En réponse aux accusations américaines incessantes et totalement infondées, d'abord sous le gouvernement Trump, puis celui de Biden, que l'Institut chinois de virologie de Wuhan était responsable de la pandémie de COVID-19, Pékin a riposté avec sa propre théorie complotiste sans fondement.
Au cours du mois dernier, le régime chinois a donné une légitimité à l'affirmation que le COVID-19 provenait de l'Institut de recherche médicale sur les maladies infectieuses de l'armée américaine à Fort Detrick dans le Maryland et avait été amené en Chine lorsque des militaires américains avaient participé aux Jeux mondiaux militaires dans la région de Wuhan, en octobre 2019.
La semaine dernière, Chen Xu, représentant permanent de la Chine auprès de l'Office des Nations Unies à Genève a formellement écrit à Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), réaffirmant qu'il était « extrêmement improbable » que le COVID-19 provienne de l’Institut de virologie de Wuhan, comme l'a également conclu l'équipe d'enquête de l'OMS, qui s'était rendue dans cette ville.
Si « certaines parties » considéraient toujours l'hypothèse de la « fuite de laboratoire » comme ouverte, poursuit la lettre, alors dans l'intérêt de « l'équité et de la justice », l'OMS devrait également enquêter sur le laboratoire biologique de l'armée américaine à Fort Detrick et l'équipe de virologie dirigée par le Dr Ralph Baric à l'Université de Caroline du Nord.
Pareillement au mensonge du laboratoire de Wuhan, repris par l'administration Biden et tout l'establishment politique et médiatique de Washington, Pékin n'a fourni aucune preuve que le COVID-19 provenait d'un laboratoire américain. Sa théorie du complot repose sur le fait de mentionner la participation de ce laboratoire à la recherche bio-militaire, notamment sur les coronavirus liés au SRAS, son passé de violations de la sécurité biologique et l'épidémie de maladies respiratoires dans les communautés voisines.
La lettre indiquait également que l'équipe de Baric est un leader mondial de la recherche de gain-de-fonctionnement qui peut potentiellement être utilisée pour développer des armes biologiques. Il a souligné que les États-Unis avaient mené plus d’activités bio-militaires que tous les autres pays du monde et se sont retirés de la Convention sur les armes biologiques après qu'un accord international a été conclu sur des protocoles de vérification, pour s'assurer qu'aucune arme n'était développée, fabriquée ou stockée.
Même si tout ce que l'on prétend à propos de Fort Detrick et de l'Université de Caroline du Nord était vrai, et une grande partie pourrait l'être, cela n'est rien de plus qu'une insinuation circonstancielle. Répondre à une théorie du complot par une autre, à un mensonge par un autre, ne fait que saper la propre affirmation de la Chine qu’elle se fonde sur la science et non sur la politique.
En effet, laisser entendre que le COVID-19 a été développé aux États-Unis donne du crédit aux propres théories du complot de Washington selon lesquelles le virus a été fabriqué dans un laboratoire chinois. D'éminents virologues du monde entier ont conclu à partir d'un examen détaillé de l'ADN de COVID-19 qu'il n'y avait aucune preuve de manipulation humaine pour créer le virus et qu'il était originaire d'animaux, très probablement de chauves-souris, dans la nature et était passé aux humains. De plus, l'équipe d'enquête de l'OMS n'a trouvé aucune preuve qu'il s'était échappé de l'Institut de virologie de Wuhan.
Le gouvernement Biden a tout de même continué à colporter sa théorie du complot pour détourner l'attention des politiques criminelles de pandémie qui ont entraîné la mort de centaines de milliers de personnes aux États-Unis. Il a fait pression sur l'OMS pour que des enquêtes supplémentaires soient menées en Chine, ce qui a entraîné l'appel de l'OMS fin juillet à des enquêtes sur toutes les installations biologiques chinoises à Wuhan et dans ses environs. Pékin avait catégoriquement refusé, provoquant des allégations non fondées de Washington que la Chine avait quelque chose à cacher.
En fait, les agences de renseignement américaines ont été chargées par Biden le 25 mai de déterrer des « preuves » soutenant le mensonge de l’implication du laboratoire de Wuhan. Mais leur rapport, publié la semaine dernière après trois mois d'enquête, qui aurait même comporté des piratages des institutions médicales et scientifiques chinoises, n'a pas réussi à produire la moindre preuve.
Dans une volte-face remarquable, les principaux médias américains qui font depuis des mois la promotion du mensonge du laboratoire de Wuhan, ont dénoncé sans aucune hésitation la théorie du complot de Fort Detrick avancée par la Chine.
L'allégation visant Fort Detrick a été exprimée publiquement pour la première fois en mars de l'année dernière alors que Trump intensifiait ses attaques contre la Chine et l'Institut de virologie de Wuhan. Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, avait tweeté « ce pourrait être l'armée américaine qui a amené l'épidémie à Wuhan ». Il a inclus un article faisant référence à l'histoire de Fort Detrick et a exigé que les États-Unis « soient transparents ».
Alors que l’allégation continuait à circuler sur Internet en Chine, elle n'a été officiellement adoptée qu'après que l'OMS avait appelé à de nouvelles enquêtes sur les laboratoires chinois en juillet. China Daily Global a publié un long article intitulé « Derrière les secrets mortels de Fort Detrick », citant pêle-mêle, l'historique des accidents du laboratoire de l'armée américaine jusqu’à son prétendu lien avec la tristement célèbre unité 731 de l'armée impériale japonaise, qui mena des expériences humaines sur des prisonniers de guerre et des civils en Chine, pendant la Seconde Guerre mondiale.
Toujours en juillet, le journal d'État belliqueux Global Times a fait circuler une pétition en ligne exigeant une enquête sur les laboratoires américains, qui aurait recueilli 25 millions de signatures. La lettre de Chen Xu à l'OMS accompagnait la pétition, lui conférant ainsi un statut officiel. Cette campagne a encouragé l'anti-américanisme réactionnaire et le patriotisme chinois sur Internet, où des utilisateurs arriérés n'hésitent pas à accuser ouvertement les États-Unis d'être à l'origine du COVID-19, sans aucune preuve.
Le recours de Pékin à sa propre théorie du complot pour contrer le mensonge de Washington du laboratoire de Wuhan ne fait que miner son propre bilan dans la lutte contre le virus. Contrairement à la politique des administrations Trump et Biden de laisser le COVID-19 ravager la population américaine, entraînant près de 40 millions de cas et plus de 600 000 décès, le gouvernement chinois a adopté une stratégie sanitaire visant à éliminer le virus. Non seulement l'épidémie qui a commencé à Wuhan a été rapidement maîtrisée grâce à des tests de masse, à la recherche des contacts et à l'isolement, mais les épidémies ultérieures ont à ce jour également été contenues.
Le fait que ces dernières épidémies résultent de visiteurs et de citoyens qui reviennent en Chine, malgré le système de quarantaine rigoureux du pays, démontre que le seul moyen d'arrêter la pandémie est la collaboration internationale pour forger un plan scientifiquement fondé pour éliminer le virus partout dans le monde. De ce point de vue, la théorie du complot de Fort Detrick est réactionnaire. Elle favorise les divisions entre les travailleurs chinois et les travailleurs américains et entrave l'unité internationale de la classe ouvrière, nécessaire pour lutter contre la pandémie.
(Article paru en anglais le 1er septembre 2021)
