Perspective

Seize ans après Katrina: l'ouragan Ida dévaste le sud de la Louisiane

L'ouragan Ida a touché terre dimanche en tant que deuxième tempête la plus puissante à avoir frappé l'État de Louisiane connue dans son histoire, provoquant des inondations généralisées dues aux fortes pluies et aux ondes de tempête. Des vents violents, des débris et des chutes d'arbres ont endommagé des bâtiments et coupé l'électricité à un million d’usagers en Louisiane et à plus de 120 000 au Mississippi.

Les eaux de crue de l'ouragan Katrina envahissent les rues près du centre-ville de la Nouvelle-Orléans, le 30 août 2005. (AP Photo/David J. Phillip)

Jusqu'à présent, deux décès ont été attribués à la tempête, mais le bilan devrait augmenter considérablement à mesure que les premiers intervenants fouillent les maisons endommagées et répondent aux appels d'urgence.

Des dégats catastrophiques au réseau électrique devraient laisser la région de la Nouvelle-Orléans sans électricité pendant des semaines. Les huit lignes de transmission qui fournissent de l'électricité à la ville via des câbles qui passent en hauteur ont été détruits par les vents violents, avec un pylône de haute tension terminant sa course dans le fleuve Mississippi. Pendant qu'ils attendent dans la chaleur étouffante de l'été que l'électricité soit rétablie, les résidents doivent compter sur des générateurs de fuel qui produisent du monoxyde de carbone et entraînent fréquemment des empoisonnements mortels lorsqu'ils sont mal utilisés.

En réponse à la panne de courant, le chef de police de la Nouvelle-Orléans, Shaun Ferguson, a annoncé dimanche soir que des patrouilles « anti-pillage » seraient déployées dans toute la ville et a exigé que les résidents « s'isolent chez eux ».

En amont de la Nouvelle-Orléans à Laplace, les habitants ont lancé des appels désespérés aux sauveteurs sur les réseaux sociaux. La montée rapide des eaux de crue les avait contraints à se réfugier dans leurs greniers ou sur les toits. Des habitants de Lafitte, au sud de la ville, se sont également retrouvés bloqués. Des débris ont obstrué les rues de Houma.

La tempête, qui a pris naissance le 23 août dans le sud-ouest de la mer des Caraïbes, s'est rapidement transformée en un ouragan qui a traversé l'ouest de Cuba vendredi. Alimenté par les eaux extrêmement chaudes du golfe du Mexique, Ida s'est encore renforcé alors qu’il se dirigeait vers la côte du golfe de Louisiane, avec des vents soutenus atteignant 240 kms/h, juste en dessous d'une désignation de catégorie 5.

Le changement climatique réchauffe les océans et augmente la quantité d'humidité dans l'atmosphère, alimentant de plus gros ouragans. La tempête s'est développée sur les eaux du golfe qui sont bien au-dessus des températures moyennes, suite au mois de juillet le plus chaud et ce qui devrait s’avérer être le mois d'août le plus chaud jamais enregistré.

La réponse des responsables de la ville et de l'État à l'ouragan a été essentiellement « chacun pour soi ». Le maire de la Nouvelle-Orléans, LaToya Cantrell, a annoncé vendredi qu'il n'y avait pas de temps pour mettre en œuvre une circulation à contresens sur les autoroutes et un ordre d'évacuation obligatoire pour ceux qui vivent à l'intérieur du système de digues de la ville. Des dizaines de milliers d'habitants ont dû se débrouiller pour partir ou surmonter la tempête dans leurs maisons. Le maire Cantrell a estimé lundi que 200 000 habitants sont restés dans la ville dimanche soir.

Ida a non seulement marqué la première fois dans l'histoire des États-Unis que des ouragans avec des vents soutenus de 240 km/h ont frappé un État au cours de saisons consécutives, à la suite de l'ouragan Laura, qui causa des destructions généralisées à Lake Charles en août 2020. Il a également touché terre 16 années jour pour jour après que l'ouragan Katrina a frappé l'État, détruisant une grande partie de la ville de la Nouvelle-Orléans.

L'onde de tempête de l'ouragan Katrina a percé le système de digue, inondant des quartiers entiers d'eaux de crue toxiques, bloquant les résidents sur leurs toits qui attendaient d'être secourus par bateau ou transportés par avion par la Garde nationale. Des milliers de personnes, sans nulle part où aller, se sont retrouvées bloquées dans des conditions sordides au stade Superdome. Les patients ont été piégés dans des hôpitaux qui avaient perdu leur électricité ou avaient été inondés par les eaux de crue.

Plus de 1 800 personnes sont mortes dans la catastrophe sociale qui s'est déroulée à la suite de l'impact de la tempête, ce qui en fait l'une des « catastrophes naturelles » les plus meurtrières de l'histoire américaine. Cette souffrance de masse s'est heurtée à l'indifférence meurtrière et à l'incompétence criminelle que les Américains et le monde attendent du gouvernement américain.

Comme l' expliquait (article en anglais) le World Socialist Web Site alors que la catastrophe se déroulait :

Les composantes décisives de la tragédie actuelle sont sociales et politiques, et non naturelles. L'élite dirigeante américaine a, au cours des trois dernières décennies, démantelé toutes les formes de réglementation gouvernementale et de protection sociale qui avaient été instituées au cours de la période précédente. La catastrophe actuelle est le terrible produit de cette régression sociale et politique.

Les leçons tirées des calamités naturelles et économiques du passé - des inondations meurtrières du XIXe et du début du XXe siècle, au Dust Bowl (désert de poussière) et à la dépression des années 1930 - ont été répudiées et ridiculisées par une élite dirigeante poussée par la crise de son système de profit pour subordonner de plus en plus impitoyablement toutes les préoccupations sociales à l'extraction du profit et à l'accumulation de richesse personnelle.

Plus d'une décennie et demie plus tard, ces processus ont atteint un niveau encore plus élevé et plus meurtrier, chaque aspect de la société étant subordonné à l'accumulation de montagnes de plus en plus importantes de profits d'entreprise et de richesse privée. Les 16 années qui ont suivi Katrina n'ont vu aucune amélioration de l'infrastructure sociale en ruine du pays, laissant des millions de personnes à la merci de l'intensification des tempêtes, des vagues de chaleur et des incendies alimentés par le changement climatique.

Une série de catastrophes témoigne de l'état de la société américaine: l'effondrement du réseau électrique du Texas lors d'une vague de froid en février qui a laissé 4,5 millions de personnes sans électricité et fait plus de 700 morts; l'inondation de Houston, Texas en 2017 par l'ouragan Harvey, qui a fait plus de 100 morts; l'effondrement du réseau électrique de Porto Rico après l'ouragan Maria, qui a fait plus de 3 000 morts; le Camp Fire en 2018, déclenché par des lignes électriques défectueuses, qui a détruit la ville de Paradise, en Californie, et fait 85 morts.

Cette année, des centaines de personnes sont mortes dans le nord-ouest du Pacifique et en Colombie-Britannique sous l’impact d'une vague de chaleur record. Les pluies estivales régulières à Detroit, dans le Michigan, ont submergé les infrastructures, inondant à plusieurs reprises les autoroutes et les sous-sols. La saison des incendies de forêt dans l'ouest des États-Unis devrait être la plus importante jamais enregistrée, avec plus de 687,965 hectares brûlés rien qu'en Californie.

Plus important encore, sous le couvert d'« immunité collective » ou d'« atténuation », la pandémie de COVID-19 a été autorisée par la classe dirigeante à se répandre dans la population américaine, tuant plus de 650 000 personnes en moins de deux ans selon le décompte officiel. Alors que l'ouragan Ida s'abattait sur la Louisiane, les hôpitaux étaient déjà surchargés de patients COVID-19, laissant peu de place aux victimes de la tempête. Après que l'unité de soins intensifs d'un hôpital ait perdu l'alimentation du générateur, les patients ont dû être réanimés manuellement jusqu'à ce qu'ils puissent être déplacés vers un étage avec de l'électricité.

L'incapacité du capitalisme à faire face aux conséquences des tempêtes saisonnières et du changement climatique, qui ont exacerbé les phénomènes météorologiques au gré des avertissements répétés des scientifiques, a été mise à nu. La pandémie montre que la société capitaliste - dans laquelle toute considération est subordonnée au profit privé - est incapable de traiter les problèmes auxquels l'humanité est confrontée de manière progressiste.

Seule la classe ouvrière, armée d'un programme socialiste, peut transformer la société pour sauver des vies, répondre aux besoins humains et résoudre les problèmes brûlants de notre temps.

(Article paru en anglais le 31 août 2021)

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