Les dernières données gouvernementales d'une étude React-2 de l'Imperial College de Londres révèlent qu'il y a deux millions de cas de COVID long sur les quelques 56 millions d’habitants que compte l’Angleterre. ‘COVID long’ désigne les symptômes dont souffrent encore les malades plus de 12 semaines après avoir contracté le virus.
Le nombre de morts du COVID-19 au Royaume-Uni a dépassé 152 000, mais le gouvernement conservateur a levé la plupart des restrictions sanitaires le 17 mai. Depuis lors, le nombre de cas a augmenté, alimenté par la propagation du variant Delta, hautement transmissible.
Cela a permis au virus de se propager parmi les jeunes adultes et les écoliers en particulier, et chez ceux qui soit ne sont pas vaccinés, soit n'ont reçu qu’une dose de vaccin.
Mais en dépit des prédictions des scientifiques d’une augmentation catastrophique des hospitalisations et des décès à moins de prendre les mesures sanitaires les plus strictes, le gouvernement a l'intention de lever toutes les mesures d’atténuation du virus, même le port du masque, d'ici le 19 juillet. Il est insensible aux souffrances infligées, parmi lesquelles les effets à long terme de la maladie.
L'étude React-2 a révélé que les femmes et les personnes hospitalisées étaient plus à risque de COVID long et que la prévalence des symptômes augmentait avec l'âge. Elle a également trouvé une corrélation entre le dénuement et le risque de développer un COVID long.
L'University College de Londres et le King's College de Londres ont mené une étude distincte qui a révélé que les symptômes persistaient longtemps après l'infection initiale chez une personne d'âge mûr sur six, baissant à une personne sur 13 chez les jeunes adultes.
Une enquête réalisée en Norvège sur 312 patients, publiée dans le magazine Nature, a révélé que 61 pour cent présentaient des symptômes persistants après six mois, et 52 pour cent parmi les 16 à 30 ans.
Une étude sur la base d’images du cerveau menée par l'Université d'Oxford et l'Imperial College de Londres a révélé des dommages au tissu cérébral chez les patients atteints du COVID, suggérant une possible prédisposition plus tard à la démence et à la maladie d'Alzheimer.
Malgré cela, les enseignants et les autres travailleurs qui se battent pour la santé et la sécurité sur le lieu de travail sont confrontés aux représailles des employeurs. Plusieurs représentants du Syndicat national de l'éducation (NEU) ont été licenciés (article en anglais) pendant la pandémie pour avoir invoqué le droit à la sûreté au travail en vertu de l'article 44 de la Loi sur les droits du travail, ce qui a entraîné des débrayages.
Les syndicats de l'éducation n'ont rien fait pour défendre leurs membres et ont abandonné les personnes atteintes de COVID long à leur sort, les incitant à prendre elles-mêmes les choses en main. Kodoma, professeure à temps partiel en études des médias et photographie, a fondé le groupe de soutien Facebook Teachers With COVID UK. Agée de 52 ans, elle souffre de COVID long depuis mars 2020 et a déclaré qu'il s'agissait « d'une maladie que j'ai attrapée au travail et qui aurait pu être facilement évitée ».
Kodoma a déclaré au WSWS que fin mai elle était « vraiment malade pendant des semaines. Je ne m'en souviens pas vraiment. Je dormais. Mes deux enfants adultes devaient vérifier mes SATS [niveaux de saturation en oxygène] plusieurs fois par jour. C'est comme si vos poumons étaient en feu, comme si quelqu'un pressait sur votre poitrine; chaque respiration est un véritable effort. Je savais que je me battais pour rester en vie. »
Kodoma ne luttait pas seulement contre la maladie, mais aussi contre ses employeurs, sans pratiquement aucune aide du syndicat NEU. Elle a expliqué comment dans certaines écoles comme la sienne, les enseignants atteints de COVID long étaient intimidés par la direction, il leur fallait reprendre le travail à temps plein en l’espace de quatre semaines avant d'avoir récupéré, sans aucun soutien en place. Beaucoup reprenaient le travail dû à la pression financière à mesure que leur indemnité de maladie diminuait, ce qui, associé au stress de tout cela, aggravait la maladie et conduisait à des rechutes. S'ils ne s'y conformaient pas, on les forçait à démissionner.
« Je suis retournée à l'école en septembre », a déclaré Kodoma, «en marchant à l’aide d’un déambulateur, bien que les médecins aient dit que je n'étais pas prête pour reprendre le travail. J'ai tenu quelques jours. Vers la fin décembre, j'ai été formellement mise en garde pour mes absences. Lorsque vous recevez le troisième avertissement pour absence, vous devez soit accepter une retraite pour cause de maladie, soit perdre votre emploi. Ils ont dit que je ne pouvais pas prendre plus de 10 jours de congé de maladie sur deux trimestres, alors j'aurais pu passer à la deuxième étape. J'ai été sauvé par le confinement.
« J'ai envoyé tellement d'e-mails au NEU, disant j’ai vraiment du mal à m’en sortir, j'ai peur, aidez-moi s'il vous plaît, mais je n'ai pas eu de réponse. »
Kodoma a décidé de prendre les choses en main et a fondé le groupe Facebook. « C'est beaucoup plus utile que les syndicats », a-t-elle déclaré.
Elle a remarqué que certains enseignants du groupe « se remettaient de plus en plus et que d'autres allaient de pire en pire ». «Certaines écoles fournissent des taxis pour les personnels pour qu'ils n'aient pas à utiliser les transports en commun, des fleurs, des équipements de mobilité, un retour progressif au travail, et un enseignement à distance, payant même deux membres du personnel. Une personne du groupe, professeure principale, hautement qualifiée et expérimentée, a dû reprendre le travail sans progression, sans modification de son planning. Elle devait travailler à l'étage. Je pense qu'elle a été licenciée.
« Nous faisons nos cours avec passion et voulons faire notre travail. C'est une folie de ne pas nous donner les moyens d’y arriver. »
En tant que seule professeure de médias et photographie dans les classes d’examens, Kodoma a dû préparer et corriger les épreuves de cette année. « Parce que nous avons le contrôle continu cette année, j'ai dû faire toutes les corrections et créer mes propres examens. Cela a beaucoup affecté ma santé. L'environnement scolaire n'est tout simplement pas sûr.
Avant d'être contraint de démissionner (article en anglais) samedi dernier de son poste de ministre de la Santé pour avoir enfreint les conseils de son propre gouvernement sur la distanciation sociale, Matt Hancock a répondu aux dernières données en reconnaissant: « Le COVID long peut avoir un impact durable et débilitant sur la vie des personnes touchées. »
Mais face à ce qui est une bombe à retardement sanitaire, le gouvernement n'a promis que 50 millions de livres sterling pour la recherche sur le COVID long. Une somme dérisoire par rapport aux 37 milliards de livres sterling gaspillés en arrosant principalement le secteur privé pour développer son système de recherche de contact défaillant, ou aux 17 milliards de livres donnés à des copains conservateurs pour fournir des équipements de protection individuelle.
La secrétaire générale du Congrès des syndicats (TUC), Frances O'Grady, a déclaré que le COVID long devrait être reconnu comme un handicap. « Il est temps de reconnaître correctement cette maladie et de s'assurer que les travailleurs qui vivent avec le COVID long reçoivent le soutien dont ils ont besoin pour faire leur travail », a-t-elle déclaré.
Cela masque le fait que ce n'est qu'avec le soutien des syndicats et du Parti travailliste que le gouvernement a pu maintenir une grande partie de l'économie non essentielle ouverte aux affaires pendant la pandémie et n'a rien fait pour mobiliser ses millions de membres contre une réouverture dangereuse. Le leader travailliste Sir Keir Starmer a insisté l'été dernier pour que les écoles soient rouvertes, « pas de si, pas de mais, pas d'équivoques » (voir encadré ci-dessous).
Tweet du chef du Parti travailliste Sir Keir Starmer le 16 août 2020 exigeant que le gouvernement rouvre les écoles.
Les syndicats de l'éducation ont joué un rôle pernicieux. Ils ont entretenu la fiction que les écoles pouvaient être sécurisées contre le COVID tout en réprimant l'opposition des parents et des enseignants qui favorisent l'apprentissage à distance jusqu'à ce que les écoles soient sûres.
Le Parti de l'égalité socialiste appelle enseignants et parents à rejoindre le comité de sécurité de la base des enseignants pour faire avancer la lutte pour une réponse rationnelle à la pandémie basée sur la science, y compris par la fermeture de tous les établissements d'enseignement et lieux de travail non essentiels jusqu'à ce que le virus soit maîtrisé.
Des dizaines de milliards de livres de ressources doivent être consacrés à l'apprentissage à distance. Les fonds nécessaires doivent être fournis à la recherche sur le COVID long. Aucun enseignant ne doit faire l’objet de représailles pour avoir mobilisé l’attention sur le COVID dans les écoles. Les enseignants atteints de COVID long doivent recevoir tout le soutien dont ils/elles ont besoin, avec un salaire complet, sans que leur emploi ne soit menacé.
Une telle riposte ne peut réussir que si elle est menée indépendamment des syndicats. Elle doit l’être dans une lutte unie pour le socialisme avec les travailleurs de tous les secteurs, contre la subordination par le capitalisme de la vie au profit. Le fer de lance de la lutte en Grande-Bretagne est le London Bus Rank-and-File Committee (comité de la base des chauffeurs de bus de Londres), qui fait campagne pour la réintégration du chauffeur de bus licencié David O'Sullivan. Ce dernier a été licencié pour avoir exigé une politique sanitaire contre le COVID au travail et se bat pour associer sa lutte à celle des travailleurs d'autres secteurs, y compris celle des enseignants.
Pour assister au prochain forum public en ligne du Comité de sécurité de la base des enseignants, le samedi 10 juillet à 14h heure locale, inscrivez-vous ici .
(Article paru en anglais le 30 juin 2021)
