La classe ouvrière doit exiger la fin du procès-spectacle de Julian Assange

Par Thomas Scripps
9 septembre 2020

Le premier jour de la reprise, de l’audience d’extradition de Julian Assange s’est tenue dans la «Old Bailey» (le tribunal le plus connu) de Londres en Royaume-Uni. C’est un pays qui se targue d’être l’une des plus anciennes démocraties du monde. L’audience a sombré au niveau d’une dictature de pacotille.

Assange, le fondateur de WikiLeaks, a exposé les crimes de guerre, la torture, la surveillance de l’État et les conspirations diplomatiques des États-Unis et d’autres puissances impérialistes. Mais on l’a livré au tribunal depuis sa cellule d’une prison de haute sécurité dans un fourgon banalisé. Il a été emprisonné dans des conditions pires que celles des personnes accusées de meurtre. Dans les cellules de l’Old Bailey, il a pu voir ses avocats en personne pour la première fois depuis six mois et a pu jeter un premier coup d’œil aux dernières conclusions écrites de son propre dossier.

À l’extérieur, son collègue, Kristinn Hrafnsson, rédacteur en chef de WikiLeaks, s’est vu refuser l’accès au tribunal, tout comme le journaliste d’investigation chevronné John Pilger. Plus tôt dans la matinée, 40 observateurs du procès, dont des représentants d’Amnesty International et de Reporters sans frontières, ainsi que des parlementaires européens, ont vu leur accès à distance à l’audience retiré par la juge de district Vanessa Baraitser. En guise de justification, elle a fait référence, en termes orwelliens, à la nécessité de protéger «l’intégrité du tribunal».

Un porte-parole d’Amnesty International a déclaré: «Nous surveillons les procès partout dans le monde, semaine après semaine, et sommes en effet reconnus dans le monde entier comme un observateur accrédité des procès équitables. Nous nous sommes vu refuser l’accès physique au tribunal pour la première fois lorsque nous avons déposé notre demande en août dernier. Nous avons ensuite obtenu six places d’observateurs en ligne à distance, qui ont été réduites à une seule il y a quelques jours à peine. Et maintenant, nous avons appris ce matin que même cette seule place nous a été refusée.»

Amnesty n’a publié une déclaration d’opposition au traitement d’Assange que le 21 février de cette année, ayant subi une pression populaire importante. Mais le Royaume-Uni mène maintenant un procès spectacle tellement évident que même son accès en ligne aux procédures dans la Old Bailey ne peut être toléré.

Des manifestants tiennent des pancartes devant le tribunal pénal central Old Bailey à Londres, le lundi 7 septembre 2020 (AP Photo/Frank Augstein)

Tout au long de l’affaire Assange, le système judiciaire britannique a rempli deux fonctions. D’une part, il a approuvé tous les abus commis par le gouvernement américain à l’encontre des droits légaux et fondamentaux d’Assange. De l’autre part, il a empêché que le public n’ait accès à autant de preuves que possible de ces abus.

Le juge de district Baraitser a rempli ces deux tâches avec dévouement au cours de la procédure d’hier. Sa première décision a été de réduire les délais suggérés par la défense pour interroger ses propres témoins — «une approche respectueuse du temps dans les procédures d’extradition», selon les termes de l’avocat de la défense Edward Fitzgerald QC — à seulement une demi-heure par témoin, ce qui signifie qu’on ne reportera pas la majorité du contenu de leurs déclarations écrites.

La deuxième décision de Baraitser a rejeté la demande de la défense de retirer de la procédure les nouvelles allégations contre Assange, introduites par le gouvernement américain à la onzième heure dans une nouvelle demande d’extradition «de remplacement».

On a émis la nouvelle demande le 12 août, quelques semaines avant la reprise de l’audience en cours. S'appuyant sur des sources d'informations très compromises, elle a considérablement élargi le champ des activités que le gouvernement américain cherche à criminaliser. Aussi, elle a déplacé l’axe de l’affaire du travail journalistique et éditorial d’Assange avec la courageuse dénonciatrice Chelsea Manning. Elle a essayé d’identifier cette dernière comme un hacker qui aurait mis en danger la sécurité nationale américaine.

L’équipe juridique d’Assange a d’abord accepté la parole du gouvernement américain selon laquelle les allégations supplémentaires ne constitueraient pas «un comportement pour lequel il est accusé en soi», mais simplement «un récit de fond». Souhaitant mettre fin à la détention préjudiciable de leur client dès que possible, ils ont accepté de donner suite à cette nouvelle demande lors de l’audience prévue en septembre.

Dès qu’ils ont informé le tribunal de cette décision, le gouvernement américain a publié une note d’ouverture révisée à la nouvelle demande d’extradition, indiquant «Contrairement à ce qu’affirme la défense… les détails de l’addendum au deuxième acte d’accusation ne sont pas simplement narratifs… Ces détails constituent la conduite à laquelle ce tribunal a droit de, et doit en effet maintenant, déterminer qu’un délit d’extradition est établi…»

Fitzgerald a noté: «On dit maintenant que même si le tribunal rejette les accusations portées contre lui, [Assange peut se faire extrader] sur la seule base des nouveaux éléments». Mark Summers QC, qui s’exprimait également au nom d’Assange, a qualifié cette situation d’«injustice fondamentale… imposée à la défense» qui n’a pas eu le temps de formuler une réponse concernant ce nouveau comportement allégué et a déjà dépassé de loin la date limite de présentation des preuves.

Baraitser a signé cette « guerre de la loi » scandaleuse sans la moindre hésitation, affirmant que la défense aurait pu remédier à tout problème en demandant un ajournement, ignorant le fait qu'Assange n'a pas eu l'occasion de revoir la note d'ouverture révisée et de fournir de nouvelles instructions.

Sa décision signifie que, depuis qu’on a traîné Assange hors de l’ambassade équatorienne en avril 2019, l’affaire contre lui est passée d’un chef d’accusation initial de piratage informatique avec une peine maximale de cinq ans, à 18 chefs d’accusation en vertu de la loi sur l’espionnage avec une peine potentielle de 175 ans dans une prison fédérale (principalement en relation avec la publication de fichiers reçus de Manning), et maintenant aux mêmes accusations d’espionnage, mais sur la base d’un large éventail d’allégations, y compris la participation à divers groupes de piratage, l’aide apportée au dénonciateur Edward Snowden, et son appel à la transparence de l’information.

Baraitser a refusé une demande ultérieure de Summers, après une brève consultation avec Assange, d'ajourner l'audience jusqu'en janvier.

La persécution arbitraire et juridiquement abusive d’Assange illustre le virage de plus en plus marqué des gouvernements du monde entier vers des méthodes de gouvernement autoritaires et fascistes. Dans les semaines qui ont précédées l’audience d’Assange, on a déchiré les droits inscrits dans la constitution américaine alors qu’on a accueille des manifestants qui s’opposaient à la violence policière et aux meurtres dans les villes américaines par des balles en caoutchouc, des gaz lacrymogènes et des matraques. Dans des scènes qui rappellent les dictatures sud-américaines, des agents fédéraux ont entassé des citoyens américains dans des voitures banalisées pour les emmener à des fins d’interrogatoire. Pire, la police américaine et des militants fascistes ont abattu des manifestants.

Le cas d’Assange est le fer de lance de cette offensive. Grâce à elle, les classes dirigeantes américaine et britannique montrent clairement qu’elles ne se soucient pas le moins du monde des droits démocratiques ou des précédents juridiques. Ils cherchent à établir de nouveaux précédents sur le principe de la classe nue selon lequel ceux qui agissent contre les intérêts de l’État capitaliste doivent s’attendre à une répression brutale.

La responsabilité politique de cette parodie pseudo-juridique incombe aux médias soi-disant libéraux, aux démocrates américains, au parti travailliste britannique et à leurs acolytes pseudo-gauches. Ce sont eux qui sont responsables de la démobilisation et de la suppression de la sympathie populaire massive qui existe pour Assange au sein de la classe ouvrière. Ainsi donnant libre cours aux gouvernements Trump et Johnson.

Ayant soutenu la calomnie honteuse qu'Assange serait un «violeur», fondée sur des calomnies d’agressions sexuelles fabriquées par l’État, le New York Times, le Guardian, les démocrates-socialistes d’Amérique, le Socialist Workers Party de Grande-Bretagne, le Socialist Party et d’autres formations similaires dans le monde entier, ont exigé qu’Assange soit extradé vers la Suède — ce qui ne serait jamais qu’une étape vers son extradition vers les États-Unis.

Après que le Grand Jury secret, préparé contre Assange sous Barack Obama, s’est fait révéler et que le gouvernement Trump ait demandé l’extradition d’Assange, la presse libérale a applaudi sa saisie à l’ambassade équatorienne et a ensuite écrit sur la «clémence» de Trump pour n’avoir demandé son arrestation que sur une accusation de piratage informatique de cinq ans.

Lorsque les accusations ont été élargies en vertu de la loi sur l’espionnage, ils ont, avec les quelques souteneurs pseudo-gauches de la campagne «N’extrade pas Assange» (Don’t Extradite Assange), demandé que l’on fasse confiance au système judiciaire britannique et fait appel à des politiciens «de gauche» comme Jeremy Corbyn et Bernie Sanders. La puanteur antidémocratique de l’audience d’hier est le fruit pourri de cette campagne.

Les travailleurs et les jeunes doivent être mis en garde: des questions politiques décisives sont en train d’être débattues à la Old Bailey. Les lignes de bataille de ce combat ne sont pas tracées à travers la salle d’audience, mais à travers la société.

Aucun revirement dans cette farce juridique ne changera le fait qu’Assange est au banc des accusés parce qu’il a révélé des crimes impérialistes contre la classe ouvrière internationale. En le poursuivant, la classe dirigeante affirme son droit de commettre des atrocités encore plus terribles à l’avenir. On doit s’y opposer. La seule force capable de le faire est un mouvement uni des travailleurs du monde entier.

(Article paru d’abord en anglais le 8 septembre 2020)

A lire également :

Alors que le procès spectacle britannique reprend: la classe ouvrière doit défendre Julian Assange!

[8 septembre 2020]