Les dirigeants mondiaux pleurent l’archevêque Desmond Tutu en reconnaissance des services qu’il a rendus à l’impérialisme

L’ancien archevêque Desmond Tutu, le volubile avocat du renversement pacifique de l’apartheid, est décédé le 26 décembre à l’âge de 90 ans.

Un raz-de-marée d’hypocrisie s’est déchaîné alors que divers scélérats impérialistes l’ont proclamé une inspiration, le «guide moral» de l’Afrique du Sud dont les «valeurs chrétiennes» ont contribué à assurer la transition pacifique vers le régime de la majorité noire en 1994.

Cela en raison du fait que la moralisation religieuse de Tutu masquait une perspective et un programme politiques qui servaient les intérêts de l’impérialisme.

L’ancien président sud-africain Nelson Mandela, àdroite, interagit avec l’archevêque Desmond Tutu, à gauche, lors de l’inauguration d’une exposition de Walter et Albertina Sisulu, intitulée «Parenting a Nation» (Donner naissance à une nation), à la Fondation Nelson Mandela à Johannesburg, en Afrique du Sud, le mercredi 12 mars 2008. (AP Photo/Themba Hadebe)

Le président de l’African National Congress (ANC), Cyril Ramaphosa, a décrit Tutu comme «une icône mondiale» et un homme de «grande stature morale», lui accordant des funérailles nationales à la cathédrale Saint-Georges du Cap avec sept jours de deuil officiel et sa dépouille exposée en public pendant deux jours.

Le premier ministre britannique Boris Johnson a déclaré qu’il était «profondément attristé» par la mort de Tutu, le décrivant comme une «figure cruciale dans la lutte contre l’apartheid et dans la lutte pour créer une nouvelle Afrique du Sud». L’ancien président américain Barack Obama a qualifié Tutu de «mentor, d’ami et de guide moral pour moi et pour tant d’autres».

Le président Joe Biden l’a qualifié de «véritable serviteur de Dieu et du peuple» dont «le courage et la clarté morale ont contribué à inspirer notre engagement à changer la politique américaine envers le régime répressif d’apartheid en Afrique du Sud».

Derrière ces bêtises sentencieuses, ce qu’ils louaient vraiment, c’était le rôle que cet homme d’Église a joué dans la préservation des relations capitalistes en Afrique du Sud dans les années 1980, lorsque le régime brutal d’apartheid du président PW Botha a failli perdre le contrôle des ghettos ouvriers des Noirs face aux protestations de masse et aux grèves et que le pays vacillait au bord de la guerre civile. C’est cette possibilité de maintenir le pouvoir bourgeois, proférée par l’Africain National Congress, le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) et le Parti communiste sud-africain stalinien (SACP), qui a en réalité convaincu les impérialismes américain et britannique d’abandonner leur défense du régime d’apartheid de la minorité blanche. Tutu devint un intermédiaire précieux au fur et à mesure de la mise en place de ces nouvelles relations politiques.

Cyril Ramaphosa [Photo: Tasnim News Agency]

Le président américain George H.W. Bush considérait Tutu, avec ses liens étroits avec l’ANC et son chef, Nelson Mandela, alors emprisonné à Robben Island, comme un moyen de protéger les intérêts américains de la menace d’une révolution sociale en Afrique du Sud et dans tout le continent.

Un acteur clé de la politique du Front populaire de l’ANC

Après avoir suivi les traces de son père pour devenir enseignant, Tutu fut ordonné prêtre en 1961 et passa six ans à étudier et à travailler en Grande-Bretagne, où il a développé l’art du moralisateur bien-pensant, sa marque de fabrique qui le rendit célèbre. De retour en Afrique du Sud, il gravit les échelons de la hiérarchie ecclésiastique, devenant secrétaire général du Conseil sud-africain des églises en 1978.

Tutu prônait les protestations non violentes et la conciliation comme moyen de mettre fin à l’apartheid, s’opposant à l’usage de la violence au milieu du nombre croissant d’affrontements meurtriers entre les jeunes noirs et les forces de sécurité dans les années 1980. Il a servi de médiateur entre les forces de sécurité et les manifestants et les grévistes qui rendaient les ghettos ingouvernables. Il a également soutenu les boycotts et les sanctions contre l’Afrique du Sud comme moyen d’exercer une pression extérieure pour amener un changement démocratique non violent.

Tutu était proche de l’ANC, dont la perspective politique était basée sur la théorie stalinienne de deux étapes déclarant la fin de l’apartheid comme une révolution démocratique et une étape séparée et nécessaire avant que toute lutte pour le socialisme ne puisse être organisée. L’ANC visait à développer une bourgeoisie noire aux côtés de ses homologues blancs qui serait politiquement dominante quand bien même son pouvoir économique restait inférieur.

La ligne stalinienne de l’ANC, longtemps dictée par Moscou et l’antithèse même du marxisme et du socialisme international, a renoncé à l’objectif de la révolution prolétarienne.

Trotsky, dans sa théorie de la Révolution permanente, avait expliqué qu’à l’époque impérialiste, les tâches démocratiques associées au XIXe siècle et la révolution bourgeoise ne pouvaient être réalisées que par la prise du pouvoir par la classe ouvrière dans le cadre de la lutte pour le socialisme mondial.

Contre cela, l’ANC, sous la tutelle du SACP, a avancé la politique d’une révolution démocratique nationale, essentiellement un programme de réforme politique de l’appareil d’État bourgeois. À cette fin, ils ont cherché à nouer des alliances avec des forces prétendument «progressistes» au sein même de l’Afrique du Sud, parmi toutes les classes, y compris la bourgeoisie, mais surtout dans les États impérialistes. Tout cela était revêtu d’une rhétorique socialiste conçue pour tromper la classe ouvrière noire.

Desmond Tutu s’anime lors d’un débat public sur l’héritage de la Commission vérité et réconciliation à Cape Town, en Afrique du Sud, le 20 avril 2006 (AP Photo/Obed Zilwa, dossier)

Tutu, une étoile montante de l’Église anglicane qui, avec les autres Églises d’Afrique du Sud, a apporté un soutien plus que tacite au régime d’apartheid, incarnait cette fausse perspective. Au cours des années 1980, de nombreux Sud-Africains noirs en sont venus à considérer Tutu comme le visage public du mouvement anti-apartheid, car la plupart des dirigeants de l’ANC tels que Mandela et Jacob Zuma étaient en prison ou, comme Thomas Mbeki et Oliver Tambo, en exil.

Cet auto-publiciste et moulin à paroles devint l’un des représentants les plus internationalement reconnus du mouvement anti-apartheid, en particulier aux États-Unis, où il a profité de l’anticommunisme officiel et arboré ses robes sacerdotales et a souvent été comparé à Martin Luther King.

En 1984, Tutu fut récompensé par un prix Nobel de la paix «pour son rôle de leader rassembleur dans la campagne visant à résoudre le problème de l’apartheid en Afrique du Sud».

Deux ans plus tard, Tutu devint le premier archevêque noir du Cap, en fait le chef spirituel des églises anglicanes d’Afrique australe, ainsi que le président de la Conférence des églises de toute l’Afrique, des positions qu’il avait utilisées pour insister sur le fait que les travailleurs noirs doivent adopter la fraternité des hommes et tendre l’autre joue dans leur lutte contre le régime brutal du président Botha.

Le passage au pouvoir majoritaire des Noirs

L’investissement de Washington et de Londres dans Tutu n’a pas tardé à porter ses fruits. En 1989, le président F.W. De Klerk de l’époque, ainsi que les sociétés minières internationales et sud-africaines, les banques et d’autres grandes sociétés, sont arrivés à contrecœur à la conclusion que seuls Mandela, l’ANC et son lien politique entre le COSATU et le SACP pouvaient fournir à la classe capitaliste une bouée de sauvetage politique. Sans leur aide, le capitalisme ne pourrait survivre en Afrique du Sud et son effondrement pourrait déclencher une éruption de conflits politiques et sociaux dans toutes les anciennes colonies des puissances impérialistes.

Le président De Klerk et Nelson Mandela se serrent la main lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial qui s’est tenue à Davos en 1992. [Photo: Forum économique mondial/Creative Commons]

En février 1990, De Klerk annonça la levée de l’interdiction des partis politiques tels que l’ANC et signala la fin de l’apartheid et du régime de la minorité blanche.

Tutu devait jouer un rôle essentiel en tant qu’interlocuteur de l’impérialisme dans les négociations entre l’ANC, le Parti national au pouvoir et les services de sécurité pour une transition vers le pouvoir majoritaire. Il a été particulièrement utile comme intermédiaire fiable pour Mandela après sa libération de 27 ans derrière les barreaux.

Quelques mois après sa sortie de prison, Mandela était en tournée aux États-Unis, s’exprimant devant un public de masse à New York et à Boston, rencontrant le président George H.W. Bush et le secrétaire d’État James Baker et s’adressant à une session mixte du Congrès, bien qu’il figurait officiellement dans la liste de surveillance terroriste des États-Unis!

David Dinkins, le premier maire afro-américain de New York, qui accueillit Mandela dans la ville, a clairement expliqué pourquoi l’élite dirigeante appréciait Mandela. Il a dit: «Si j’avais été en prison pendant 27 ans comme lui, si j’avais été maltraité comme il l’a été, j’aurais porté une colère en moi. Pourtant, la chose la plus étonnante à propos de Nelson Mandela était son absence totale d’amertume.»

Visite du président George H.W. Bush et de Nelson Mandela dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, àWashington DC [Photo: George Bush Presidential Library and Museum]

La métaphore de Tutu de la «nation arc-en-ciel» a fourni le slogan politique du régime post-apartheid dirigé par Mandela et l’ANC qui masquait ses politiques de collaboration de classe.

Après avoir pris le pouvoir, l’ANC a abandonné ses promesses de nationaliser les banques, les mines et les grandes industries et a signé des accords secrets avec le Fonds monétaire international pour mettre en œuvre des politiques de libre marché et ouvrir l’Afrique du Sud aux capitaux internationaux. Il l’a fait dans des conditions où la mondialisation de la production avait incité tous les régimes nationalistes qui avaient inspiré l’ANC, y compris l’ex-Union soviétique, à abandonner toutes les mesures d’autarcie économique et à mettre en œuvre des mesures similaires dictées par le FMI pour consolider la domination économique des sociétés transnationales et les banques.

Assainir les crimes de l’apartheid

Après l’apartheid, le plus grand service rendu par Tutu au capitalisme sud-africain et à l’impérialisme mondial fut de loin sa direction à la tête de la Commission vérité et réconciliation (TRC).

Installé en tant que président, Mandela choisit Tutu pour présider la commission. Créée en 1996, son objectif était de faire taire les revendications populaires qui exigeaient le procès des responsables de la mort et de la torture de dizaines de milliers de travailleurs et de jeunes noirs sous l’apartheid.

De Klerk et son Parti national avaient initialement demandé une amnistie générale pour les crimes commis sous l’apartheid, menaçant que sans elle les forces de sécurité se révolteraient. Après des années de négociations, il a accepté un compromis selon lequel «une commission accorderait des amnisties individuelles à condition que les auteurs révèlent la vérité et puissent prouver que leurs actions étaient motivées par des considérations politiques». La TRC serait l’arène de cette fraude politique et enquêterait de manière impartiale sur les «abus» commis par tous les antagonistes, y compris l’ANC, entre 1960 et décembre 1993.

Desmond Tutu à la réunion annuelle 2009 du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 1er février 2009 [Photo: Forum économique mondial/Creative Commons]

L’introduction du rapport en cinq volumes de la TRC, publié en 1998, a confirmé que l’imposition de plus en plus brutale de l’apartheid était principalement motivée par la peur de la révolution sociale, dépeinte comme «la menace communiste» en Afrique; que la décision de mettre fin à l’apartheid et de porter l’ANC au pouvoir visait à empêcher la révolution de masse des travailleurs et de la jeunesse sud-africains; et que la voie empruntée par l’ANC était conçue pour empêcher une telle révolution.

Comme l’a expliqué le World Socialist Web Site à l’époque :

Le rapport Vérité et Réconciliation, malgré les intentions de ses auteurs, est plus qu’un simple réquisitoire contre l’apartheid. Il confirme le rôle joué par l’ANC pour empêcher que la classe ouvrière sud-africaine ne règle ses comptes avec ses oppresseurs et le type de transformation sociale et économique nécessaire pour établir une véritable égalité…

Son introduction [de Tutu] au rapport montre clairement que la voie suivie par l’ANC était conçue pour empêcher une révolution. Il écrit: «Si le miracle du règlement négocié ne s’était pas produit, nous aurions été submergés par le bain de sang que pratiquement tout le monde a prédit comme la fin inévitable pour l’Afrique du Sud.»

Tutu a appelé à la réconciliation avec les auteurs de crimes vraiment horribles, où des victimes et des auteurs décrivaient les détails de sang-froid de la torture et des assassinats. La Commission a répertorié des atrocités, notamment le massacre de Sharpeville en 1960, les meurtres de Soweto en 1976 et de Langa en 1985, et les escadrons de la mort dans le tristement célèbre camp de Vlakplaas. Elle a conclu que le gouvernement du Parti national au pouvoir et ses forces de sécurité étaient responsables de la majorité des violations des droits de l'homme, soutenus par les grandes entreprises, la justice, les médias et l’Église.

Mais la Commission n’en était pas moins un exercice de dissimulation, mettant l’accent sur la collecte de preuves et la découverte d’informations plutôt que de poursuivre ceux qui avaient commis des crimes aussi terribles.

La rangée de tombes des 69 personnes tuées par la police lors d’une manifestation contre les laissez-passer au poste de police de Sharpeville le 21 mars 1960 [Photo: Andrew Hall/Creative Commons]

Les échelons supérieurs de l’armée refusaient toujours de coopérer avec la Commission et l’ont fait en toute impunité. L’Agence nationale de renseignement a été autorisée à continuer de détruire des documents jusqu’en 1996. Alors que certains membres de rang inférieur des forces de sécurité ont avoué des meurtres et des actes de torture en échange d’une amnistie, comme l’a fait un ministre, des membres du Conseil de sécurité de l’État, le cabinet interne qui constituait le vrai gouvernement dans les années 80 et au début des années 90, a plaidé l’ignorance, rejetant le blâme sur ses subalternes pour ce qui s’était passé.

P.W. Botha, premier ministre de 1978 à 1984, président du Conseil de sécurité de l’État dans les années 1980 et président de 1984 à 1989, a qualifié la TRC de cirque et a refusé de témoigner, tandis que De Klerk a menacé de poursuites judiciaires pour garantir que son rôle dans l’ordre de bombarder les bureaux de la lutte contre l’apartheid et du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) soit censuré dans le rapport final.

La personnalité la plus en vue à avoir été condamnée était Eugene de Kok, connu sous le nom de Prime Evil (le mal suprême), le commandant du groupe anti-insurrectionnel Vlakplaas qui a exécuté des dizaines d’opposants au gouvernement de l’apartheid. Il a été condamné à 212 ans pour crimes contre l’humanité en 1996.

Aucun de ceux qui ont présidé le régime meurtrier, y compris Botha que le rapport a jugé responsable de violations flagrantes des droits de l’homme, n’a été sanctionné pour leurs crimes. L’ancien ministre de la Défense, le général Magnus Malan, accusé d’avoir comploté pour ordonner des massacres au KwaZulu, a été acquitté. Le procureur qui l’a jugé était, avec une grande partie de la magistrature, un vestige du régime d’apartheid et avait précédemment exprimé son incrédulité quant à l’existence même des escadrons de la mort dirigés par le gouvernement.

L’un des derniers grands procès, en avril 2002, s’est soldé par un refus de poursuivre le Dr Wouter Basson, dit «Dr. Death», qui a dirigé le programme de guerre chimique et biologique de l’armée, développé avec l’aide des services de renseignement américains et britanniques. Ses projets auraient ciblé uniquement les Noirs et auraient cherché à empoisonner Mandela et à réduire la fertilité des femmes noires.

Peu de ceux qui n’ont pas déposé de demande d’amnistie ou qui se sont vu refuser l’amnistie par la TRC ont été poursuivis. Plusieurs hauts responsables des forces de sécurité, dont l’ancien ministre de la Loi et de l’Ordre, Adriaan Vlok, ont été condamnés à des peines avec sursis dans le cadre d’un processus de négociation de plaidoyer. Le rapport indique qu’il y a eu des appels à «la disqualification ou la destitution de fonctions publiques de personnes qui ont été impliquées dans des violations des droits de l’homme», mais la Commission a «décidé de ne pas recommander que cette mesure soit poursuivie».

Enfin, personne n’a été poursuivi pour crime d’apartheid, bien que la TRC ait conclu que l’apartheid constituait un crime contre l’humanité. Néanmoins, Mandela appela le peuple sud-africain à accepter le rapport de Tutu.

Le «guide moral» sud-africain considérait la défense des coupables comme le prix à payer pour mettre fin à l’apartheid. Parlant de procès putatifs, il a déclaré: «Il aurait également été contre-productif de consacrer des années à des auditions sur des événements qui, par leur nature, suscitent des sentiments très forts. Cela aurait fait des vagues massives, et pendant trop longtemps.»

Lors d’un service d’Action de grâce marquant la retraite de Tutu en 1999, Mandela a rendu hommage à son rôle et à celui de l’Église, en déclarant: «L’archevêque Tutu, avec sa célébration de notre nation arc-en-ciel et sa puissante direction de réconciliation de la Commission de vérité et réconciliation, est une inspiration à nous tous dans cette tâche cruciale de réconcilier notre nation.»

L’héritage de Tutu: l’ANC au pouvoir

Tutu et l’ANC avaient promis qu’un règlement négocié avec les anciens dirigeants conduirait à «l’unité nationale par la vérité et la réconciliation […] une nouvelle disposition démocratique caractérisée par une culture de respect des droits de l’homme».

Mais comme le World Socialist Web Site l’a correctement prédit:

Les conclusions de la Commission vérité et réconciliation (TCR) sur les violations des droits de l’homme ne font rien pour rendre justice aux victimes du régime de l’apartheid en Afrique du Sud. La vérité est que la réconciliation qu’elle prône est impossible car, derrière le mince vernis de démocratie qu’offre la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud se caractérise toujours par une pauvreté et des inégalités sociales épouvantables.

Les gouvernements successifs de l’ANC, composés de milliardaires noirs corrompus, loin d’inaugurer la terre promise, se sont depuis près de 30 ans mis à bâtir une société encore plus inégalitaire socialement que le régime de l’apartheid.

Le chômage a atteint un nouveau record de 35 pour cent, avec 46 pour cent des 15-30 ans sans travail. Environ 10 pour cent de ces chômeurs sont des diplômés universitaires. Le rapport des Nations Unies sur le développement humain (RDH), publié en 2020, estime qu’environ 11 millions des 60 millions d’habitants de l’Afrique du Sud vivent avec moins de 28 rands par jour, assez pour une seule miche de pain et un litre de lait. Quatre millions vivent dans une  «pauvreté multidimensionnelle», souffrent de malnutrition et de mauvaise santé, n’ont pas accès à l’eau potable et à des soins de santé adéquats et vivent dans des baraques misérables.

Une annonce pour une entreprise spécialisée dans la mise en conformité des entreprises sud-africaines avec les réglementations Black Economic Empowerment, BEE (Autonomisation économique des Noirs) et les politiques d’appels d’offres du gouvernement [Photo: Wikipédia/Creative Commons]

Il y a une désillusion croissante face à l’échec de l’ANC à faire avancer les intérêts sociaux des millions de travailleurs noirs qui se sont tournés vers lui pour une direction politique. Le soutien au gouvernement a diminué face à sa gestion désastreuse de la pandémie qui a officiellement fait 91.000 morts, le déploiement de la vaccination, les pannes de courant, les pénuries d’eau, la hausse des prix, le chômage, la pauvreté et la corruption endémique. Il repose de plus en plus sur une fine couche de bourgeois noirs qui ont récolté les bénéfices du «Black Economic Empowerment» en tant que larbins et interlocuteurs pour les grandes entreprises grâce à l’exploitation toujours plus grande des travailleurs sud-africains.

L’ANC, comme ses homologues des mouvements de libération nationale d’ailleurs, n’a pas pu tenir ses promesses car il défend le système capitaliste qui condamne des milliards de personnes à la pauvreté et à la misère.

La classe ouvrière sud-africaine ne peut se libérer qu’en construisant un parti entièrement indépendant de la classe capitaliste et de ses sous-fifres dans l’ANC, basé sur un programme révolutionnaire internationaliste pour établir le pouvoir des travailleurs, abolir le capitalisme et organiser une société socialiste mondiale. La question politique décisive est la construction de sections du Comité international de la Quatrième Internationale en Afrique du Sud et dans le monde.

(Article paru en anglais le 6 janvier 2022)

Loading