Audience du Sénat sur le coup d’État du 6 janvier: la police de D.C. avait bien été avertie d’une attaque armée contre le Congrès

Mardi, les Commissions sénatoriales sur la Sécurité intérieure et les Affaires gouvernementales du Sénat ont tenu une audition conjointe sur les failles de sécurité qui ont permis à une foule pro-Trump, dirigée par des milices d’extrême droite et des tenants de la suprématie blanche, d’envahir le bâtiment du Capitole américain, le 6 janvier.

On y a entendu les témoignages d’anciens et d’actuels responsables de la police. Ce fut la première audition publique du Congrès sur la tentative de coup d’État. Leurs témoignages ont mis en évidence leur absence totale de réponse aux avertissements clairs contenus dans leurs propres évaluations de renseignements et dans celles du FBI, concernant une attaque violente et coordonnée contre le Capitole.

L’ancien chef de la police du Capitole américain, Steven Sund, témoigne lors d’une audition conjointe des Commissions de la Sécurité intérieure et des Affaires gouvernementales. Les deux commissions du Sénat examinaient l’attaque du 6 janvier sur le Capitole. Au Capitole, à Washington, le mardi 23 février 2021. [AP Photo/Andrew Harnik, Pool]

L’audition des chefs de la police de Washington DC et de la police du Capitole américain a révélé des éléments importants. Ces derniers ont admis que leurs départements possédaient, au moment de l’insurrection, des rapports de renseignements qui avertissaient d’une attaque violente contre le Congrès avant l’assaut du Capitole.

Mais en lieu et place de toute explication sérieuse sur l’absence de réaction des forces de sécurité devant les nombreuses menaces que les forces fascistes mobilisées par l’ex-président Donald Trump faisaient peser sur le Congrès, les présidents démocrates des deux commissions ont suggéré un récit de défaillances du «renseignement» ou des «communications», qui a commencé à s’effondrer au fur et à mesure de l’audition.

Les témoins étaient l’ancien chef de la police du Capitole, Steven Sund, le chef intérimaire du département de la police métropolitaine de Washington, Robert Contee, l’ancien sergent d’armes du Sénat, Michael Stenger, et l’ancien sergent d’armes de la Chambre des représentants, Paul Irving.

Pour la première fois, Sund a reconnu dans son témoignage que la police du Capitole avait reçu une copie d’un avertissement explicite du bureau du FBI de Norfolk, en Virginie, le jour précédant la tentative de coup d’État, déclarant que de violents partisans de Trump venaient à Washington et parlaient de faire la «guerre».

Le mémo du FBI citait des menaces directes d’éléments pro-Trump sur un forum de discussion en ligne sans nom. Les affiches indiquaient clairement qu’ils venaient à Washington DC pour prendre le Congrès en otage afin de renverser les résultats de l’élection. Les images extraites du tableau d’affichage et inclues dans le mémo du FBI comprenaient des cartes des tunnels sous le complexe du Capitole, ainsi que des points de ralliement dans des États tels que le Kentucky, la Pennsylvanie, le Massachusetts et la Caroline du Sud, pour que les insurgés se réunissent avant de se rendre à Washington.

En janvier, le Washington Post a obtenu une copie de cette note de service, dont voici une partie «Un fil de discussion en ligne traitait d’appels spécifiques à la violence. Il disait notamment: «Soyez prêts à vous battre. Le Congrès a besoin d’entendre le verre se briser, les portes s’enfoncer, et le sang de leurs soldats esclaves BLM et Pantifa se répandre. Devenez violents. Cessez d’appeler cela une marche, un rassemblement ou une manifestation. Allez là-bas, prêts pour la guerre. Nous aurons notre président ou nous mourrons. RIEN d’autre n’atteindra cet objectif.»

Le chef intérimaire de la police métropolitaine de Washington a reconnu que son service de police avait également reçu le mémo du FBI sous la forme d’un e-mail. Il a déclaré qu’il ne lui était pas venu à l’esprit que le courriel du FBI était une priorité à la veille de la marche «Sauvez l’Amérique» du 6 janvier.

Sund a reconnu qu’on avait transmis le bulletin de renseignements à la police du Capitole par l’intermédiaire de sa Force d’action conjointe contre le terrorisme, le 5 janvier, mais il a affirmé que ni lui, ni personne d’autre dans la direction de la police, n’avait vu le mémo. Sund a déclaré qu’il avait appris que le service de renseignement de la police du Capitole avait reçu le mémo moins de 24 heures avant l’audition du Congrès.

Le président de la Commission de la sécurité intérieure, Gary Peters (démocrate du Michigan), a demandé à Sund pourquoi on ne lui avait pas transmis le mémo du FBI après sa réception par le service de renseignement de son département. Sund n’a pas pu fournir d’explication, se contentant de dire: «Je sais que c’est quelque chose qui va être examinée. Je pense que si l’on avait été au courant de cette information à ce moment-là, cela aurait été utile».

Dans une déclaration publiée mardi, le FBI a déclaré qu’il avait partagé le mémo de Norfolk avec la Force d’action conjointe contre le terrorisme du bureau du FBI à Washington dans les 40 minutes suivant sa publication. On avait aussi publié le message sur le portail Law Enforcement Enterprise Portal, auquel les services de police de tout le pays ont accès.

On avait également partagé le mémo de Norfolk avec le bureau du FBI à Washington et les agents de ce bureau en avaient été informés dans l’heure qui a suivi son arrivée, a déclaré au Post le directeur adjoint du FBI, Steven M. D’Antuono.

Peters a également fait référence à un document de renseignement interne produit par la police du Capitole le 3 janvier. Le mémorandum avertissait que contrairement aux précédents rassemblements «Rendre l’Amérique à nouveau formidable», tenus en novembre et décembre et qui avaient donné lieu à de nombreuses arrestations, à des coups de couteau et à des agressions par les «Proud Boys» fascistes sur des contre-manifestants, la foule pro-Trump rassemblée le 6 janvier ne visait pas des contre-manifestants, mais bien plutôt des membres du Congrès.

Peters a cité le mémo comme un avertissement que «le Congrès lui-même était la cible», que «des membres des Proud Boys et d’autres groupes extrémistes seraient dans la foule», et que les partisans de Trump ont vu dans la certification du vote du Collège électoral par le Congrès le 6 janvier «la dernière occasion de renverser les résultats de l’élection présidentielle».

Sund a admis avoir vu le rapport le 3 janvier. Mais il a dit que la seule mesure qu’il avait ordonné en réponse à la police du Capitole était d’«étendre le périmètre» autour du complexe du Capitole.

Malgré la montagne de preuves montrant qu’on avait envoyé des renseignements exploitables directement aux différents services de police chargés de défendre le Capitole avant l’attaque, les chefs de police qui ont témoigné ont soutenu qu’avait eu lieu un «échec du renseignement».

Dans une déclaration écrite aux commissions, l’ancien sergent d’armes Irving a déclaré: «Les renseignements n’indiquaient aucune attaque coordonnée contre le Capitole. On n’a envisagé cela dans aucune des discussions inter-agences auxquelles j’ai assisté les jours qui ont précédé l’attaque».

Irving a ajouté que la police du Capitole avait précédemment évalué le potentiel de désobéissance civile comme étant «éloigné» ou «improbable».

Dans des conditions d’incitation directe par le président Trump et ses alliés politiques au sein du Parti républicain, après des mois de mensonges sur une élection volée, et à la lumière de documents qui avertissaient d’une violente agression contre le Congrès, l’affirmation que le problème était un «manque de renseignements» manque de toute crédibilité.

De plus, dans leurs témoignages de mardi, Sund et Contee ont tous deux déclaré qu’ils se trouvaient déconcertés devant l’incapacité du Pentagone de répondre immédiatement et positivement aux appels des services de police et d’autres services pour autoriser le déploiement de la Garde nationale afin de repousser la foule et de protéger le Congrès. En l’occurrence, aucune troupe de la Garde nationale n’a atteint le Capitole avant 18 heures, quelques heures après que les insurgés aient envahi le Capitole.

Le chef de la police métropolitaine, Contee, a déclaré avoir entendu Sund au téléphone «plaider auprès de plusieurs responsables de l’armée» pour obtenir le soutien de la Garde Nationale, et qu’il était «stupéfait de la réponse» reçue par Sund.

Les sénateurs démocrates n’ont pas du tout parlé des objectifs politiques des insurgés, à savoir bloquer la certification du vote du Collège électoral, renverser les résultats de l’élection et maintenir Trump au pouvoir en tant que président-dictateur.

On n’a fait aucune mention de la complicité politique de la majeure partie du parti républicain et de ses dirigeants dans le complot de Trump, notamment le refus du chef de la majorité du Sénat de l’époque, Mitch McConnell, de reconnaître pendant des semaines la victoire de Joe Biden et le soutien du vice-président Mike Pence, jusqu’à la dernière minute, au grand mensonge de Trump. L’audience s’est tenue moins de deux semaines après que 43 des 50 sénateurs du GOP (républicains) aient voté l’acquittement de Trump dans le procès de destitution.

Parmi les sénateurs républicains participant à l’audience figuraient ceux qui ont directement facilité la tentative de coup d’État en s’opposant à la certification des résultats électoraux, notamment Ted Cruz, Josh Hawley, Cindy Hyde-Smith et Rick Scott.

Au lieu de faire sortir leurs «collègues républicains», les démocrates, conformément aux appels incessants de Biden à «l’unité» et à la défense d’un «Parti républicain fort», ont continué à dissimuler l’ampleur du complot de coup d’État et le rôle du Parti républicain en tant qu’incubateur de forces fascistes. Amy Klobuchar, la présidente de la Commission des règlements du Sénat, a donné le ton en ouvrant l’audition et a loué l’esprit «bipartite» qui avait caractérisé sa préparation.

Le sénateur démocrate Tom Carper, du Delaware, a donné l’excuse d’un «échec à faire le lien», déjà utilisée dans la dissimulation officielle des attaques terroristes du 11 septembre. Il a suggéré que l’absence virtuelle de sécurité pour le Capitole était le résultat d’un «échec à communiquer».

(Article paru d’abord en anglais le 24 février 2021)

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