonds
19 mai 2020

Lors d’une série de talk-shows télévisés américains, Peter Navarro, principal conseiller commercial de Trump et un faucon dans la campagne anti-chine, a intensifié l’attaque de la Maison Blanche contre Pékin. Il a suggéré que celui-ci avait délibérément lancé la pandémie de coronavirus.

Faire de la Chine le bouc émissaire de l’épidémie ne sert pas seulement à détourner l’attention de la responsabilité pénale du gouvernement Trump pour le terrible bilan des morts aux États-Unis. Cela joue un rôle direct dans les mesures de guerre commerciale contre la Chine, que Navarro préconise agressivement.

Lors de l’émission «Cette semaine» sur ABC News, Navarro a fait référence à plusieurs reprises au COVID-19 en termes xénophobes, parlant du «virus de la Chine» – un terme manifestement non scientifique destiné à blâmer Pékin pour la pandémie. Tout en déclarant qu’il n’avait pas dit que la Chine avait délibérément lâché le virus sur le monde, il a immédiatement montré que c’était exactement ce qu’il insinuait.

Le président Donald Trump s’exprime dans la roseraie de la Maison Blanche, le vendredi 15 mai 2020, à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

Prétendant présenter «les faits», Navarro a déclaré: «La province de Wuhan a donné naissance au virus. Ils ont eu le patient zéro en novembre. Les Chinois, derrière le bouclier de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ont caché le virus au monde entier pendant deux mois. Et puis, ils ont envoyé des centaines de milliers de Chinois dans des avions à Milan, à New York et dans le monde entier pour le semer».

Le présentateur d’ABC, George Stephanopoulos, n’a contesté aucun de ces prétendus «faits», montrant que c’est l’ensemble des médias et de l’establishment politique américains qui participe à la campagne anti-Chine. En réalité, la Chine était aux prises avec l’émergence soudaine d’une maladie jusque-là inconnue: il fallait en identifier les causes, sans parler de développer des moyens de la tester et de la traiter.

Tout examen objectif des faits montre que les autorités chinoises ont fourni à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et à d’autres pays les informations au fur et à mesure qu’elles furent disponibles. Notamment aux Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) aux États-Unis.

• Le premier cas identifié a été diagnostiqué à Wuhan le 17 novembre 2019, suivi d’un second le 1er décembre 2019.

• Le 21 décembre 2019, le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies a publié un rapport sur un groupe de patients atteints d’une «pneumonie de cause inconnue».

• Le 3 janvier, des scientifiques chinois ont déterminé que l’origine de la maladie était un coronavirus nouveau, ce que l’OMS a confirmé le 9 janvier.

• Moins d’une semaine plus tard, le 13 janvier, des virologues chinois ont publié la séquence du génome du virus.

• Le 21 janvier furent signalés un total de 291 cas dans de grandes villes chinoises, les premiers décès en Chine étaient survenus et des cas étaient signalés en dehors de la Chine.

• Le 24 janvier, les dirigeants chinois plaçaient non seulement Wuhan mais toute la province de Hubei sous confinement.

Conclure sur cette base que le régime chinois «a envoyé des centaines de milliers de Chinois dans des avions à Milan, à New York et dans le monde entier pour y semer ce [virus]» est un autre grand mensonge promu par le gouvernement Trump dans sa guerre de propagande contre la Chine. Les termes mêmes utilisés sont choisis pour laisser entendre que Pékin a délibérément «semé» une pandémie mondiale catastrophique.

Quelles que soient les failles de la réponse chinoise, elles sont insignifiantes comparé à la façon dont le gouvernement Trump a sous-estimé les dangers, à son impréparation et son inaction pendant des semaines, contre l’avis de plus en plus de scientifiques, et à sa promotion de remèdes de charlatan contre le virus.

Mais Navarro a simplement ignoré ces faits, répétant la formule de Trump qu’«ils auraient pu le garder à Wuhan… C’est pourquoi je dis que les Chinois ont fait cela aux Américains et qu’ils en sont responsables». En réalité, c’est Trump, et la dégradation prolongée du système de santé américain, qui est responsable de l’épouvantable bilan américain. Celui-ci dépasse les 90.000 morts alors que la Maison Blanche fait pression pour un retour au travail dans des conditions dangereuses.

Navarro a clairement indiqué que cogner sur la Chine ferait partie de la candidature de Trump à sa réélection. Il a présenté son principal opposant Démocrate, Joe Biden, comme un «ami de la Chine» de longue date et a fait référence au «milliard de dollars que son fils a reçu des Chinois» – une affirmation qu’il a été contraint de retirer. Pour sa part, Joe Biden et les Démocrates attaquent Trump sur une base tout aussi xénophobe, disant qu’il n’est pas assez dur avec la Chine.

Navarro s’en est également pris à la Chine pour avoir violé l’accord commercial signé avec les États-Unis le 15 janvier dernier, prétendant que les Chinois avaient piraté la recherche sur les vaccins aux États-Unis. Le FBI et le Département de la sécurité intérieure, qui l’avaient affirmé, n’ont fourni aucune preuve d’espionnage électronique chinois. Cela n’a pas empêché Navarro de déclarer que la Chine «volait» la recherche sur les vaccins «pour profiter et tenir le monde en otage».

Navarro a directement lié son traitement de Pékin comme bouc émissaire de la pandémie COVID-19 à la guerre commerciale contre la Chine et à son propre programme protectionniste. Il a déclaré de manière absurde: «Je suis heureux d’annoncer que ce président, Donald J. Trump, a bâti, en trois ans et demi, la plus belle économie de l’histoire moderne. Et les Chinois ont réussi à la faire tomber en une trentaine de jours».

En fait, la pandémie du COVID-19 a révélé la pourriture interne et le déclin historique du capitalisme américain qui n’a fait que s’accélérer sous le gouvernement Trump. Trump incarne tout simplement la montée de l’oligarchie financière parasitaire au prix de l’éviscération de l’économie réelle et surtout aux dépens de la classe ouvrière.

Les mesures de guerre commerciale défendues par Navarro sont une tentative désespérée de maintenir l’hégémonie mondiale de l’impérialisme américain en minant ses rivaux, surtout la Chine, par tous les moyens, y compris la guerre économique et militaire. La semaine dernière, Trump a même menacé de couper tous les liens économiques avec la Chine, prétendant que cela permettrait d’économiser les 500 milliards de dollars d’importations.

En réponse à la pandémie COVID-19, l’administration Trump prépare des mesures punitives contre la Chine, dont certaines ont déjà été promulguées. Cela comprend le blocage des investissements des fonds de pension du gouvernement américain dans les actions chinoises et de nouvelles mesures sévères destinées à empêcher le géant chinois de l’électronique, Huawei, d’accéder aux semi-conducteurs.

Ces mesures s’accompagnent de la poursuite du renforcement de l’armée américaine dans la zone indo-pacifique en prévision d’un conflit avec la Chine et les provocations navales de la marine américaine dans la mer de Chine méridionale, adjacente au continent chinois. Comme dans les années 1930, la crise actuelle massive du capitalisme mondial conduit à la guerre commerciale et à la guerre. Navarro, auteur du livre «Les guerres à venir contre la Chine», est tout à fait conscient des potentielles conséquences catastrophiques de ses actes.

(Article paru d’abord en anglais le 18 mai 2020)