Dans un témoignage au Congrès

Le procureur général Barr défend agressivement les attaques violentes contre les manifestants de Portland

Par Barry Grey
30 juillet 2020

Mardi, le procureur général William Barr, entendu par la commission judiciaire de la Chambre des représentants, a défendu agressivement le déploiement de la police paramilitaire fédérale par le gouvernement Trump pour attaquer les manifestants de Portland, Oregon.

Défiant la commission contrôlée par les Démocrates, Barr a concentré ses premières remarques sur la répression en cours à Portland aux mains d’unités tactiques des Douanes et protection des frontières (CBP) et d’autres forces spéciales de police fédérale. Il a présenté cela comme faisant partie d’une réponse extensible à la «violence collective» et aux «émeutes» d’anarchistes et d’extrémistes de gauche.

Barr a balayé du revers de la main les violations flagrantes des droits de la liberté d’expression et de réunion garantis par le Premier amendement, et les protections du Quatrième amendement contre les perquisitions et saisies arbitraires. Il a explicitement défendu l’utilisation de gaz lacrymogènes et de gaz poivré contre des manifestants non armés et l’enlèvement par des policiers en tenue de camouflage de manifestants emmenés ensuite dans des véhicules banalisés vers des lieux secrets pour interrogatoire.

Le procureur général William Barr devant la Commission judiciaire de la Chambre lors d’une audition sur la surveillance du ministère de la Justice, au Capitole, mardi 28 juillet 2020, à Washington. (Chip Somodevilla/Pool via AP)

Barr a laissé entendre que Portland n’était que le début de la réponse du gouvernement Trump aux manifestations nationales en cours contre les violences policières, déclenchées par le meurtre policier de George Floyd à Minneapolis en mai. S’exprimant au cours de l’audience sur la «violence qui balaie le pays», Barr a déclaré: «Nous sommes inquiets du fait que ce problème gagne tout le pays… Il n’y a aucun doute pour moi qu’il va s’étendre».

Le gouvernement Trump a déjà mis en place une police tactique fédérale à Seattle et commencé à déployer 150 policiers fédéraux supplémentaires à Portland. En outre, il envoie des agents du FBI, du BATF(Bureau de l’alcool, du tabac, des armes à feu et des explosifs), de l’Agence de lutte contre la drogue (DEA), du Service des marshals des États-Unis (USMS) et d’autres agences fédérales, dans des villes de tout le pays dont Chicago, Detroit, Philadelphie et Albuquerque (Nouveau-Mexique).

Dans son première déclaration, Barr a attribué la hausse du taux de criminalité dans un certain nombre de villes à la réaction populaire suscitée par le meurtre de George Floyd. Il a cité des appels à «arrêter les fonds pour la police» et à «diaboliser la police», puis il a déclaré: «Lorsqu’une communauté s’excite et met au pilori sa propre police, les agents deviennent naturellement plus réticents à prendre des risques et les taux de criminalité s’envolent».

Concernant la répression à Portland, il a déclaré: «Chaque nuit depuis deux mois, une foule de centaines d’émeutiers assiège le palais de justice fédéral et d’autres propriétés fédérales voisines… Ce qui se passe la nuit autour du palais de justice ne peut pas raisonnablement être qualifié de protestation; c’est objectivement une attaque contre le gouvernement des États-Unis».

C’est là un mensonge. Les manifestations en cours à Portland et dans d’autres villes restent majoritairement pacifiques. Ce fut le déploiement, malgré l’opposition des responsables de l’État et des villes, d’une unité tactique spéciale de la police fédérale anti-immigration, du CBP, appelée BORTAC, qui a conduit à une recrudescence du vandalisme dont une bonne partie est, sans aucun doute, le fait de provocateurs de la police. La BORTAC a été déployée dans les zones de guerre américaines du Moyen-Orient et d’Asie centrale et est connue pour sa mentalité fasciste et la brutalité de ses agents.

Au cours de l’audition, Barr a également défendu la dispersion violente par des centaines de troupes de la Garde nationale et de la police fédérale de manifestants qui défilaient pacifiquement en face de la Maison-Blanche, le 1er juin. Alors que les manifestants étaient attaqués sur la place Lafayette, Trump prononçait un discours dans la roseraie de la Maison-Blanche où il s’est déclaré «président du respect de l’ordre». Ensuite, il a déclaré qu’il invoquerait la loi de 1807 sur l’insurrection et déploierait des troupes en service actif contre les manifestants dans tout le pays, les qualifiant de «terroristes nationaux».

Comme l’a déclaré le «World Socialist Web Site» à l’époque, c’était là une tentative de coup d’État contre la Constitution américaine, visant à établir une dictature présidentielle basée sur l’armée, la police et les milices fascistes fidèles à Trump. Elle s’est trouvée bloquée à l’époque par une opposition interne à l’armée. Les hauts gradés de l’armée jugeaient une telle manœuvre prématurée, insuffisamment préparée et susceptible de déclencher une éruption de protestation sociale incontrôlable.

Comme le WSWS en a averti à plusieurs reprises, ce complot n’a pas pris fin. Les événements de Portland démontrent que la Maison-Blanche reste le centre de commande d’un complot qui vise à détruire les droits démocratiques et à établir un régime autoritaire, impulsé par la crise sans précédent du capitalisme américain et la crise aiguë du gouvernement Trump.

Cela s’est manifesté de différentes manières dans la réaction des Républicains et des Démocrates de la Commission judiciaire au témoignage de Barr.

Les Républicains ont décrit les protestations comme des actions de foule criminelles et les manifestants comme des terroristes, des anarchistes et des émeutiers. Un refrain commun était le rôle supposé d’Antifa dans l’organisation des manifestations tenues dans des centaines de villes aux États-Unis et autour du monde.

Le député du Texas Louie Gohmert a invoqué le Parti communiste chinois, la révolution bolchevique et la «tactique des marxistes pour tuer la police» et a demandé: «Devrions-nous mettre un terme à ces manifestations pendant la pandémie?»

Les Démocrates ont répondu avec leur lâcheté et impuissance habituelles. Aucun d’entre eux n’a caractérisé les actions de Trump comme les actions visant à l’établissement d’une dictature qu’elles sont. Aucun n’a appelé à imposer le départ de Trump ou à des manifestations populaires exigeant l’arrêt les attaques d’État policier.

Les Démocrates du panel ont peu abordé les événements de Portland et la répression du 1er juin à Washington. Dans la mesure où ils l’ont fait, ils les ont présentés comme de simples stratagèmes politiques pour faire avancer les chances de Trump aux élections de novembre. Le président de la commission judiciaire, Jerrold Nadler, Démocrate de New York, a abordé ce thème dans ses remarques d’introduction.

Il a attaqué Barr pour avoir réprimé «par la force et de façon inconstitutionnelle» la dissidence, «tout cela dans une tentative apparente d’aider à la réélection du président».

La plupart des Démocrates ont évité ces questions, se concentrant plutôt sur les attaques de Barr sur l’enquête Mueller anti-Russie et ses interventions dans les affaires criminelles des copains de Trump Roger Stone et Michael Flynn. Quelques-uns ont dénoncé Barr pour avoir repris les attaques de Trump sur les bulletins de vote par correspondance.

Hakeem Jeffries de New York a cité les tweets et les déclarations répétées de Trump qui menacent de rejeter les résultats de l’élection s’ils lui étaient défavorables. Il a demandé à Barr ce qu’il ferait si Trump refusait de quitter son poste. Barr a écarté la question en affirmant de façon absurde qu’il «n’était pas au courant de ces déclarations».

Aucun des membres du «Caucus noir du Congrès» (Congressional Black Caucus) de la commission n’a fait référence à Portland ou aux événements du 1er juin à Washington. Au lieu de cela, ils se sont concentrés sur la question générale des meurtres et de la violence policière, en la présentant comme une question entièrement raciale. La députée Karen Bass, présidente du Caucus noir, a simplement demandé à Barr de se pencher sur l’utilisation par la police du sédatif kétamine pour réprimer les suspects.

L’interrogatoire le plus pointu est venu de Ted Lieu, de Californie. Il a cité la Constitution américaine et une décision de la Cour suprême datant de quarante ans et établissant qu’il est illégal pour la police d’arrêter et d’interroger quelqu’un sans raison valable. Il a cité des articles de presse décrivant précisément de tels enlèvements illégaux à Portland.

«C’est ce que font les États policiers. C’est ce que font les gouvernements autoritaires», a-t-il déclaré.

Barr n’a pas tenté de nier que des manifestants étaient arbitrairement arrêtés à Portland mais tout ce dont Lieu a été capable fut de demander à Barr «d’ordonner à ses fonctionnaires fédéraux de se conformer à la Constitution».

Les Démocrates comme les Républicains sont pétrifiés par la perspective d’une recrudescence de la lutte des classes alimentée par la pandémie. Cette dernière est aussi en train de mettre à nu l’incompétence et l’inhumanité du capitalisme et de l’ensemble du système politique. Alors que Trump et les Républicains attaquent ouvertement la Constitution et s’orientent vers la dictature, les Démocrates s’alignent eux, de plus en plus sur des sections de l’armée et de l’appareil de renseignement, tout en promouvant la politique raciale pour essayer de diviser la classe ouvrière.

L’audition de mardi souligne la justesse et l’urgence de la perspective révolutionnaire défendue par le Parti de l’égalité socialiste et le WSWS. Comme nous l’avons déclaré dans notre déclaration du 27 juillet: «Arrêtez le coup d’État de Trump! Mobilisez la classe ouvrière contre l’autoritarisme et la dictature!»:

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Mais les travailleurs et les jeunes doivent surtout comprendre que la défense des droits démocratiques est, par essence, une lutte contre le système capitaliste et son État. Les méthodes qui doivent être employées dans cette lutte sont celles de la lutte des classes. Il faut contrer les conspirations du gouvernement Trump et des élites dirigeantes par le développement d’une stratégie visant à transférer le pouvoir politique à la classe ouvrière et à établir le socialisme.

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(Article paru d’abord en anglais 29 juillet 2020)

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