Le gouvernement minoritaire libéral du Canada a effectivement éliminé toute son aide financière d’urgence reliée à la pandémie pour les travailleurs sans emploi, dans le but de renforcer la volonté des grandes entreprises d’augmenter la production économique et les profits en pleine quatrième vague d’infections et de décès dus à la COVID-19 dans le pays.
C’est donc plus de 800.000 travailleurs qui bénéficiaient de la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE), qui versait jusqu’à 400$ par semaine aux personnes sans emploi ou dont les heures de travail étaient fortement réduites, qui se sont fait couper l’herbe sous le pied. Nombre d’entre eux sont désormais menacés de se retrouver dans la misère, voire de souffrir de la faim et de se retrouver sans abri.
Flanquée du premier ministre Justin Trudeau, la ministre des Finances Chrystia Freeland a déclaré en conférence de presse jeudi dernier que la PCRE ne serait pas prolongée davantage. Par conséquent, la semaine dernière est la dernière semaine pour laquelle des paiements de la PCRE seront effectués. Cette décision insensible aura des répercussions sur les personnes qui ne sont pas admissibles à l’assurance-emploi, c’est-à-dire principalement les jeunes travailleurs et les personnes employées dans le cadre de l’«économie à la demande».
Freeland a annoncé que la PCRE serait remplacée par une nouvelle prestation, mais c’est là un simulacre. La nouvelle prestation est en effet expressément conçue de telle façon qu’il est dorénavant pratiquement impossible aux travailleurs sans emploi ou sous-employés d’obtenir le moindre cent en aide gouvernementale, même si la pandémie de COVID-19 continue de faire rage partout au pays. Pour sa part, Freeland a déclaré que l’objectif de ces changements est de rendre l’aide gouvernementale «plus étroite, plus ciblée et moins coûteuse».
La Prestation canadienne pour les travailleurs en cas de confinement proposée par les libéraux fournira un maigre 300$ par semaine et uniquement aux travailleurs qui ne peuvent se rendre au travail pendant un confinement pandémique ordonné par la province. En vertu de ces conditions, personne parmi les quelque 800.000 ayant reçu des prestations de PCRE la semaine dernière ne sera admissible à la Prestation canadienne pour les travailleurs en cas de confinement lorsque, dans quelques semaines, elle celle-ci aura reçu la sanction du Parlement. Tant eux qu’aucun autre travailleur ne seront probablement jamais admissibles, puisque les gouvernements provinciaux ont tous promis de ne plus réimposer de confinements, quelle que soit l’augmentation des infections et des décès dus à la COVID-19.
Commentant sur le réseau CTV News, la ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, a souligné que les travailleurs ne seraient admissibles à la prestation que dans le cas d’un «confinement complet». Toute personne perdant son emploi en raison du renforcement des restrictions en matière de santé publique – sans qu’il s’agisse d’un «confinement complet» – ne recevra donc rien.
Bien que le Canada continue d’enregistrer près de 3000 nouvelles infections par jour et que près de 2000 personnes soient mortes de la COVID depuis le 1er septembre, les gouvernements partout au pays s’empressent une fois de plus de supprimer toutes les restrictions en matière de santé publique afin de poursuivre la stratégie homicide de la classe dirigeante consistant à «vivre avec le virus». Lundi, tant le gouvernement du Nouveau Parti démocratique de John Horgan, soutenu par les syndicats, en Colombie-Britannique, que le gouvernement conservateur ultra-droitiste de Doug Ford en Ontario ont levé pratiquement toutes les restrictions de capacité dans les environnements intérieurs. En annonçant son dernier démantèlement des restrictions reliées à la COVID, le gouvernement de l’Ontario a souligné que son objectif est de continuer à supprimer agressivement les mesures de santé publique, en mettant fin à toutes ces mesures, y compris le port du masque obligatoire, d’ici mars 2022.
Les plans de Ford visant à abolir toutes les restrictions reliées à la COVID «semblent compléter ce qui se passe au niveau fédéral» – les deux paliers de gouvernement soutenant la volonté des entreprises de faire de plus gros profits – faisait remarquer un éditorial du Ottawa Citizen samedi. Maintenant que le gouvernement fédéral met fin aux programmes d’aide reliés à la COVID, tels que la Prestation canadienne d’urgence, poursuit le Citizen, il est bien possible que davantage de personnes qui dépendaient de ces subventions chercheront maintenant du travail. Alors que l’Ontario assouplit les restrictions imposées aux petites entreprises, la demande en travailleurs va augmenter. Tout cela, vraisemblablement, sera bon pour l’économie.»
Le caractère criminel de la volonté de l’élite dirigeante de priver les travailleurs de tout soutien financier pour les forcer à accepter des emplois dangereux et mal payés, où ils courent un risque élevé de contamination et de contaminer leurs proches, est mis en évidence par la progression continue de la pandémie. Un jour avant l’annonce de Freeland, le médecin hygiéniste en chef de la Saskatchewan, le Dr Saqib Shahab, a fondu en larmes en informant les habitants de la province que la modélisation de son agence montrait que le nombre de patients en soins intensifs infectés par la COVID-19 pourrait plus que doubler d’ici le nouvel an. La Saskatchewan envoie déjà des patients en Ontario en raison d’un manque de personnel soignant et de lits. Dans la province voisine de l’Alberta, où certains hôpitaux ont déjà été contraints de refuser des soins aux patients jugés les moins susceptibles de survivre au cours des dernières semaines, le taux de mortalité lié à la COVID-19 est trois fois plus élevé que dans le reste du Canada. Selon les données publiées sur le site Worldometers, 765 personnes étaient actuellement dans un état critique au Canada, et le nombre de décès avait atteint le chiffre de 28.750 lundi.
Les sociétés canadiennes et leurs représentants politiques profitent de ces morts massives et applaudissent le gouvernement libéral pour avoir supprimé les derniers vestiges de l’aide financière aux travailleurs. Les grandes entreprises se plaignaient depuis longtemps que la PCRE était «trop généreuse» et la rendaient responsable de la pénurie de personnel, en particulier dans les secteurs mal payés de la restauration, de l’hôtellerie et du commerce de détail. La Chambre de commerce du Canada a déclaré que l’annonce de Freeland était «la chose équitable à faire pour les entreprises». Elle a salué le fait que, bien que les aides financières aux travailleurs aient été effectivement supprimées, les entreprises qui embauchent de nouveaux employés peuvent continuer à recevoir une subvention représentant 50 % de leurs coûts salariaux jusqu’en mai 2022.
Les conservateurs qui forment l’opposition officielle et qui se font depuis longtemps l’écho des plaintes des entreprises à l’égard de la PCRE, n’ont pas tari d’éloges non plus. «Le premier ministre a suivi le plan financier (du chef du parti conservateur, Erin) O’Toole en annonçant que la PCRE prendrait fin», a déclaré le porte-parole conservateur en matière de finances, Ed Fast, avant de demander à Trudeau de «mettre un terme» aux «dépenses incontrôlées» de son gouvernement.
La réalité est que les libéraux qui sont les représentants des grandes entreprises, ainsi que leurs alliés des syndicats et du NPD, ont travaillé tout au long de la pandémie pour protéger les intérêts des grandes entreprises au détriment de la classe ouvrière. La Prestation canadienne d’urgence (PCU), qui a précédé la PCRE, offrait une maigre somme de 500 $ par semaine aux travailleurs mis à pied après le déclenchement de la pandémie. Ce programme, présenté comme généreux par le chef du NPD, Jagmeet Singh, et le chef du Congrès du travail du Canada, Hassan Yussuff, n’était qu’une goutte d’eau par rapport aux plus de 650 milliards de dollars versés aux banques et aux grandes entreprises par le gouvernement libéral de Trudeau en mars 2020. Ce sauvetage sans précédent de l’oligarchie financière canadienne a conduit à l’accumulation de quantités fabuleuses de richesses, les milliardaires du pays super riches s’étant enrichis de 78 milliards de dollars au cours de la première année de la pandémie.
L’automne dernier, le gouvernement Trudeau a fait le premier pas vers la suppression du soutien financier aux travailleurs en remplaçant la PCU par la PCRE. Au départ, le gouvernement avait prévu d’accompagner ce changement en réduisant les prestations de 500 $ par semaine, déjà insuffisantes, à seulement 400 $. Mais devant l’accélération rapide de la deuxième vague de la pandémie, produite par la réouverture de l’économie et des écoles poursuivie par tous les gouvernements provinciaux et supervisée par Trudeau, les libéraux ont fait marche arrière et ont prolongé les paiements de 500 $ par semaine jusqu’au printemps. Puis dans leur budget de 2021, ils ont réduit les paiements de la PCRE à 400 $ par semaine, une mesure qui a obtenu le soutien parlementaire majoritaire nécessaire grâce aux votes des néo-démocrates.
Cette «prudence fiscale», pour reprendre le jargon entrepreneurial de Freeland, ne tient plus lorsque vient le temps de traiter avec l’élite aisée du Canada. La subvention salariale d’urgence du Canada, qui a également expiré le week-end dernier, était une énorme caisse occulte pour les sociétés, qui a permis de payer les gros actionnaires et les salaires somptueux des dirigeants de nombreuses grandes entreprises au pays (voir : «Des sociétés canadiennes ont utilisé la subvention salariale d’urgence du gouvernement pendant la pandémie pour constituer une caisse occulte»).
Il n’y a également rien de surprenant dans le partenariat de Trudeau avec les gouvernements provinciaux ultra-droitistes lorsque vient le temps de mettre en œuvre la politique meurtrière de l’élite dirigeante de réouverture de l’économie et des écoles. Dans son discours du Trône de septembre 2020, adopté avec le soutien du NPD, le gouvernement Trudeau a demandé que tout futur confinement pour contrer la COVID soit adopté «au niveau local» et à «court terme». Cela a permis à des personnalités comme François Legault, premier ministre québécois promoteur de l’«immunité collective», et Jason Kenney, premier ministre de l’Alberta, qui décrivait la COVID-19 comme une «simple grippe» en juin 2020, d’avoir les coudées franches pour poursuivre leurs politiques d’infection et de morts massives.
Au début de juillet 2021, lorsque Kenney a déclaré que l’Alberta était «ouverte pour l’été» et a éliminé presque toutes les mesures de santé publique, Trudeau et son gouvernement libéral n’ont rien dit et rien fait. Plus de deux mois plus tard, alors que les unités de soins intensifs de l’Alberta étaient déjà pleines à ras bord de patients gravement malades, le premier ministre a cyniquement saisi la stratégie de réouverture imprudente de Kenney pour attaquer les conservateurs fédéraux dans les derniers jours de la campagne électorale fédérale.
La suppression du peu de soutien financier qui restait aux travailleurs canadiens marque une nouvelle étape dans la collaboration étroite entre tous les partis parlementaires du Canada pour faire respecter les intérêts de l’élite dirigeante pendant la pandémie. Cette situation et la récente provocation navale conjointe canado-américaine contre la Chine dans le détroit de Formose donnent un avant-goût du caractère impitoyable du nouveau gouvernement libéral minoritaire dans ses attaques contre les droits et le niveau de vie des travailleurs et dans la poursuite d’une politique étrangère agressive visant à défendre les intérêts mondiaux de l’impérialisme canadien.
Aujourd’hui, Trudeau doit annoncer la composition de son cabinet pour son troisième mandat. Depuis des mois, les groupes de pression du monde des affaires et les commentateurs des médias clament la nécessité de rendre le Canada plus «compétitif» et prêt à profiter de la «reprise économique» – des mots codés qui sont synonymes de forcer les travailleurs à accepter l’exploitation brutale, de bas salaires et pratiquement aucun avantage social ni aucune protection d’emploi. Pour montrer clairement qu’il soutient ce programme, Trudeau a rapidement annoncé, après les élections du mois dernier, que Freeland, la coqueluche de l’élite financière et du monde des affaires pour ses politiques fiscales bellicistes et sa position antirusse virulente, resterait vice-première ministre et ministre des Finances.
Le programme agressif de lutte des classes des grandes entreprises et de tous leurs représentants politiques, de Trudeau à Ford, en passant par Legault et Horgan, se heurte de plus en plus à la résistance de la classe ouvrière. À l’instar de leurs homologues aux États-Unis – où une vague de grève massive parmi les travailleurs du secteur manufacturier, des soins de santé et d’autres secteurs est alimentée par des décennies de contrats de concession et par la priorité accordée par l’oligarchie des entreprises aux profits au détriment des vies humaines pendant la pandémie – les travailleurs canadiens ont mené une série de grèves militantes au cours des derniers mois pour obtenir des améliorations de leurs salaires et de leurs conditions de travail. Les manifestations de masse qui ont balayé l’Alberta en opposition au démantèlement des mesures de santé publique par le gouvernement Kenney ont également révélé l’hostilité générale à la stratégie de l’élite dirigeante consistant à «vivre avec le virus».
Il s’agit maintenant de transformer cette opposition généralisée en une contre-offensive industrielle et politique de la classe ouvrière afin de renverser la politique de la classe dirigeante qui fait passer les profits avant les vies pendant la pandémie, de s’opposer au réarmement et aux préparatifs de guerre, et de lutter pour le pouvoir des travailleurs. Une première étape cruciale dans cette lutte est la mobilisation de la classe ouvrière pour imposer l’arrêt immédiat de toute activité commerciale non essentielle et de l’apprentissage en classe avec une compensation financière complète pour tous les travailleurs, dans le cadre d’une stratégie visant à éliminer la COVID-19 au Canada et dans le monde.
(Article paru en anglais le 26 octobre 2021)
