L’indice Dow Jones atteint 25 000 points alors que la pandémie fait 100 000 victimes

Par David North
28 mai 2020

Le parquet de la Bourse de New York a été rouvert mardi matin pour la première fois depuis le 23 mars. Parmi les personnes présentes pour célébrer l’ouverture se trouvait le gouverneur de New York, Andrew Cuomo. qui avait abandonné l’air sombre de ses mises à jour quotidiennes sur le coronavirus et se réjouissait en se donnant des coups de coude avec les investisseurs de Wall Street. Pendant les six heures et demie qui ont suivi, la communauté financière a continué sa célébration du marché haussier de la pandémie.

Lorsque le parquet avait été fermé en mars, l’indice Dow Jones des valeurs industrielles était tombé à 18.000. Depuis, il a augmenté d’environ 40 pour cent. Grâce aux billions de dollars de renflouement fournis par la loi CARES, l’indice Dow Jones des valeurs industrielles a encore augmenté de 530 points, une hausse de 2,2 pour cent par rapport à sa clôture de vendredi dernier.

Dans les 15 minutes qui ont suivi la sonnerie d’ouverture, le président Trump tweetait, enthousiaste: «La bourse a connu une GRANDE hausse, le Dow Jones a franchi la barre des 25.000 points. L’indice “S&P 500” a dépassé 3.000 points. Les États-Unis devraient ouvrir dès que possible. La Transition vers la Grandeur a commencé, plus tôt que prévu. Il y aura des hauts et des bas, mais l’année prochaine sera l’une des meilleures jamais vues!»

Le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, fait retentir la sonnerie pour marquer la réouverture de la bourse de New York, mardi 26 mai 2020. (Bourse de New York via AP Images)

Dans le monde où vit l’écrasante majorité de la population, la fin du week-end du Memorial Day [jour férié commémorant les soldats tués au combat] et le début semi-officiel de l’été marquent le commencement de la transition vers une nouvelle saison de mort, d’extrême insécurité, d’incertitude et de véritable danger. Pour le nombre de décès, il n’y aura que des «hauts». À la fin de l’été 2020, le nombre de victimes du Covid-19 dépassera les 200.000.

Trump est un menteur virulent et un criminel politique. Il est trop stupide pour être un Hitler à part entière et n’a pas la base de masse d’un véritable mouvement fasciste. Son programme n’a rien de véritablement populaire. La véritable clientèle de Trump est l’élite financière et industrielle socialement parasitaire. Il exprime, sans gêne ni retenue, ses sentiments les plus profonds: un Dow à 25.000 est bien plus important que 100.000 décès dus au coronavirus.

Parmi les principaux facteurs qui alimentent l’euphorie de Wall Street, il y a d’abord la conviction que tous les efforts systématiques et coordonnés au niveau national pour contenir la propagation de la pandémie aux dépens des intérêts de Wall Street ont pris fin. Le Dr Anthony Fauci, c’est l’homme du passé. Les tentatives de la communauté scientifique et sanitaire d’éduquer le public et de mettre en œuvre un programme national de tests, recherche des contacts et distanciation sociale ont été sapés par la campagne persistante et insidieuse du gouvernement Trump et d’importantes sections des médias pour discréditer les Centres de contrôle des maladies (CDC), l’Organisation mondiale de la Santé et la communauté scientifique en général.

Le Dr Mike Ryan, directeur exécutif de l’Organisation mondiale de la santé, qui a tenté de contrecarrer l’illusion que le pire de la pandémie était passé a déclaré lundi: «Pour l’instant, nous ne sommes pas dans la deuxième vague. Nous sommes en plein milieu de la première vague à l’échelle mondiale».

Les sondages d’opinion montrent qu’une majorité substantielle de la population n’est pas d’accord avec la précipitation à «rouvrir l’économie». Ce serait une erreur de conclure, à partir des scènes de rassemblements de masse du week-end du Memorial Day, à l’existence d’un large soutien populaire à la politique d’«immunité collective» – c’est à dire permettre la propagation sans restriction du virus dans toute la population. Nombre de ces rassemblements ont été motivés par un désir compréhensible – même s’il était malavisé – de bénéficier d’un certain soulagement après une longue période d’isolement social sans précédent.

Mais certaines tendances profondément ancrées dans l’histoire et la culture des États-Unis sont également à l’œuvre. Il existe une longue tradition de méfiance et d’hostilité envers l’autorité de l’État, qui remonte au slogan populaire de l’ère révolutionnaire initiale des États-Unis, «ne me marche pas dessus». Un fort élément d’individualisme existe aussi, qui se braque devant les efforts visant à dicter le comportement personnel.

Cependant, ces caractéristiques sociales et culturelles, en l’absence d’une conscience de classe bien développée et d’une orientation politique socialiste, ont souvent été exploitées et manipulées – particulièrement sous forme d’anticommunisme – par l’élite au pouvoir, à des fins réactionnaires.

Le Becker Friedman Institute de l’Université de Chicago a publié un certain nombre d’études de valeur documentant les efforts des médias pour manipuler l’opinion publique et saper les efforts d’endiguement de la propagation du virus. Un document intitulé «La désinformation pendant une pandémie», rédigé par les professeurs Leonardo Burszteyn (Université de Chicago), Aakaash Rao (Université de Harvard), Christopher Roth (Université de Warwick) et David Yanagizawa-Drott (Université de Zurich), déclare:

« Les efforts pour contenir une pandémie dépendent de façon décisive de ce que les citoyens ont des convictions précises. Mais, la propagation du nouveau coronavirus (COVID-19) en 2020 s’est accompagnée de la diffusion de nouvelles minimisant l’ampleur de la menace et dépréciant l’importance des mesures destinées à contenir l’épidémie. En particulier, Fox News, le réseau câblé le plus regardé, a été largement critiqué pour avoir diffusé de fausses informations sur la pandémie ».

Le rapport souligne les déclarations du commentateur de Fox, Sean Hannity, et établit un lien empirique entre son audience et l’hostilité aux politiques de confinement. Il montre également que la propagande de Hannity et celle de même type de l’extrême droite, trouve un écho auprès des catégories de la population qui ont été durement touchées par les pertes d’emplois et de revenus.

Aussi intéressantes que soient les conclusions empiriques des recherches du Becker Friedman institute, elles ne donnent que peu d’indications sur l’environnement social, politique, culturel et intellectuel plus profond qui facilite la diffusion de la propagande réactionnaire et anti-scientifique. Il élude l’examen des intérêts socio-économiques et de classe que Fox News sert. Si le rôle de Fox et de Hannity est correctement documenté, le rapport ignore le rôle pernicieux joué par les représentants plus respectables des médias de l’establishment dans la promotion de la campagne irresponsable de retour au travail.

En fait, le Washington Post et le New York Times ont tous deux apporté une légitimité politique aux efforts visant à affaiblir les mesures de lutte contre la pandémie. Dès le mois de mars, le chroniqueur le plus influent du Times, Thomas Friedman, commençait à vanter la politique suédoise d’«immunité collective» comme exemple à imiter. La même ligne fut avancée par le Post dans des éditoriaux et des articles d’opinion. De petites manifestations organisées à Lansing, dans le Michigan, et dans d’autres villes pour s’opposer à la distanciation sociale et à la suspension des activités commerciales ont été fortement médiatisées. Mais ces manifestations n’ont pas acquis les dimensions d’un mouvement de masse.

Dans la mesure où la classe ouvrière manque d’un programme et d’une perspective – qui ne peuvent être développés que sur une base explicitement anticapitaliste, socialiste et internationaliste – la campagne de «Retour au travail» fait appel à la frustration croissante. Mais cette frustration peut être dispersée.

La tâche du mouvement socialiste révolutionnaire est d’avancer un programme et une perspective au sein de la classe ouvrière qui montre la voie à suivre.

Le déclenchement de la pandémie a mis à nu le gouffre infranchissable qui existe entre l’oligarchie capitaliste au pouvoir et la classe ouvrière. Pour l’élite dirigeante, la réponse à la pandémie ne doit pas contrecarrer ses intérêts économiques. Elle exige un retour au travail, quel que soit le coût en vies humaines, afin que le processus d’exploitation et de l’extraction du profit à partir de la force de travail de la classe ouvrière puissent commencer.

Le point de vue de la classe ouvrière accorde une priorité absolue et incontestable à la défense de la vie humaine. Dans la classe ouvrière, l’opposition s’accroît à l’ouverture d’usines et de lieux de travail où la propagation du virus met les vies en danger. La réalité des usines de conditionnement de la viande et des usines automobiles infectées suscite des demandes d’action collective pour fermer les lieux de travail dangereux.

Le Parti de l’égalité socialiste soutient ces efforts et fera tout ce qui est en son pouvoir pour aider les travailleurs à développer la lutte contre la subordination des vies aux profits. Nous renouvelons notre appel en faveur de la création de comités de sécurité de base, qui sont nécessaires pour retirer la défense de la vie des travailleurs des mains des directions patronales.

La lutte contre la pandémie est, en dernière analyse, une lutte politique contre le système capitaliste. Elle exige la renaissance dans la classe ouvrière, aux États-Unis et dans le monde, d’une conscience socialiste et d’une culture politique puissantes, comme fondement d’un mouvement révolutionnaire visant à abolir le système de profit.

(Article paru d’abord en anglais 27 mai 2020)