Perspectives

Les documents de Mark Meadows: pièces à conviction du coup d’État planifié du 6 janvier

Les révélations faites cette semaine par le House Select Committeequi enquête sur les événements du 6 janvier 2021 ont démontré de manière concluante que la prise d’assaut du Capitole américain par une foule pro Trump n’était pas une simple «émeute». C’était plutôt le point culminant d’une campagne systématique visant à renverser les résultats de l’élection de 2020 et à maintenir Trump au pouvoir au mépris de la volonté du peuple américain. C’était un effort pour établir un régime autoritaire avec Trump comme dictateur-président.

Le chef de cabinet de la Maison-Blanche de Trump, Mark Meadows, parle au téléphone sur la pelouse sud de la Maison-Blanche à Washington, le 30 octobre 2020. (AP Photo/Patrick Semansky, File)

Ce qui confirme cette évaluation, c’est que, parmi les 2.000 textes et 6.000 pages de documents remis par l’ancien chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mark Meadows, figurent des messages qui lui ont été adressés par des personnalités médiatiques de premier plan de Fox News et par Donald Trump Jr, le fils aîné du président, alors que la foule fasciste prenait d’assaut le Capitole. Ces messages exhortaient Meadows à convaincre Trump de publier une déclaration qui annulait l’attaque. Ces personnalités d’ultradroite, qui affirment aujourd’hui qu’une enquête sur le 6 janvier est une chasse aux sorcières partisane, considérait clairement Trump comme l’instigateur de l’attaque et le seul à pouvoir y mettre un terme.

Parmi les documents remis par Meadows figure une présentation PowerPoint de 38 pages intitulée: «Fraude électorale, ingérence étrangère et options pour le 6 janvier», qui retrace tout le déroulement de la campagne qui visait à renverser l’élection qui a débuté le 4 novembre. Quelques heures seulement après la fermeture des bureaux de vote, c’est devenu évident pour les hauts responsables de la Maison-Blanche et les républicains du Congrès que Trump avait perdu l’élection. Ils se sont immédiatement tournés vers le plan B, un effort pour contrer la volonté du peuple américain et renverser le résultat du vote.

Ils ont été aidés par le refus des grandes chaînes d’annoncer l’élection de Biden pendant cinq jours, alors même que la tendance du dépouillement des bulletins de vote par correspondance rendait indubitable sa victoire avec une marge confortable, tant dans le vote populaire que dans le collège électoral.

Le 9 novembre, deux dirigeants du parti d’extrême droite House Freedom Caucus, Jim Jordan et Scott Perry, ont rencontré Meadows, le principal conseiller de Trump, Stephen Miller, le directeur de campagne Bill Stepien et l’attachée de presse Kayleigh McEnany. Ils ont lancé une campagne pour faire croire que le décompte des voix était suspect – même s’il a été supervisé par des républicains dans la plupart des États pivots – et que l’élection a été volée.

Les plus ardents partisans au Congrès étaient un groupe de fascistes purs et durs au sein du caucus républicain, dont Paul Gosar, Andy Biggs, Mo Brooks, Louie Gohmert, ainsi que Jordan et Perry. Ils seront rejoints plus tard par Marjorie Taylor Greene et Lauren Boebert, nouvellement élues au Congrès lors des mêmes élections qu'elles prétendront avoir été volées par les démocrates.

L’establishment du parti républicain a fourni une couverture politique indispensable à cette opération. Le chef républicain du Sénat, Mitch McConnell, avait déclaré avec suffisance, également le 9 novembre, «Quelques enquêtes juridiques du président ne signifient pas exactement la fin de la République». Mais la campagne de Trump pour annuler l’élection a conduit au 6 janvier. Près d’un an plus tard, une majorité des deux tiers des électeurs républicains disent aux sondeurs qu’ils ne considèrent pas l’élection de Biden comme légitime.

La campagne comprenait des poursuites judiciaires infondées qui contestaient les résultats des votes dans les États pivots. Les tribunaux ont rejeté tous ces efforts qui visaient à inciter les législateurs de ces États à substituer des électeurs républicains aux démocrates élus le 3 novembre. Trump a rencontré des groupes de législateurs d’État à la Maison-Blanche et a également cherché à inciter les responsables électoraux des États, tel que le secrétaire d’État de Géorgie Brad Raffensperger, à «trouver» suffisamment de votes pour Trump afin de renverser la victoire étroite de Biden dans cet État.

Une autre manœuvre consistait à demander au ministère de la Justice d’«enquêter» sur des allégations infondées de fraude électorale dans les États où le vote était serré. Après le refus des hauts fonctionnaires du ministère, Trump a menacé d’installer l’un de ses fidèles au poste de procureur général «par intérim». Il n’a fait marche arrière que lorsque tous les hauts fonctionnaires du ministère ont menacé de démissionner en signe de protestation publique.

Enfin, le 6 janvier, Trump a fait pression sur le vice-président Mike Pence pour qu’il intervienne de manière anticonstitutionnelle lors du dépouillement des votes des grands électeurs – qu’il supervisait de manière rituelle – en rejetant suffisamment de votes Biden pour assurer la réélection de Trump. Le refus de Pence est devenu le point central du discours de Trump devant le rassemblement de ses partisans inconditionnels à l’extérieur de la Maison-Blanche. Ils ont suivi son exemple, marchant vers le Capitole et scandant «Pendez Mike Pence» alors qu’ils maîtrisaient la poignée de policiers du Capitole et prenaient d’assaut le bâtiment.

Mardi soir, la Chambre des représentants a voté en faveur de l’incarcération de Mark Meadows pour son refus de se présenter devant la commission spéciale et de répondre aux questions relatives aux milliers de documents et de messages texte qu’il avait remis. L’affaire est maintenant entre les mains du ministère de la Justice, où le procureur général Merrick Garland prendra la décision finale quant à l’opportunité d’engager des poursuites pénales contre l’ancien principal collaborateur de Trump.

La représentante républicaine, Liz Cheney, qui, pour ses propres raisons partisanes, vise Trump de manière plus catégorique que n’importe quel démocrate, a demandé pendant le débat sur la détention de Meadows pour outrage: «Donald Trump a-t-il, par son action ou son inaction, cherché à faire obstruction ou à entraver la procédure officielle du Congrès pour le décompte des votes électoraux?» Il s’agissait d’une citation directe de la loi qui définit l’obstruction criminelle.

Cheney a suggéré plus tôt que Trump lui-même pourrait être cité par le comité à comparaître en personne ou par écrit. «Toute communication de M. Trump avec cette commission se fera sous serment», a-t-elle dit. «Et s’il persiste à mentir, alors il devra rendre des comptes en vertu des lois de cette grande nation et sera soumis à des sanctions pénales pour chaque fausse parole qu’il prononcera».

Il y a beaucoup d’opposition à la Maison-Blanche et parmi les principaux démocrates du Congrès à l’idée d’aller de l’avant avec des poursuites contre Meadows, sans parler de Trump. C’est ce que signale un éditorial du Washington Postcette semaine qui exhorte Garland à ne pas engager de telles poursuites. Le ministère de la Justice «devrait ignorer l’hystérie de l’aile gauche du Twitterati [les utilisateurs de Twitter] et ses demandes d’action immédiate contre de grands noms, y compris de hauts responsables de Trump et l’ancien président lui-même, dont le rôle dans l’instigation de la violence a été exercé à distance».

La dernière chose que le gouvernement Biden souhaite est un procès public de Trump, Meadows et Cie, qui démasquerait les opérations aux plus hauts niveaux de l’État, y compris au Pentagone et au ministère de la Sécurité intérieure (DHS), et ferait la lumière, entre autres, sur l’inexplicable écart de 199 minutes entre le moment où les responsables de la police ont appelé le Pentagone pour demander un soutien militaire, et le moment où le ministère de la Défense a autorisé la Garde nationale de Washington D.C. à venir défendre le Capitole des États-Unis.

Tout au long de cette année, Biden a fait appel à «nos collègues républicains» pour une coopération bipartisane dans la mise en œuvre de ses politiques, déclarant même qu’il voulait maintenir un «parti républicain fort», alors que ce parti est en train de se transformer en instrument du dictateur fasciste en puissance.

Aucune section de la classe dirigeante américaine n’est engagée dans la défense de la démocratie. Il n’y aura aucun effort sérieux de ce côté-là pour s’opposer au renversement de la Constitution dans le but d’installer Trump en tant que président-dictateur – si ce n’est pas maintenant, alors après les élections de 2022, lorsque les républicains espèrent prendre le contrôle du Congrès, ou bien en 2024, lorsque Trump serait le probable candidat républicain à la présidence.

Le 7 janvier, un jour après l'échec de la tentative de coup d'État, le président de la rédaction du WSWS, David North, a écrit:

L'insurrection fasciste à Washington D.C. – la prise d'assaut du Congrès américain, la dispersion paniquée de sénateurs et de membres de la Chambre terrifiés, le retard de la validation officielle de la majorité de Joseph Biden au Collège électoral, et même l'occupation des bureaux de la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi – marque un tournant dans l'histoire politique des États-Unis.

Les antiques glorifications de l'invincibilité et de l'intemporalité de la démocratie américaine sont à présent discréditées comme un mythe politique creux. La phrase populaire 'It Can't Happen Here' («Cela ne peut pas arriver ici»), tirée du titre du célèbre récit fictif de Sinclair Lewis sur la montée du fascisme américain, a été définitivement dépassée par les événements. Non seulement un coup d'État fasciste peut se produire ici. Il s'est produit ici, dans l'après-midi du 6 janvier 2021.

Les révélations de la semaine dernière sont une confirmation de l’analyse du World Socialist Web Site et des avertissements que nous avons faits au cours de cette année. Elles réfutent de façon dévastatrice les affirmations complaisantes du Parti démocrate et de ses partisans de la pseudogauche, selon lesquelles ce qui s’est passé le 6 janvier n’a aucune importance particulière et qu’il est exagéré de parler de tentative de coup d’État.

(Article paru en anglais le 17décembre 2021)

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